L’élection du président de l’Assemblée nationale vénézuélienne (Parlement), jusqu’au bout sabotée par le régime Maduro, marque un nouveau chapitre des manœuvres inlassables qui sapent les aspirations démocratiques du peuple vénézuélien et hypothèque le développement socio-économique de l’un des pays les plus riches d’Amérique du sud.

Dimanche, un député quasi inconnu, récemment devenu rival de Juan Guaido qui est reconnu par une soixantaine de pays comme président par intérim du Venezuela, s’est autoproclamé dans la confusion président du Parlement lors d’une séance marquée par une omniprésence de différentes forces de l’ordre, dont la police nationale et la Garde nationale (police militarisée).

Ces élections, censées représenter le summum de la pratique démocratique de tout pays, ont viré à l’autoproclamation de la présidence, “sans vote, ni quorum”, selon l’opposition qui a qualifié le processus d'”antidémocratique” et de “coup d’État parlementaire”.

Avant la séance de vote, Juan Guaido (36 ans) se disait certain d’être reconduit pour continuer son “combat” visant à chasser le régime chaviste “usurpateur”, mais c’était sans compter sur les forces de l’ordre qui ont empêché le chef de file de l’opposition d’entrer dans l’hémicycle.

Juan Guaido a été retenu durant quatre heures par la police, tout comme une dizaine de députés d’opposition, les empêchant de participer à la séance durant laquelle le Parlement devait élire son président pour 2020, sous prétexte qu’ils devraient examiner les documents des députés.

Selon des images largement diffusées sur internet, Guaido a escaladé une clôture à partir de laquelle il a tenté de sauter pour accéder à l’enceinte avant d’être repoussé par un agent de sécurité.

Plus tard, Guaido allait déclarer qu’”aujourd’hui, dans ce qui est le démantèlement de l’état de droit et l’assassinat de la République, nous voyons comment ils prennent violemment d’assaut l’enceinte législative”, notant que malgré toutes les manœuvres, la session ne disposait pas d’une majorité suffisante pour le quorum, car les Chavistes “n’ont pas assez de voix”.

Peu de temps après, Juan Guaido et des députés de l’opposition vénézuélienne ont organisé une seconde session au siège d’un journal de Caracas, au cours de laquelle le chef de l’opposition a été réélu président de l’Assemblée nationale.

“Je jure devant Dieu et le peuple du Venezuela de faire respecter” la Constitution en tant que “président du Parlement et président par intérim”, a déclaré Juan Guaido, qui a obtenu 100 voix (sur un total de 167 députés) lors de cette séance tenue en présence de plusieurs députés qui font l’objet de poursuites judiciaires qualifiées de “persécutions politiques” par l’opposition.

Une réplique qui était loin de plaire à Nicolas Maduro qui venait de reconnaitre, dans une intervention télévisée, l’élection de Luis Parra, ce dernier dont même le statut d’opposant est remis en cause après son exclusion du parti d’opposition Primero Justicia suite à des accusations de corruption.

Au moment où la communauté internationale œuvre à trouver une issue à l’impasse politique incurable dans le pays pétrolier où les disparités sociale ne cessent de se creuser, voilà une élection qui risque d’enfoncer le clou.

Le Groupe de Lima, une instance régionale formée en 2017 pour chercher une issue à la crise au Venezuela, a condamné le recours à la force “par le régime dictatorial de Nicolás Maduro” pour empêcher le libre accès des députés à l’Assemblée nationale, soulignant qu’il “ne reconnait pas le résultat d’une élection qui porte atteinte à ces droits et qui ne s’est pas déroulée en présence de tous les députés”.

De leur côté, les États-Unis ont dénoncé une tentative “désespérée” de la part de Nicolas Maduro d’empêcher l’opposant Juan Guaido d’être réélu à la tête du Parlement vénézuélien.

“Les actions désespérées de l’ancien régime de Maduro, empêchant illégalement par la force Juan Guaido et les députés de la majorité de l’Assemblée nationale du Venezuela d’entrer dans le bâtiment, font du vote de ce matin une mascarade”, a dénoncé dans un tweet le secrétaire D’état adjoint américain chargé de l’Amérique latine, Michael Kozak.

Après la réélection de Guaido lors d’une session parallèle, Washington a félicité le chef de l’opposition, par l’intermédiaire du secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui a condamné les efforts sans succès du régime chaviste visant à “nier la volonté de l’Assemblée nationale démocratiquement élue”.

L’Union européenne a dénoncé, lundi, les graves irrégularités ayant entaché l’élection du président de l’Assemblée nationale du Venezuela et appelé au respect des institutions démocratiques du pays. “Les événements entourant l’élection prévue du président de l’Assemblée nationale au Venezuela, dimanche, ont été marqués par de graves irrégularités et des actes contre le fonctionnement démocratique et constitutionnel de l’Assemblée nationale”, a relevé le porte-parole de l’UE.

La tentative de sabotage de l’élection du président du Parlement n’est ainsi qu’un nouvel épisode qui vient s’ajouter à plusieurs dépassements de tous genres du régime Maduro, dont la création de la “Mesa national” (Table nationale de dialogue) et “les liens explicites avec des groupes armés et des organisations terroristes illégaux”, dénoncés par le Groupe de Lima lors de sa dernière réunion à Brasília.

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