Les cinq ans passés sur les bancs de l’opposition semblent qu’elles étaient profitables aux Rajapaksa, le clan politique le plus influent au Sri Lanka, pour réarranger leurs cartes et aborder les récentes élections avec confiance et dans une position de force.

Après avoir remporté la présidentielle de samedi, Gotabaya Rajapaksa, grand frère de l’ancien président M. Mahinda (2005-2015), donna un coup de pouce à l’illustre famille, qui jouit d’une grande popularité au sein de la majorité ethnique cinghalaise du pays, mettant fin à l’aventure du candidat du parti au pouvoir, Sajith Premadasa.

La famille, qui dominait la scène politique depuis les années 1930 lorsque Don David Rajapaksa fut Chef indigène durant la période coloniale, finira par s’accaparer les postes clés dans nombreuses institutions du pouvoir allant de la défense, à l’économie, la politique ou encore le sport.

La cohésion au sein des Rajapaksa s’est faite plus visible lors de la récente campagne électorale. Bien que Gotabaya soit le candidat à la présidentielle, son frère Mahinda a toujours été sur le devant de la scène en faisant des interviews portant notamment  sur  les sujets liés à l’économie. De ce fait, plusieurs observateurs s’attendaient à ce que Mahinda, la force motrice de la puissante famille, occupe le poste du Premier ministre dans le prochain gouvernement.

Reconnu comme le stratège des opérations militaires contre les Tigres Tamouls, M. Gotabaya (70 ans) est parvenu à instaurer la paix au Sri Lanka en 2009 en battant la rébellion des tamouls pour ainsi mettre fin à une guerre civile qui a duré 37 ans entre la majorité bouddhiste cinghalaise et les groupes minoritaires tamouls.

Dans son programme électoral, M. Gotabaya s’est focalisé sur le renforcement de la sécurité nationale, tout en donnant la priorité à la relance de l’économie et la modification des lois financières obsolètes.

Toutefois, la tâche n’est pas des plus aisées en ce sens que la victoire électorale de l’ancien ministre de la Défense suscitait des inquiétudes notamment chez les deux minorités tamoules et musulmanes qui se sentent largement marginalisées lors du mandat de son frère cadet.

Des craintes que le nouveau président a déjà essayé de dissiper. «Alors que nous inaugurons une nouvelle époque pour le Sri Lanka, nous devons nous rappeler que tous les Sri-Lankais font partie du voyage”, a-t-il lancé peu après l’annonce des résultats, ajoutant “Je suis très reconnaissant envers tous les Sri-Lankais, pas seulement ceux qui avaient voté pour moi”.

Sur le volet économique, la situation n’est plus aussi prometteuse, en raison des incertitudes qui pèsent sur la confiance des investisseurs alors que le pays tente de se relever des années de crises politiques, ainsi que des attentats terroristes de Pâque en avril 2019 ayant visé des hôtels et des églises du pays faisant des centaines de morts et de blessés mais aussi des pertes évaluées à 1,5 milliard de dollars en 2019.

Si les Rajapaksa s’affirment comme les artisans de la paix dans le pays, toutefois, ils font toujours l’objet de critiques acerbes au sujet de leur tendance pro-chinoise. En effet, l’ancien président Mahinda avait contracté des milliards de dollars de prêts et d’aides chinois pour améliorer les infrastructures, avant de conduire le pays à ce que ses détracteurs qualifient comme une dépendance inquiétante à l’égard de Pékin qui vise à renforcer sa présence dans le sous-continent indien.

L’exemple le plus frappant de cette dépendance, est bel et bien la cession par le Sri-Lanka en 2017 le port d’Hambantota (sud) à la Chine pour 99 ans, après s’être retrouvé dans l’impossibilité d’honorer des créances.

Le pays de 21 millions d’habitants subit un recul notable en termes des investissements directs étrangers (IDE) et d’une dette écrasante qui continue de paralyser les investissements publics.

De même le secteur privé connait une pénurie de la main-d’œuvre qualifiée, alors que le secteur public dont le personnel est passé, entre 2005 et 2018, de 850.000 à 1,3 million, continue de peser lourd sur le budget alloué aux investissements publics.

Le come-back des Rajapaksa, qui vient de jeter un pavé dans la marre à l’échelle du sous-continent indien, préoccupe sans nul doute l’Inde qui voit d’un œil sceptique la proximité du clan avec la Chine.

Le grand traditionnel voisin du nord, en la personne du Premier ministre Narendra Modi, n’a pas tardé à féliciter M. Gotabaya, tout en se disant impatient d’œuvrer avec le nouveau président pour renforcer les liens bilatéraux et assurer la paix, la prospérité et la sécurité dans la région.

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