Après sept ans de négociations, les 27 ont ouvert la voie lundi à un accord sur les investissements entre l’UE et la Chine, qui se dit prête à donner des gages pour lever les inquiétudes sur les pratiques de travail forcé dont elle est accusée, selon des sources diplomatiques.

Informés par la Commission européenne des “récents développements positifs des négociations avec la Chine, y compris sur les conditions de travail”, les représentants des Etats membres de l’Union européenne ont “largement salué ces progrès” lors d’une réunion à Bruxelles, selon une source diplomatique.

L’Allemagne, qui assure la présidence tournante de l’UE jusqu’à fin décembre, “a constaté à la fin de la réunion qu’aucun représentant n’avait brandi de carton rouge pour stopper (le processus) et qu’en conséquence, la voie est dégagée pour un feu vert politique”, a-t-elle précisé.

“Il faut rester prudent, mais sous réserve d’approbation chinoise, une annonce officielle par Bruxelles et Pékin pourrait intervenir d’ici la fin de semaine”, confirme un autre diplomate, estimant que la finalisation du texte –“très complexe, secteur par secteur”– pourrait ensuite prendre de longs mois.

Lancés fin 2013, ces pourparlers visent à protéger mutuellement les investissements européens en Chine et ceux du géant asiatique dans l’UE. Les Européens, qui estiment avoir largement ouvert leur marché à Pékin, souhaitent voir leurs entreprises traitées pareillement en Chine.

Le traité est ainsi censé garantir le respect de la propriété intellectuelle des entreprises européennes, interdire les transferts de technologie forcés et imposer des règles de transparence aux subventions versées aux entreprises publiques chinoises.

Le Premier ministre chinois Li Keqiang avait appelé la semaine dernière ses homologues néerlandais et espagnol pour évoquer les pourparlers, selon l’agence officielle Chine nouvelle. Ces deux pays avaient des “objections”, selon le président de la Chambre de commerce de l’UE en Chine, Joerg Wuttke.

Paris avait de son côté affirmé le 23 décembre qu’il ne pourrait soutenir l’accord que si le régime communiste s’engageait à ratifier des conventions de l’OIT (Organisation internationale du travail) interdisant notamment le travail forcé.

Des experts et organisations de défense des droits de l’homme accusent la Chine d’avoir interné au Xinjiang au moins un million de membres de la minorité musulmane ouïghoure dans des “camps de rééducation”, les soumettant pour beaucoup au travail forcé. Selon une récente étude américaine, au moins 570.000 Ouïghours ont été enrôlés dans un programme coercitif de ramassage du coton.

Or la Commission européenne, en charge des négociations, a informé lundi les Etats membres qu’elle avait “obtenu de la part de la Chine le langage demandé par les Européens sur le respect par Pékin des deux conventions de l’OIT sur le travail forcé”, selon la seconde source diplomatique.

On ignorait dans l’immédiat si l’engagement de la Chine porte sur la ratification effective à court terme des conventions ou la promesse d’accélérer ses efforts pour y parvenir.

La perspective de ce rapprochement Chine-UE est regardée avec inquiétude par la future administration du président élu américain Joe Biden.

Un lien transatlantique crucial pour Varsovie: l’ambassadeur polonais Andrzej Sados a déploré auprès de l’agence PAP une “accélération soudaine et injustifiée” du calendrier “sur un sujet très important” qui doit “tenir compte de la relation avec les Etats-Unis”. Il n’a toutefois pas signalé d’objection à l’accord.

“L’Europe devrait accepter l’accord tel qu’il est sur la table aujourd’hui. Si l’UE conditionne sa signature à la ratification par la Chine des conventions de l’OIT, alors l’accord ne se concrétisera pas”, avait indiqué M. Wuttke samedi. “Ce n’est pas un accord parfait, loin de là, mais c’est une grande avancée”.

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