Les questions de politique étrangère jouent rarement un rôle de premier plan dans les élections présidentielles aux Etats-Unis. Mais le président Donald Trump est actif sur tous les fronts et comme en politique interne ou sur le dossier de l’immigration, il reste fidèle, au plan international, à son slogan de toujours: “L’Amérique d’abord”.

A la faveur d’une logique de contestation du multilatéralisme adossée à sa stratégie de pression maximale, le 45ème président s’active, depuis son entrée à la Maison Blanche en janvier 2017, pour imprimer un nouveau style en diplomatie comme en négociation avec en ligne de mire un second mandat en 2020. Les percées diplomatiques à l’étranger pour la défense des intérêts des Etats-Unis ont une forte résonance auprès de sa base électorale qu’il ne cesse de mobiliser dans un pays aujourd’hui fortement polarisé entre républicains et démocrates.

Le milliardaire new-yorkais, venu du monde des affaires, cultive en effet l’image du leader capable de conclure des accords avec des dirigeants étrangers et mettre fin aux guerres aux conséquences lourdes en vies humaines et coûts matériels pour les Etats-Unis, à l’instar du retrait de l’Irak et de la Syrie et de l’accord en cours de négociations visant à mettre fin à 18 ans de guerre en Afghanistan.

Moins interventionniste, il n’hésite pas à aller à l’encontre des positions et conseils de certains de ses proches collaborateurs qui poussent plutôt à la confrontation, à l’image du conseiller à la sécurité nationale, John Bolton.

Le traitement du dossier nord-coréen est révélateur à cet effet avec trois rencontres au sommet avec Kim Jong-Un, couronnées par quelques pas historiques dans la limite qui marque la séparation entre les deux Corées.

Jamais aucun président américain avant Donald Trump n’avait foulé le sol de la Corée du Nord.

Anticonformiste, le président américain n’hésite pas non plus à rebattre les cartes quitte parfois à froisser des alliés traditionnels de Washington comme le Canada, l’Union européenne, l’OTAN ou le Japon, à se défaire de traités internationaux comme le traité nucléaire avec l’Iran, l’accord de Paris sur le Climat ou le traité de désarmement nucléaire avec la Russie, ou à rompre avec des positions traditionnelles des Etats-Unis comme sur le conflit au Proche-orient avec un alignement total sur les positions de Tel Aviv.

Beaucoup d’analystes décrivent le Locataire de la Maison Blanche comme étant réaliste, pragmatique et souverainiste, invoquant notamment le slogan aujourd’hui au cœur de sa campagne pour un second mandat 2020 : “Rendre sa grandeur à l’Amérique” (“Make America great again”).

Le bras de fer commercial avec la Chine se révèle un exemple éloquent des dossiers dans lesquels M. Trump met en exécution cette ligne politique et une logique de contestation du multilatéralisme.

D’après les analystes, Donald Trump est soucieux d’imposer ses vues, se positionnant comme le fervent défenseurs des intérêts commerciaux américains tout en rappelant sans cesse que ses prédécesseurs devaient normalement s’acquitter de cette mission, à savoir défendre les intérêts économiques américains et s’attaquer aux pratiques déloyales du géant chinois.

Bien que ses détracteurs l’accusent de protectionnisme et de porter préjudice aux règles du commerce mondial et au libre-échange qui fondent les économies ouvertes, Donald Trump répète que son souci est de rééquilibrer le déficit des Etats-Unis avec la Chine qu’il accuse de concurrence déloyale. Il entend aussi empêcher, dit-il, le vol de propriété intellectuelle subi par les firmes américaines.

Jusqu’ici, la guerre des tarifs douaniers et l’incertitude sur l’issue de ce bras de fer inquiètent les milieux économiques et financiers et affectent les consommateurs et les producteurs à travers le monde.

En l’espace de trois jours la semaine dernière, le président américain a, tour à tour, intensifié le conflit avec la Chine, fait part d’un ton de conciliation avant de relancer à nouveau les tensions.

“Pardon, c’est ma façon de négocier”, a-t-il soutenu avec force devant des journalistes qui le pressaient, en marge du sommet du Groupe des 7, de les éclairer sur la logique derrière ces retournements spectaculaires.

Certes, après la tempête sur les marchés financiers, un vent d’optimisme a soufflé suite aux signaux d’apaisement entre les deux plus importantes économies de la planète. La reprise des discussions est annoncée en septembre, ce qui est en soi un gain en politique.

Il faut dire qu’en plein milieu de ce conflit, Donald Trump aime à répéter que la Chine est un pays “ami” et qu’il a “un immense respect pour le président Xi”. Réussira-t-il à trouver un deal au bout de toute cette escalade ?

Professionnel de la négociation, il est en train, selon nombre d’analystes, d’appliquer ce qu’il a prôné dans son livre “The art of the deal”: en jetant tout en l’air, il y a des choses qui se cassent, d’autres pas, mais à la fin, celles qui se recolleront constitueront un succès.

Si cette “diplomatie de crise” s’avère payante au plan économique, sur le dossier migratoire et en politique étrangère avec un éventuel accord commercial avec la Chine, la voie lui serait, peut être, bien balisée pour un deuxième mandat.

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