Une année sans le Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca ressemble à “une semaine sans vendredi”, le mois de février étant passé sans que la ville fête le livre et ses amoureux, la pandémie du nouveau Coronavirus avait éclipsé cet espace culturel et laissé sur leur faim les passionnés de la lecture.

Depuis que le SIEL est devenu un rendez-vous annuel, la ville connait deux semaines durant une attractivité et une activité inhabituelles dans ses espaces culturels, hôteliers et commerciaux. Cette dynamique touche tout un système de services pour accueillir un grand nombre de visiteurs et d’exposants marocains et étrangers, en plus des habitants de la région de différentes tranches âges et couches sociales qui affluent massivement vers le salon.

Tout le monde a été contraint de manquer l’édition de cette année, suite à cette crise sanitaire, comme c’était le cas d’ailleurs pour les autres activités culturelles et artistiques, faisant de 2020 une année où la joie de la créativité a été absente, alors que l’impact du Salon a été plus grand.

De tout point de vue, l’événement est exceptionnel et très attendu de la part des citoyens, des exposants, des éditeurs, des intellectuels, des étudiants, et même des élèves pour qui cet événement leur offre l’occasion de trouver chaussures à leur pied dans un espace qui les accueillait habituellement avec grande hospitalité.

Pour un pays comme le Maroc dont l’économie de l’édition est “fragile et faible”, il est difficile de se passer d’une édition du SIEL de Casablanca, simplement parce que le Salon joue un rôle central dans la relance de l’économie marocaine du livre, a estimé l’écrivain et auteur Yassin Adnan, en réaction à l’annulation de l’édition 2020 du SIEL.

  1. Adnan, connu du public comme l’une des figures les plus marquantes par ses activités et sa participation au SIEL, a également indiqué qu'”en ce qui concerne la rentrée culturelle et littéraire, que nous avons l’habitude de reporter au mois de février, car nous sommes convaincus ces dernières années que le Salon marque effectivement la rentrée culturelle marocaine, c’est une rentrée culturelle officielle et un pèlerinage culturel actif” où convergent les amis du livre en provenance de différentes régions du Royaume.

L’auteur du livre “Hot Maroc” note également que la faiblesse des mécanismes de distribution de livres et l’incapacité des bibliothèques marocaines à suivre la scène littéraire et intellectuelle ont fait en sorte que le SIEL a consacré une opportunité commerciale essentielle pour les éditeurs afin d’assurer directement la vente de leurs ouvrages, c’est pourquoi, dit-il, l’impact commercial était énorme cette année.

En tant que professionnel dans le domaine de la presse culturelle et du journalisme littéraire, l’écrivain relève également que le SIEL est devenu une excellente opportunité aux journalistes pour qui le Salon constitue de par ses invités de marque, ses conférences et ses publications, une matière riche pour leurs articles durant plusieurs mois après l’expiration du Salon.

“Nous avons l’impression que la saison culturelle nous a été confisquée cette année”, a-t-il enchainé, ajoutant que les initiatives de certains éditeurs et des associations visent notamment à combler ce vide, mais il n’y a pas d’événement capable de faire bouger la scène culturelle nationale et la relancer comme le SIEL de Casablanca qui a été annulé malheureusement à cause du Coronavirus.

Pour les visiteurs du Salon, les exposants et les amoureux de la lecture, ni des salons virtuels ni un autre rendez-vous ne peuvent remplacer le SIEL avec ses dimensions culturelle, créative et économique.

Pour sa part, le journaliste et poète Mohamed Bachkar a décrit avec minutie la tragédie de la scène et comment l’épidémie a transformé la place qui abritait le Salon du livre de Casablanca d'”un hôpital qui soigne les âmes et les nourrit du fruit des livres à un hôpital de campagne pour accueillir les patients infectés par le Coronavirus”, tout en soulignant que dans le cas du SIEL, “l’épidémie a triomphé réellement et virtuellement et a déféré la joie de la rencontre sous un nouveau titre ! “.

Même si Coronavirus a perturbé ses agendas quotidiens, l’homme n’a cessé de réfléchir à des alternatives qui ravivent culturellement et économiquement son environnement social, c’est pourquoi il a eu recours à des méthodes technologiques permettant de faire face à sa nouvelle et amère réalité même à distance, sauf dans le cas du Salon international du livre, “l’improbable a triomphé sur le possible”. Le confinement total a empêché les éditeurs du monde entier à acheminer les fruits de leurs maisons d’édition au Maroc, a déploré M. Bachkar.

Bien qu’il ne capitule pas devant les épreuves, car il croit dur comme fer que cette réalité, même dans ses aspects négatifs, est capable de générer une  énergie de rêve, le responsable du supplément culturel du quotidien “Al-Alam” estime que le budget du SIEL devrait être affecté à la réalisation d’autres projets culturels, rappelant dans ce sens que le budget mobilisé pour l’organisation du Salon du livre de Casablanca, un des plus importants salon à l’échelle mondiale, est d’environ 5 millions de dirhams, tout en s’interrogeant si ce montant pourrait être investi pour la relance d’autres projets culturels en suspens depuis plusieurs années.

Evidemment, l’avis du poète ou de l’écrivain n’engage qu’eux seuls, mais ce rêve impressionne nombre d’amateurs de la lecture, c’est pourquoi on pourrait déduire que “l’impact de l’absence” était plus grave sur des milliers de visiteurs qui ont l’habitude de faire le déplacement de différentes régions vers la capitale économique du Royaume en vue de rencontrer leur écrivain préféré, assister à la cérémonie de signature du livre d’un ami ou acquérir les ouvrages difficiles à trouver ailleurs.

Cet avis est partagé par l’une des fidèles du SIEL originaire de la ville de Fkih Ben Salah (L.S), qui a indiqué que sa relation avec le Salon international du livre a commencé il y a cinq ans, rappelant que pour des raisons de santé elle se rendait à Casablanca et avait l’habitude de visiter certaines bibliothèques pour l’achat de livres, et le SIEL a été l’occasion de satisfaire sa curiosité de voir cet événement international, puis c’est devenu une tradition par la suite.

Mes propos au sujet du SIEL sont liés à la réalité de la lecture dans ma ville natale où les bibliothèques concernées par la commercialisation des livres font presque défaut et le prix des ouvrages n’est pas souvent à la portée du lecteur, poursuit-elle, ajoutant que le Salon offre plus de possibilités de choix, tout en rappelant qu’elle avait rencontré des personnes originaires d’autres régions qui pâtissent de la même situation.

Même si le SIEL a perdu ces dernières années un peu de sa renommée avec l’absence du public lors des conférences programmées dans l’agenda de la manifestation, les visiteurs en dehors de la ville considèrent que l’annulation de cet évènement cette année constitue le gaspillage d’une opportunité précieuse.

D’autres estiment également que l’annulation de l’édition 2020 du SIEL a laissé un grand vide non seulement en ce qui concerne l’acquisition d’ouvrages mais aussi pour rencontrer les amis qui accordent un même intérêt aux créativités poétiques.

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