Au plus fort de la crise multiforme provoquée par la pandémie de Covid-19, la recherche de remèdes viables aux maux qui freinent la dynamique du développement revient avec insistance sur le devant de la scène nationale.

Si l’enjeu d’une relance économique soucieuse de sauvegarder les emplois reste entier, la réflexion s’impose sur des solutions durables pour les dysfonctionnements du modèle actuel, surtout sur le registre des disparités sociales et spatiales.

A l’évidence, SM le Roi Mohammed VI a d’ores et déjà tracé les perspectives et l’ambition du futur modèle de développement, comme préalable à l’émergence d’une étape nouvelle avec des potentiels et du sang frais.

Portée par la quête d’un Maroc plus égalitaire, l’œuvre tant escomptée devra faire émerger une vision authentiquement nationale puisqu’il s’agit, avant tout, d’instaurer une assise solide pour un nouveau contrat social emportant une adhésion unanime.

Concrètement, le Souverain a confié à la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) une triple mission de réajustement, d’anticipation et de prospective. Un travail sans conteste colossal, censé “permettre à notre pays d’aborder l’avenir avec sérénité et assurance”, comme l’a affirmé SM le Roi dans son discours à l’occasion du 66e anniversaire de la révolution du Roi et du peuple.

De l’avis de l’enseignant-chercheur à l’université Cadi Ayyad, M’hammed Belarbi, au vu des premières leçons tirées de la profonde crise sanitaire, économique, sociale, culturelle, politique et même existentielle, les mécanismes et les réactions habituels sont inadaptés à la gravité de la situation pour l’après-Covid 19. “D’emblée, l’État devrait certes entamer des actions de court et de moyen termes pour relancer l’activité économique et protéger les emplois et le pouvoir d’achat des Marocains”, lance l’universitaire dans une déclaration à la MAP.

Or sur le moyen et le long termes, a-t-il estimé, le nouveau modèle de développement sera évalué sur sa capacité à renforcer la résilience du pays aux différents chocs qui peuvent être générés par ce genre de crises.

“Outre la sécurité alimentaire et l’importance d’une politique d’innovation dans le secteur industriel, l’intégration de la santé et de l’éducation comme des secteurs stratégiques conditionnent la réussite ou l’échec du modèle de développement en réflexion”, constate le chercheur. Sur ce registre, il relève que d’autres dispositions peuvent être prises, telles que la révision des accords de libre-échange, la préférence nationale, l’encadrement des importations et le développement du partenariat public-privé.

Regroupant 35 membres aux parcours académiques et professionnels bien reconnus, la CMSD a vu son mandat prolongé par le Souverain jusqu’à la fin de l’année, sur fond de conjoncture exceptionnelle née de la pandémie.

Sa mission tend à ce que soient associées l’ensemble des compétences, et des forces vives de la nation au processus de réflexion sur le modèle de développement. Les acteurs nationaux dressent leur diagnostic et proposent tour à tour leur recette au sujet des dysfonctionnements à corriger, des acquis à consolider et des réformes à engager. Il est question, in fine, de tracer les contours du nouveau modèle qui “devrait permettre au Maroc d’accéder aux rangs des pays avancés”.

De quelque bord qu’ils soient, les partis politiques ont fait entendre leur vision sur le choix démocratique, la gouvernance, les questions institutionnelle, économique, socioculturelle, l’équilibre des pouvoirs, le renouvellement des élites et des compétences politiques et bien d’autres.

En plein débat sur le nouveau modèle, l’Institut royal des études stratégiques (IRES) a mis en avant les leviers à activer pour faire aboutir un chantier aussi stratégique en estimant qu’il est décisif de prendre en compte les quatre ruptures qui sont en train de changer la donne à l’échelle mondiale.

Il s’agit du passage de la valeur matérielle à celle immatérielle, la revalorisation de l’humain, la fin de l’économie de prédation et l’émergence rapide de technologies disruptives, explique l’IRES dans son rapport 2019-2020.

Se pose en outre la question de savoir quelle place devrait occuper la région dans la nouvelle configuration en tant que levier incontournable de création des richesses. La refonte du modèle de dé­veloppement implique une réin­vention des modes d’implication des régions dans la création des richesses, compte tenu surtout du rôle qu’elles assument pour redresser les disparités sociales à l’échelle locale. Telle est en substance l’analyse réalisée par le think tank Al Mountada à ce sujet, se basant sur un diagnostic sans ambages des dysfonctionnements actuels.

Le constat est sans appel : trois régions génèrent 58% de la richesse nationale et un PIB par tête dépassant la moyenne nationale, alors que les autres ré­gions obtiennent “des résultats très modérés”.

Sur le registre purement social, le Royaume se tourne résolument vers l’instauration d’un Registre unique en vue de rendre possibles les aides ciblées, mais aussi vers la digitalisation pour rendre plus efficaces les administrations.

“Si dans la logique arithmétique, les secteurs sociaux étaient considérés comme improductifs, l’arrivée de cette crise a démontré qu’ils sont de véritables leviers du développement”, analyse Belarbi M’hammed, pour qui le Maroc tire déjà les enseignements de la crise de Covid-19. A ses yeux, “la crise sanitaire a mis notre système éducatif à l’épreuve de l’enseignement à distance et dévoilé la capacité de la recherche scientifique à explorer les voies de sortie de cette crise en termes de solutions, d’innovations, d’aide à la prise de décision”, a-t-il expliqué.

Il juge ainsi urgent de “hisser le niveau des investissements dans les secteurs de la santé, de l’enseignement et de la recherche scientifique tout en renforçant les mécanismes de la protection sociale.

En tout cas, la Commission spéciale chargée du nouveau modèle de développement accélère la cadence de ses concertations en vue de présenter sa copie en décembre prochain comme prévu.

Les rencontres tenues avec les divers acteurs et forces vives de la nation l’ont permis de dégager les premières conclusions sur les racines des dysfonctionnements structurels dont pâtit la société. Manque de confiance dans les partis politiques, prolifération de la corruption, persistance de l’économie de rente et de la concurrence déloyale, aggravation des inégalités sociales, et déficience des services sociaux de base, sont pointés du doigt parmi d’autres constats.

Mais, pour la CSMD, au-delà de l’identification des problèmes, la priorité est de faire participer toutes les composantes de la société à l’élaboration des solutions en recueillant leurs analyses et propositions. Autant dire que grâce à cette démarche ingénieuse, le nouveau modèle sera celui de tout le monde.

 

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