L’annonce par le président américain Donald Trump d’un accord commercial intérimaire avec la Chine a nourri les espoirs des observateurs et des acteurs des milieux financier et commercial du monde entier pour une désescalade dans la guerre commerciale féroce que se livrent les deux puissances depuis près de deux ans, prenant l’économie mondiale dans ses engrenages.

L’annonce, qui a ouvert une brèche dans la crise entre Washington et Pékin, a eu en effet des échos positifs, qui se sont traduits en particulier dans la performance des marchés financiers mondiaux dans une conjoncture marquée par des tensions et des défis qui remettent en question l’ordre économique mondial.

L’accord de “Phase 1”, comme l’a appelé le président Trump, comprendrait des dispositions relatives à la protection de la propriété intellectuelle, aux produits alimentaires et agricoles, aux services financiers et aux devises, en plus d’une clause relative à la résolution des conflits, selon des responsables américains et chinois.

Fidèle à son slogan électoral “America First”, qui en a fait une doctrine de politique étrangère, Trump a annoncé sa volonté de se rendre à Pékin pour négocier la prochaine phase d’un accord plus large “à une date ultérieure”.

En gage de bonne volonté, le président américain avait annulé, à la mi-décembre, des plans visant à imposer des tarifs douaniers sur 160 milliards de dollars de produits chinois, qui comprennent des produits populaires tels que les téléphones portables, tandis que la Chine a accepté, selon des responsables américains, d’acheter des produits américains d’une valeur de 200 milliards de dollars sur deux ans durant les deux prochaines années.

La Chine a annoncé que le vice-Premier ministre Liu He conduirait la délégation chinoise à Washington pour signer l’accord commercial de “phase 1”.

De l’avis des observateurs, cette percée dans les négociations commerciales avec la Chine ne peut pas être dissociée des développements sur la scène politique aux Etats-Unis en cette année électorale où Trump, qui brigue un second mandat, est menacé par ses adversaires démocrates, majoritaires à la Chambre des représentants, qui tentent d’empêcher sa réélection par tous les moyens. Un procès au Sénat en vue d’obtenir sa destitution est en préparation, la cheffe de file des démocrates, Nancy Pelosi devant transmettre cette semaine les articles de mise en accisation.

Face aux attaques successives de ses adversaires, la carte des gains économiques s’avère une arme aux mains du président Trump pour se distancer, d’une part, de la controverse entourant les pouvoirs et les attributions de la présidence et ses lignes de contact avec d’autres instances, en particulier le Congrès, et d’autre part, consolider les rangs de ses loyalistes au sein du Parti républicain, ce qui était apparu évident au cours des audiences de destitution au Congrès, ainsi que d’obtenir plus de voix qui vont renforcer ses chances de réélection.

De ce point de vue, le président Trump cherche une percée dans le différend commercial avec la Chine pour mieux asseoir son image de négociateur de deals, conforté par ailleurs par les performances économiques de son administration, notamment en ce qui concerne l’emploi et la baisse record du taux de chômage, tout en évitant toute escalade qui aura des répercussions négatives sur le consommateur américain en cas de tarifs élevés.

La perception positive de l’économie est l’une des forces que le président américain Donald Trump investit pour obtenir les cotes de popularité les plus élevées depuis son élection malgré un procès visant sa destitution, selon un récent sondage de l’université Quinnipiac.

Cette enquête d’opinion a montré qu’environ les trois quarts (73%) des répondants décrivent l’économie américaine comme bonne voire excellente.

Il semble, par ailleurs, que le dénouement positif du différend commercial sino-américain ait ouvert l’appétit des Européens, qui ont rapidement saisi l’occasion de corriger le cours de leurs relations avec Washington.

Dans ce contexte, le commissaire européen au commerce, Phil Hogan, rencontrera des responsables américains à Washington, du 14 au 16 janvier, afin de “revigorer” les relations commerciales transatlantiques.

“Le voyage sera l’occasion de trouver un terrain d’entente et, espérons-le, des solutions potentielles à certains des problèmes dont nous avons discuté au cours des dernières semaines et des derniers mois”, a déclaré un porte-parole de la Commission européenne.

Au cours de ce séjour, le commissaire européen doit rencontrer le représentant américain au commerce (USTR), Robert Lighthizer, ainsi que les secrétaires au Commerce, Wilbur Ross, et au Trésor, Steven Mnuchin, ainsi que des membres du Sénat et du Congrès.

Les relations commerciales entre l’UE et les États-Unis se sont détériorées depuis l’arrivée au pouvoir en 2017 du président Donald Trump, qui a fait de la lutte contre le déficit commercial américain une priorité.

Le président américain a d’abord imposé de fortes taxes sur les importations d’acier et d’aluminium, notamment en provenance de l’UE, qui a répliqué en taxant lourdement plusieurs produits américains.

M.Trump menace aussi depuis plusieurs mois de taxer les automobiles européennes, ce qui inquiète particulièrement l’Allemagne. Sur un autre front, l’administration américaine brandit la menace de droits de douane additionnels, pouvant aller jusqu’à 100%, sur l’équivalent de 2,4 milliards de dollars de produits français, en réponse à l’instauration en France d’une taxe sur les géants américains du numérique.

Loin des calculs politiques circonstanciels de Washington et de la gestion par Pékin du dossier commercial, que Trump avait précédemment averti de ne pas parier sur la prolongation du conflit pour empêcher sa réélection, de nombreux experts estiment qu’il est trop tôt pour parler d’une fin imminente de la guerre commerciale entre les deux puissances économiques en l’absence d’un accord plus large qui aborde de nombreuses questions en suspens.

A cela s’ajoute le séisme que cette crise a provoquée dans les relations bilatérales, qui va se traduire par des remises en questions stratégiques, en particulier chez les acteurs chinois au niveau des tendances et des choix, dont la moindre serait la fin de la dépendance à la technologie américaine dans certains secteurs à forte valeur ajoutée. Le géant chinois des télécommunications Huawei en est l’exemple clair.

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