La pause estivale tire à sa fin annonçant le début d’une nouvelle ère politique en Grande Bretagne, qui s’avère encore plus critique que celle d’avant tant que le spectre d’un Brexit sans accord pointe à l’horizon, alors que la date butoir du départ de l’Union européenne s’approche dangereusement (31 octobre).

Plus de trois ans passées depuis que 17, 4 millions de Britanniques (51,9 % des suffrages) ont voté en faveur du “British exit”, communément connu sous le nom du “Brexit”  pour désigner le divorce du Royaume Uni avec l’Union européenne, après plus de 40 ans de “mariage sans amour”.

Quand le gouvernement de David Cameron, premier ministre de l’époque, avait soumis la décision au référendum le 23 juin 2016, personne ne s’attendait à un tel résultat. Les choses étant ce qu’elles sont, le Royaume Uni est aujourd’hui amené à répondre à la volonté populaire et à honorer ses engagements démocratiques.

Depuis l’avènement de Boris Johnson, fervent Brexiter au 10 Downing street, après le détrônement de Theresa May de la tête du parti conservateur, le départ du Royaume Uni du bloc européen est devenu une évidence. Toutefois, les modalités de cette sortie demeurent ambiguës.

Élu dans un contexte de crise politique, le nouveau premier ministre s’est engagé à adopter une approche “plus musclée” que Theresa May vis à vis de l’Europe.

L’ancien maire de Londres et ex-ministre des Affaires étrangères qui avait claqué la porte du gouvernement en 2018 pour mieux y retourner en juillet 2019, a mis fin au moindre doute du maintien du Royaume Uni dans l’UE, ne serait-ce qu’un jour de plus, à la date butoir de son départ.

Au premier jour de sa nomination, il s’entoure de Brexiters invétérés pour mieux accélérer la mise en oeuvre de ce dossier épineux et préparer une sortie même sans accord. D’ailleurs lors de sa campagne électorale pour succéder à Theresa May à la tête du parti conservateur, il n’a pas cessé de répéter son engagement à faire sortir le Royaume Uni de l’UE, le 31 octobre advienne que pourra.

Pourtant, les faits étant plus compliqués que les slogans électoraux, le nouveau dirigeant conservateur a fini par adoucir sa position, en souhaitant de conclure un accord avec l’UE voire même de revoir celui de Theresa May, tout en y excluant les dispositions qui “fâchent”, notamment celle relative au filet de sécurité, destiné à empêcher le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du nord.

“Un accord est non seulement possible mais préférable !” avait-t-il dit au lendemain de sa nomination.

Voulant joindre la parole à l’acte, il se rend à Paris et à Berlin la semaine dernière pour faire part de sa volonté de “trouver un accord sur le Brexit”, tout en plaidant “pour une solution pragmatique” sans pour autant abandonner sa volonté de sortir de l’UE “avec ou sans accord  !”

“Quand il y a un référendum, il faut suivre les consignes données par les électeurs, c’est pourquoi nous devons, le 31 octobre, quitter l’UE, avec ou sans accord”, avait-il dit lors de ses entretiens avec le président français, à la veille de sa rencontre avec la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

Bien que la rencontre avec M. Macron et Mme Merkel n’ait pas abouti à un résultat tangible, elle a au moins permis de “convaincre les responsables européens” que M. Johnson “était sérieux au sujet de l’accord”, estime le journal britannique The Telegraph.

Il a cependant déclaré aux dirigeants européens que les députés ne pouvaient pas bloquer une sortie sans accord, tout en assurant qu’il ne peut pas “exclure la possibilité de suspendre le Parlement pour contrecarrer les efforts déployés dans ce sens”.

La position ferme de Boris Johnson de quitter l’UE “arbitrairement” et “sans aucun plan préalable” divise profondément le Royaume-Uni, déjà plongé dans l’incertitude depuis l’annonce du résultat du référendum sur le Brexit.

Alors qu’une partie des Britanniques souhaite le maintien de liens étroits avec l’UE, une autre craint le rétablissement de droits de douane ainsi que des risques de pénuries alimentaires, de carburant et de médicaments, qui résulteraient d’un “hard Brexit”.

Selon une enquête réalisée par le Financial Times auprès des conseils d’administration des sociétés du FTSE 350 sur la confiance des entreprises cotées en bourse de Londres, près de 60% des responsables interrogés déclarent que leurs sociétés subiraient les conséquences du Brexit, quelques soient ses modalités.

Du côté partisan, les formations de l’opposition, dont le Labour, le Parti national écossais (SNP), les libéraux-démocrates, le Plaid Cymru (Pays de Galles), les Verts et le Groupe indépendant pour le changement, se sont engagés à contrecarrer d’urgence un Brexit sans accord le 31 octobre.

Lors d’une réunion des chefs de file de ces partis, mardi, les participants se sont accordés “sur l’urgence d’agir ensemble pour trouver des moyens pratiques afin d’éviter une absence d’accord, dont la possibilité de voter une loi et la défiance” contre le gouvernement, selon un communiqué commun diffusé à l’issue de la rencontre.

D’autre part, le Parti du Brexit de l’europhobe Nigel Farage a menacé le dirigeant conservateur de “torpillage” électoral s’il ne rompt pas brutalement avec l’UE. Il a d’ailleurs proposé ce mardi à Johnson un “pacte de non agression” au cas où des élections générales sont tenues en Grande Bretagne à condition que le premier ministre opte pour un Brexit sans accord.

Sans surprise, les scénarios de camouflets vécus par l’ancienne première ministre Theresa May à la Chambre des communes ne vont probablement pas tarder à se reproduire, dès la rentrée parlementaire, étant donné que la résistance à la suspension du parlement persiste encore du côté des députés.

“Toute tentative d’empêcher le Parlement de siéger, pour imposer un Brexit sans accord, se heurtera à une résistance démocratique forte et générale”, ont prévenu les parlementaires britanniques dans une déclaration commune.

Pire encore, les espoirs de Boris Johnson de saisir le sommet des G7 à Biarritz pour entamer des pourparlers fructueux au sujet du Brexit, se sont écroulés à la fin de celui-ci, après avoir déclaré lundi qu’il était “à peine” plus optimiste sur la possibilité de trouver un accord sur la prochaine sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

“Ca va être difficile… Il y a un désaccord profond” entre Londres et l’UE, a-t-il reconnu. Les deux parties butent sur la question de la future frontière irlandaise entre le Royaume-Uni et le marché unique européen, alors que chacune des parties déclare de son côté que c’est à l’autre de résoudre cette crise insoluble.

Tant donc d’épreuves attendent le nouveau premier ministre britannique à la rentrée politique qui s’annonce chaude, après que son rival de l’opposition ait promis mardi de lui rendre la vie dure en déposant une motion de censure “au moment opportun” pour empêcher Boris Johnson de tenir son engagement de retirer le Royaume-Uni de l’UE à la fin du mois d’octobre.

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