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Le Comité international olympique, grâce à ses réserves, et les fédérations internationales, dont beaucoup ont emprunté, ont les moyens de faire face au report d’un an des Jeux olympiques de Tokyo, mais leur annulation aurait des conséquences bien plus graves, selon des experts.

Assis sur un magot de près d’1 milliard de dollars, le CIO “dispose de réserves importantes et d’assurances, donc je ne pense pas qu’il soit en danger”, juge Jean-Loup Chappelet, professeur à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de Lausanne et spécialiste du mouvement olympique.

Conforté par sa douzaine de richissimes parrains, dont le groupe français Atos et la multinationale américaine Procter & Gamble qui viennent de renouveler leur partenariat respectivement jusqu’en 2024 et 2028, et fort de contrats de droits de télévision toujours en hausse, le CIO peut donc voir venir.

Mais l’effort qu’il va consentir pour aider à la fois le Comité d’organisation des JO de Tokyo et les fédérations internationales, quasiment privées de compétitions en 2020 et donc de revenus, va peser lourd.

Ainsi, dès le 14 mai le CIO a-t-il annoncé une enveloppe de 800 M USD (740 M EUR), dont 650 M USD destinés à couvrir les surcoûts liés au report des JO de Tokyo et 150 M USD pour le mouvement olympique, dont les fédérations. Au 15 juillet, les fédérations internationales, confrontées à des problèmes de trésorerie, avaient déjà reçu plus de 60 M USD d’aides, a indiqué le CIO la semaine dernière.

Si la tenue de l’événement dépendra de l’évolution de la pandémie, Tokyo comme le CIO feront tout pour organiser les JO, y compris à huis clos, “l’un des scénarios que nous devons imaginer”, a reconnu vendredi le patron allemand de l’instance, Thomas Bach. Mais impossible de ne pas envisager une annulation pure et simple, jamais intervenue en temps de paix.

“Une annulation des Jeux de Tokyo serait grave, financièrement et sportivement pour la plupart des fédérations internationales”, souligne encore M. Chappelet, récent auteur de “La place olympique suisse: émergence et devenir”.

“Mais je n’y crois pas car le CIO et surtout le gouvernement japonais feront tout pour qu’ils aient lieu, même +simplifiés+, ajoute le chercheur. Ils pourront dire alors: +on y est arrivé+ un peu comme après les deux guerres mondiales : Anvers 1920 et Londres 1948 ont symbolisé un certain retour à la normale même si ce furent des Jeux de l’austérité”.

Pour Patrick Clastres, directeur du Centre d’études olympiques à l’Université de Lausanne, “si les Jeux ne se tiennent pas, cela aura un impact sur le système olympique. Cela mettra en difficulté les fédérations internationales et révélera leur fragilité financière”. Certaines fédérations, petites ou moyennes, dépendent en effet largement des aides versées tous les 4 ans par le CIO.

“Certaines fédérations sont financées par des oligarques, comme la Fédération internationale d’escrime avec Alisher Usmanov. D’autres sont sous perfusion d’argent russe. Et pour d’autres enfin, la situation est vraiment difficile. A moyen terme, le modèle sera de lever l’étreinte olympique”, estime M. Clastres, qui évoque aussi la menace des ligues privées, en natation notamment.

Pour Guy Drut, l’un des trois membres français du CIO, “les fédérations internationales ont plus à risquer et à perdre de ce genre d’événements que le CIO (…) Les conséquences financières du report seront partagées. On va faire en sorte qu’elles soient le moins importantes possible”.

“Pour l’avenir, je l’ai déjà dit et on me l’a reproché: il faut réinventer les Jeux olympiques, s’adapter. Au CIO, il nous appartient de mettre cela en avant pour baisser le coût global de l’événement”, estime encore le champion olympique de Montréal-1976.

Comment réduire les coûts ? “Il faut être rigoureux et savoir ce dont on peut se passer (…) Ce sera vrai aussi pour Paris 2024 où le plus urgent c’est une réactualisation budgétaire. Sur les JO de Tokyo, 200 mesures ont été évoquées pour réduire les coûts. Il faut faire exactement de la même façon pour Paris 2024”.

Pour les JO-2024, “si l’on reste à 6 ou 7 Mds EUR de budget ça ira. Si on atteint 8 à 9 mds EUR, ce sera loin d’être une réussite, car on doit servir d’exemple pour éviter que des grandes métropoles dans le monde aient peur de se lancer dans la course aux JO”, conclut l’ancien hurdleur.

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