Malgré l’accord commercial important signé cette semaine entre les Etats-Unis et la Chine, beaucoup reste à faire “pour soigner les fractures” existant entre les deux puissances économiques, a estimé, vendredi à Washington, la Directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva.

“En matière commerciale, un accord important a été annoncé cette semaine, mais il reste fort à faire pour soigner les fractures existant entre les deux principales puissances économiques de la planète”, a-t-elle déclaré lors d’un discours au Peterson Institute for International Economics.

L’accord commercial dit de “Phase 1”, censé mettre fin à la guerre des tarifs à laquelle se livrent Pékin et Washington depuis deux ans, a été signé, mercredi à la Maison Blanche par le président américain Donald Trump et le vice-premier ministre chinois Liu He.

Le pacte de 86 pages comprend, entre autres dispositions, une suspension des augmentations tarifaires prévues par Washington sur les exportations chinoises vers les États-Unis et des mesures pour protéger la propriété intellectuelle des entreprises américaines.

En outre, Pékin s’engage à augmenter les commandes de produits agricoles américains pour une valeur totale de 50 milliards de dollar au cours des deux prochaines années. La Chine devra aussi acheter environ 75 milliards de biens manufacturés, 50 milliards de produits énergétiques et environ 40 milliards pour les services.

Par ailleurs, la directrice générale du FMI a relevé la nécessité de réformer le système commercial mondial.

“Au-delà des États-Unis et de la Chine, c’est tout le système commercial mondial qui a besoin de profondes améliorations”, a-t-elle dit.

A l’aube de cette nouvelle décennie, Mme Georgieva a fait état d’une “incertitude grandissante”, relative notamment à l’apaisement des tensions géopolitiques et au triomphe de la paix à la possibilité de voir une trêve commerciale déboucher sur une paix durable et une réforme du commerce.

Mais aussi “l’incertitude quant à savoir si les politiques publiques pourront remédier aux frustrations et au mécontentement qui gronde dans de nombreux pays”, a-t-elle poursuivi, notant que cela nuit à la confiance des entrepreneurs, à l’investissement et à la croissance.

Dans son discours, sous le thème “Le secteur financier des années 2020: construire un système plus inclusif pendant cette nouvelle décennie”, la directrice générale du FMI a relevé que l’un des facteurs de cette incertitude sont les “inégalités excessives qui freinent la croissance et sapent les fondements d’un pays.

Les inégalités de revenu entre les pays ont fortement diminué au cours des vingt dernières années, avec l’essor d’importants pays émergents en Asie, a-t-elle indiqué, ajoutant, toutefois, qu’elles se sont creusées dans de nombreux pays, comme au Royaume-Uni, par exemple, où les 10 % les plus riches détiennent aujourd’hui un patrimoine presque équivalent à celui des 50 % les plus pauvres.

Elle a, en outre fait état du problème du changement climatique qui “se pose avec une extrême acuité aujourd’hui”, notant que les populations les plus pauvres et les plus vulnérables sont souvent les premières à payer le prix de ce défi existentiel.

“Pour corriger les inégalités, bon nombre de gouvernements s’appuient en premier lieu sur des mesures budgétaires, qui sont et resteront des outils essentiels”, mais “trop souvent, nous négligeons le secteur financier , qui peut agir en profondeur et durablement sur les inégalités – avec des effets tant positifs que négatifs”, a-t-elle souligné.

La patronne du FMI a évoqué trois dimensions qui déterminent l’impact du secteur financier sur les inégalités, à savoir l’expansion des circuits financiers, la stabilité financière et l’inclusion financière, notant qu'”une financiarisation excessive et des crises financières peuvent alimenter les inégalités”.

Elle a appelé à construire un système financier plus inclusif dans la prochaine décennie qui soit plus sûr, plus stable et plus intelligent, en renforçant la culture financière, en établissant des normes d’information financière plus strictes et en orientant les services financiers vers le public, à travers l’accroissement des crédits aux PME.

Enfin, Mme Georgieva a mis en avant l’importance de l’apport des technologies financières dans l’élargissement de l’accès des ménages modestes et des petites entreprises aux services financiers, soulignant que les gouvernements peuvent travailler avec les entreprises pour exploiter le potentiel des FinTech tout en gérant les risques.

 

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