C’est avec une grande confiance, persévérance et espoir à des lendemains meilleurs que la jeune Habiba El Hasnaoui, élue présidente de la commune Bni Salah dans la province de Chefchaouen, ambitionne de faire de sa localité un modèle exemplaire de développement rural, et ce pour répondre aux aspirations de la population et leur offrir les services de base nécessaires.

Mme El Hasnaoui a réussi à décrocher la présidence de la commune après avoir obtenu le même nombre de voix que son rival et avoir bénéficié de l’avantage d’être la plus jeune des deux. Son élection à la présidence constitue donc un moment de rupture dans le paysage politique provincial, particulièrement en milieu rural où les femmes subissent toujours l’impact de certaines traditions sociales et de perceptions révolues.

Dans une déclaration à la MAP, Habiba El Hasnaoui, âgée de 23 ans, élue sous l’étiquette de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), a souligné qu’elle n’a ressenti aucune appréhension ni crainte après l’annonce des résultats, notant que la présidence de cette commune rurale à Chefchaouen a toujours été réservée aux hommes.

Dans ce sens, elle a reconnu avoir vécu une sorte de confusion mais aucunement de peur, “un terme absent dans son dictionnaire”.

Elle a poursuivi qu’elle doit être au niveau de la responsabilité notant qu’en tant que présidente, elle est entourée par ses adjoints et les membres du conseil qui lui seront un vrai soutien dans sa fonction.

Habiba El Hasnaoui est entrée en politique après des études supérieures en économie qui lui ont permis de comprendre le langage des chiffres, mais son parcours a débuté bien avant lorsqu’elle avait brisé les tabous et s’est révoltée contre la normalité dans une région enclavée géographiquement et économiquement. Elle avait décidé de poursuivre ses études loin de son village, bravant les difficultés pour se rendre à Bab Taza pour ses études secondaires (collège et lycée) et enfin ses études supérieures à la faculté des sciences juridiques et économiques de Tétouan.

“Mon engagement dans la vie politique, surtout en milieu rural, était un pas plus au moins courageux, aucune femme n’ayant été élue auparavant présidente d’une commune dans la province de Chefchaouen”, a-t-elle expliqué, estimant que c’est un saut qualitatif pour la femme en général et la jeune femme rurale en particulier, surtout que son ambition a été réalisée en devenant membre du conseil communal et puis présidente de ce même conseil.

Dans une zone rurale où les coutumes et les traditions se dressent souvent comme entraves devant l’ambition des jeunes filles, et où dominent des préjugés qui limitent le rôle de la femme au foyer et dans les champs, les chances des jeunes filles sont limitées ne serait-ce pour que pouvoir poursuivre ses études, sans parler d’être élue présidente d’un conseil élu.

“Je ne vous cache pas que la présidence de la commune était l’une de mes ambitions”, a-t-elle confié, affirmant avoir toujours rêvé d’entreprendre quelque chose qui puisse honorer sa famille après ses études, contribuer au développement de la région où elle est née et a grandi, et aider les personnes qui l’ont vue grandir.

La jeune Habiba a l’ambition de travailler en collaboration avec tous les partenaires, notamment les instances officielles, politiques et civiles, pour laisser son empreinte dans la scène politique au niveau de la province de Chefchaouen en mettant en œuvre un programme global, avec une vision claire pour la réhabilitation de la commune de Bni Salah et l’amélioration des services offerts à la population. Un programme qui s’appuie sur la construction de nouvelles routes, le désenclavement des douars, la contribution à la réhabilitation des établissements scolaires, en plus de l’aménagement et l’équipement du souk hebdomadaire afin de relancer l’économie locale.

Elle compte aussi redoubler d’efforts pour améliorer les services de base, particulièrement la santé, l’éducation, la lutte contre le décrochage scolaire, le renforcement du transport scolaire dans les douars de la commune et la consolidation du réseau d’éclairage public au niveau du centre de la commune et dans les villages qui en relèvent.

Une femme qui arrive à obtenir la présidence de la commune est l’occasion de renforcer la présence des femmes dans les instances de gestion de la chose publique au niveau de la commune de Bni Salah, d’autant plus que Fouzia Akdi a été élue quatrième vice-présidente de la commune, tandis qu’on veillera à réserver une représentation des femmes lors de la formation des commissions permanentes du conseil.

Pour Mme El Hasnaoui, la jeune fille rurale, qui vit dans un environnement qui limite ses capacités et réduit l’horizon de ses ambitions en comparaison avec les hommes, doit “se concentrer sur l’éducation, susceptible de lui offrir un saut qualitatif et du courage pour lutter contre toute pensée qui remet en question la capacité de la femme”.

Les jeunes filles doivent prouver leurs capacités en veillant à poursuivre leur éducation à tous les niveaux, à s’inscrire dans les programmes de lutte contre l’analphabétisme pour les femmes, et aussi à continuer à défendre, avec ferveur, leurs droits afin de réaliser leurs ambitions, a-t-elle insisté.

C’est une prise de position basée sur l’expérience personnelle de cette fille issue d’une famille conservatrice de Bni Salah. Elle a veillé, en compagnie de ses six frères, à poursuivre leurs études universitaires grâce aux orientations d’un père qui avait obtenu son certificat d’études primaires et d’une mère, qui n’a pas eu la chance d’être scolarisée mais convaincue que les études sont la clé de l’avenir.

“Atteindre la présidence de la commune ne changera rien dans mon comportement, la responsabilité étant un mandat avant d’être un honneur”, relève Mme El Hasnaoui. Néanmoins, l’ensemble des partenaires sociaux et politiques de la commune de Bni Salah doivent travailler main dans la main et coopérer pour réaliser un décollage économique à même de sortir cette localité de la précarité et de la marginalisation.

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