Face à une conjoncture économique particulièrement difficile imposée par la crise pandémique du Covid-19, l’État et les établissements et entreprises publics (EEP) sont appelés à instaurer une gestion optimale de leurs dépenses voire même de les réduire, en vue de consacrer une croissance économique soutenue et plus résiliente.

Dans son dernier discours du 29 juillet 2020, à l’occasion de la fête du trône, SM Le Roi Mohammed VI a présenté une feuille de route claire pour un plan de relance économique intégré. En effet, pour soutenir l’économie, qui affronte une récession historique, un fonds de 120 milliards de dirhams (MMDH) a été prévu. Ce plan contient les mesures horizontales et spécifiques d’accompagnement de l’activité des différents secteurs de l’économie, notamment ceux les plus impactés par la crise.

Parmi ces mesures, la nécessité de mettre en place une réforme profonde du secteur public pour corriger les dysfonctionnements structurels des EEP afin d’assurer une complémentarité et une cohérence entre les responsabilités assumées et la rationalisation voire la réduction optimale des dépenses engagées pour les accomplir. Dans ce même contexte, le ministère de l’Économie, des finances et de la réforme de l’administration a décidé de liquider plus de 70 entités relevant du secteur des EEP.

“A la lueur de ce que nous vivons depuis environ six mois, la réduction des dépenses publiques est une décision qui s’impose. En effet, L’État a vu ses recettes subir des réductions drastiques notamment en raison des difficultés que connaissent les opérateurs économiques à la fois du secteur privé et du secteur public”, a souligné dans une déclaration à la MAP, le Doyen de la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales – Université Hassan II de Casablanca, Abdellatif Komat.

Ces difficultés, a-t-il dit, ont impacté négativement la contribution de ces opérateurs économiques aux ressources de l’État en leur qualité de contribuables et ce en raison d’une part du rétrécissement de leurs activités et d’autre part de la fragilité de leurs trésoreries, notant qu’au même moment que ses recettes se sont réduites, L’État a vu certaines dépenses s’imposer comme priorité absolue, notamment celles relatives au volet de la santé. Face à cette double contrainte, il est bien évident que la structure des dépenses publiques connaisse d’une part une réduction et d’autre part un redéploiement.

En effet, l’investissement public est structurellement une composante fondamentale de la politique d’investissement au Maroc, a relevé l’économiste, soulignant que l’État fait de son mieux pour ne pas le réduire de manière substantielle. Sa légère réduction ne devrait pas trop impacter négativement la préservation de l’emploi et ce dans la mesure où les dispositions sont prises, a-t-il estimé.

A son sens, il est question de déployer des efforts pour améliorer le rendement des investissements publics. Sur ce plan, le coefficient marginal du capital (ICOR) qui mesure l’efficacité de l’investissement a devant lui un grand potentiel d’amélioration pour le Maroc par rapport à ce qui est enregistré dans les pays émergents. Cela pourrait être réalisé par une amélioration progressive des choix stratégiques des investissements publics et par l’amélioration des approches de gestion en vigueur dans les entreprises et établissements publics.

En outre, il faut renforcer le partenariat public-privé comme voie salutaire pour une collaboration entre ces deux composantes de l’investissement, chacune disposant de points forts et de qualités dont la jonction serait bénéfique pour la dynamique économique et pour la préservation, voire le renforcement de l’emploi.

“La doctrine officielle au Maroc depuis le milieu des années 1980 est celle d’un maintien du déficit du Budget de l’État à un niveau soutenable fixé à 3% du PIB. La pandémie Covid-19 et les mesures sanitaires prises depuis mars 2020 ont eu des effets négatifs sur le niveau de l’activité économique (PIB) et sur les ressources et les dépenses de l’État. Le maintien des dépenses initialement prévues dans la Loi de Finances 2020 entrée en application le premier janvier dernier dans un environnement de crise sanitaire, sociale et économique aurait été un non-sens”, a indiqué de sa part, Lhacen Belhcen, Professeur de Management Stratégique à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales – Université Hassan II de Casablanca.

La création d’un Fonds Spécial dédié à la prise en charge des dépenses liées à la lutte contre les effets de la Covid-19 était appropriée, rapide et efficace, a-t-il révélé, notant que sa mission et ses ressources ne permettent pas le maintien de la dépense publique à un niveau suffisant pour relancer l’activité économique.

Le Budget Général de l’État et les budgets des Collectivités Territoriales doivent reprendre rapidement leur rôle, a estimé l’universitaire, rappelant que la Loi de Finances Rectificative 2020 a été adoptée et promulguée dans ce cadre. “Or, ses concepteurs et les élus qui l’ont votée devaient tenir compte de la baisse des recettes ordinaires de l’État, de la nécessité d’impulser une dynamique nouvelle à l’économie et du respect des principes de bonne gestion des finances publiques (éviter les mesures comportant les risques d’un endettement excessif, préserver la stabilité des prix, éviter une aggravation du chômage et des difficultés des entreprises, maintenir les déficits du Trésor et des Comptes Extérieurs à des niveau soutenables)”, a-t-il commenté.

Pour lui, afin de réussir l’arbitrage entre la réduction des dépenses publiques et la relance économique, un ciblage s’avère indispensable. “Les mesures de relance ne peuvent pas faire l’économie d’une définition des priorités. Le soutien aux entreprises est indispensable. Celles qui ont opéré dans le secteur structuré et qui ont régulièrement contribué à l’effort de financement du Budget de l’État doivent bénéficier d’une attention particulière. Le soutien aux entreprises est un moyen pour maintenir l’emploi à un niveau satisfaisant et un levier indirect de relance de la demande de consommation et d’investissement”, a-t-il martelé.

Il est à signaler qu’une réduction importante des dépenses d’investissement de l’État aura des effets induits sur l’investissement privé et sur l’activité des entreprises opérant directement ou indirectement dans le cadre des marchés publics, indique M. Belhcen, faisant savoir que la création directe de l’emploi dans la fonction publique est restée “assez modeste”, et que la politique de préservation de l’emploi concerne essentiellement les emplois dans le secteur privé. Ils sont plus exposés aux effets de la conjoncture que les emplois dans la fonction publique.

Et d’ajouter que la nature des projets d’équipement qui seront programmés et mis en œuvre, la part des commandes publiques captées par les entreprises locales et la part de la sous-traitance locale dans les grands projets détermineront l’ampleur des effets induits. “Les responsables auront à prendre davantage en ligne de compte la variable “Emploi” dans les décisions relatives aux investissements publics. L’erreur serait de reconduire les “+bonnes pratiques+ d’avant”, a-t-il dit.

Gérer avec succès en temps de crise a toujours exigé une bonne dose d’innovation. Une pondération plus importante des variables sociales dans le choix des projets est nécessaire pour une meilleure intégration des impacts sociaux et de l’inclusion sociale dans les critères de choix des investissements publics, a-t-il conclu.

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