En attendant le 15 septembre 2019, date de la Présidentielle anticipée en Tunisie, la campagne électorale a démarré, le 1er septembre à l’étranger et le 2 septembre au niveau national, dans un climat de tension, de suspicion et d’échange d’accusations virulents entre les candidats en lice.

Elle a été entamée également dans un climat d’inquiétude et de craintes sur le déroulement du scrutin, le respect des règles du jeu démocratique, sur la transparence du scrutin, l’égalité des chances entre les candidats, la neutralité de l’administration, le respect des institutions de l’Etat et la peur de l’instrumentalisation des médias entrés prématurément dans la bataille en soutenant sans retenue certains candidats.

Le président de la république par intérim, Mohamed Ennaceur a dû, samedi dernier, s’adresser aux Tunisiens via la télévision publique pour rappeler ces principes et mettre en garde contre tout dérapage qui risquerait de porter préjudice au processus démocratique, exposé à des vents contraires.

Dans cette course somme toute indécise, harassante et dont personne ne pourrait préjuger de son épilogue, ce qui retient le plus l’attention c’est la bataille rangée entre les 26 candidats pour la course à la magistrature suprême qui se déroule sur la toile, notamment les réseaux sociaux à travers les pages sponsorisées et sur les plateaux télévisés.

Une guerre fratricide où les candidats aidés par une armada d’internautes se sont lynchés systématiquement, étalant sans aucune retenue leur linge sale et ne reculant pas à stigmatiser leurs adversaires et à les accuser de tous les maux en utilisant tous les mots possibles et imaginables.

Selon les observateurs, avant même le démarrage de la campagne électorale, le climat politique qui sévit dans le pays s’est particulièrement détérioré, suite à l’arrestation le 23 août dernier de Nabil Karoui, magnat des médias, patron de la chaine de télévision Nesma et candidat à la présidentielle, accusé de blanchiment d’argent.

Le candidat et les leaders du parti “Qalb Tounes” (Le coeur de la Tunisie) ont accusé le Premier ministre Youssef Chahed d’avoir “orchestré cette arrestation” pour chercher à barrer la route de ce rival potentiel.

La présence dans la course d’autres candidats, dont notamment Slim Riahi, candidat du parti “Al Watan Al Jadid”, objet d’un mandat de dépôt et obligé de mener sa campagne en exil, a ajouté sa touche à ce malaise ambiant.

Dans une interview depuis Paris accordée à la chaine “Al Hiwar Ettounsi”, dont certains extraits ont été diffusés sur les réseaux sociaux, ce candidat descend en flamme le chef du Gouvernement, qui, à ses dires, est “acheté par Ennahdha” (parti islamiste).

L’entrée en lice de Abdelkrim Zbidi dans la course et le large soutien qu’il est en train de trouver auprès des dirigeants de Nidaa Tounes, fondé par feu Béji Caïd Essebsi et d’autres formations centristes, ont encore brouillé les cartes et ravivé les tensions entre les frères ennemis, à savoir “Tahya Tounes” du Youssef Chahed et “Nidaa Tounes” dont le directeur exécutif n’est autre que le fils du président défunt.

Les prétendants au Palais de Carthage (siège de la présidence de la république) se sont focalisés avant toute autre chose à mettre en exergue les défauts de leurs adversaires, leur incapacité, leur inaptitude et les scandales dans lesquels ils se trompent.

Le plus étonnant dans cette guerre entre candidats c’est que la plupart d’entre eux sont issus du même camp, de la même mouvance politique. Le résultat est aujourd’hui kafkaïen, avec une famille centriste qui s’entredéchire, les partis socio-démocrates qui se marchent sur les pieds, les islamistes qui se présentent en rang dispersé avec au moins 5 candidats en lice, la gauche dont les figures les plus illustres se renvoient la responsabilité de leur désunion en fonçant droit au mur.

Dans cette guerre de tous contre tous, ce qui manque cruellement c’est le débat public sur les questions qui interpellent le plus les Tunisiens dans leur quotidien, déplorent certains analystes.

En abordant cette échéance cruciale avec des arguments peu convaincants, une absence de vision claire sur le rôle imparti au président de la république et ses attributions, les candidats ont dévoilé lundi des programmes pour le moins confus et imprécis.

Selon eux, l’inflation des prétendants n’a pas été souvent synonyme de consistance, ni d’une vision qui permet de restaurer la confiance des Tunisiens et encore moins de mobiliser un électorat qui est ” désabusé et récalcitrant”.

Les sujets de fonds sont presque effleurés, abordés avec une légèreté déconcertante et les promesses avancées par certains candidats ne peuvent engager que ceux qui les croient, tellement elles sont irréalistes et en contradiction avec l’esprit et la lettre de la Constitution.

D’une manière générale, certains programmes électoraux des candidats en lice, restent vagues et peu mobilisateurs reflétant l’urgence dans laquelle se sont retrouvés des prétendants surpris au dernier moment par l’inversion du calendrier électoral.

Outre l’impératif de restaurer le prestige de l’Etat, de lutter contre le terrorisme, de préserver la stabilité et la sécurité du pays, de conduire les réformes économiques et sociales, les candidats se sont focalisés sur des thèmes répétitifs comme le renforcement des attributs de la conciliation nationale, du statut de la femme, le changement du système politique actuel, la promotion d’une diplomatie neutre et proactive.

Face au regain d’inquiétude au sujet de l’éventuel retour en force d’Ennahdha et de son accaparation possible de tous les pouvoirs (présidences de la république, du gouvernement et du parlement), des questions ne semblent pas encore polariser le débat public, à savoir notamment la civilité de l’Etat tunisien, la préservation des droits, des libertés et des moyens qui permettent de restaurer la confiance des Tunisiens et de leur permettre de rêver en un avenir meilleur. Cela est d’autant plus vrai que les prochaines élections risquent de se solder par un plus grand effritement des voix, de rendre le pays difficilement gouvernable et la conduite des réformes impossible.

En attendant que la campagne gagne en intensité et que le débat touche les questions les plus brulantes, pour la première fois les candidats en course ont été invités à s’exprimer dans trois débats télévisés que diffusera successivement les 11, 12 et 13 septembre la chaîne de télévision nationale “Al Watania 1”. Ces débats sont co-organisés par la Haute Autorité Indépendante de l’Audiovisuel et l’Instance Supérieure Indépendante des Elections. Chaque émission doit durer 2h30, avec un temps de parole équivalent pour chacun des candidats à la présidence.

Enfin, pour éviter toutes sortes de dérapages, l’ISIE va déployer 1500 agents pour observer la campagne électorale des élections présidentielles anticipées. Elle mobilisera également 10 mille agents pour surveiller les différentes activités partisanes.

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