Après des mesures de sauvetage d’urgence, l’heure est à la relance économique à plus long terme pour l’Union européenne plongée dans une récession historique à cause de la pandémie du coronavirus.

Pour sauver l’économie européenne mise en péril par cette crise sanitaire sans précédent, un plan de relance massif de 750 milliards d’euros est sur la table des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE qui se réunissent, vendredi et samedi, dans le cadre d’un sommet européen extraordinaire. Et le moins que l’on puisse dire c’est que les négociations entre les Vingt-sept s’annoncent particulièrement difficiles et tendues.

Ce sommet, le premier en présentiel après plusieurs réunions par vidéoconférences depuis la mi-mars à cause de la pandémie de Covid-19,  aura lieu avec l’espoir de faire émerger un consensus entre les dirigeants européens sur le plan de relance économique post-Covid. Toutefois, c’est loin d’être gagné.

En annonçant la convocation de ce sommet, le président du Conseil européen, Charles Michel, a prédit que cette réunion ne sera pas une partie de plaisir, jugeant qu’il ne faut pas sous-estimer les difficultés sur la voie de la conclusion d’un accord.

Et il a vu juste, tant les positions des dirigeants européens continuent de diverger sur les modalités du plan de relance proposé par la Commission européenne, rendant un compromis difficile à atteindre.

Si les pourparlers entre les leaders européens risquent de se corser, quatre pays sont au banc des accusés. Il s’agit de l’Autriche, des Pays-Bas, de la Suède et du Danemark qui ont fait part à maintes reprises de leurs réticences quant au plan européen de relance.

La proposition de la Commission européenne basée sur des subventions à hauteur de 500 milliards d’euros outre 250 millions de prêts a, en effet, provoqué une levée de boucliers chez ces quatre pays dits “frugaux” qui s’opposent à l’idée de créer une dette commune entre les Vingt-sept pour venir en aide aux pays, régions et secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus.

Dans une lettre envoyée récemment au Financial Times, les chefs des gouvernements autrichien, suédois, danois et néerlandais ont jugé “impensable” de recourir à des subventions pour relancer l’économie européenne, affirmant que la seule manière “saine” d’utiliser l’argent emprunté par l’UE est “de le convertir en prêts pour ceux qui en ont vraiment besoin, aux meilleures conditions possibles”.

Face aux réticences affichées par ces quatre pays, la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président français Emmanuel Macron qui ont inspiré la proposition de l’exécutif européen ont pris à bras le corps ce plan de relance, multipliant depuis plusieurs jours les rencontres bilatérales pour tenter de rapprocher les vues des Etats membres.

Pour ce faire, le couple franco-allemand a particulièrement œuvré à gagner l’adhésion des “frugaux”, à leur tête les Pays-Bas, dont le Premier ministre Mark Rutte se montre particulièrement intransigeant sur le principe d’accorder des subventions aux pays les plus touchés par la pandémie au travers d’emprunts sur les marchés, remboursés par l’ensemble des pays européens en fonction de leur richesse.

Les premiers ministres italien et Espagnol ont également eu des entretiens ces derniers jours avec leur homologue néerlandais, afin de tenter d’assouplir ses positions et espérer un compromis rapide sur le plan de relance dont leurs pays seront parmi les principaux bénéficiaires.

Se montrant particulièrement “inflexible”, le Premier ministre néerlandais privilégie une aide aux pays et secteurs les plus durement affectés par les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, qui s’exprimerait plus largement sous forme de prêts.

Par ailleurs, à l’instar des dirigeants autrichien, danois et suédois, Mark Rutte veut que le budget européen pluriannuel de l’UE (2021-2027), sur lequel s’adosse le plan de relance, soit limité à 1 % du revenu national brut de l’Union et “modernisé”, c’est-à-dire, qui consacre moins d’argent à la politique agricole commune et les politiques de cohésion socio-économique.

En présentant la semaine dernière sa proposition du budget à long terme de l’UE qui servira de base pour les négociations entre les dirigeants des Vint Sept, le président du Conseil européen a lâché du lest en révisant à la baisse les ambitions affichées par l’exécutif européen.

Charles Michel a ainsi ramené le cadre financier pluriannuel de 1100 milliards d’euros proposé par la Commission à 1074 milliards. Une réduction du budget qui constitue “un premier pas dans notre direction”, a reconnu le chancelier autrichien Sebastian Kurz, tout en faisant observer que les positions des pays sont “encore très éloignées”, en particulier sur les subventions prévues par le plan de relance.

Insistant sur la nécessité de trouver promptement un accord afin de garantir une reprise aussi rapide que possible de l’économie européenne, le président du Conseil européen a toutefois estimé dans sa lettre d’invitation à l’adresse des dirigeants européens prenant part au sommet de Bruxelles que pour y parvenir, il faut “un travail acharné et une volonté politique de la part de tous”.

Si le plan de relance post-Covid peut marquer un tournant pour la solidarité européenne malmenée par la crise du coronavirus, l’approche du “chacun pour soi” risque de prendre encore le dessus et de compliquer davantage la quête d’un compromis.

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