Le nouveau président de l’Université Abdelmalek Essaâdi (UAE) de Tétouan, Bouchta El Moumni, a évoqué, dans une interview accordée à la MAP, ses priorités d’action, les principaux axes de son programme de développement de l’université pour la période 2021-2024, et le rôle que peut jouer l’université dans le renforcement de la dynamique de développement que connaît la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, ainsi que la situation actuelle et les perspectives de la recherche scientifique et de l’innovation à l’université.

1- Quelles sont vos priorités d’action pour poursuivre le processus de développement enclenché par l’UAE et promouvoir son rayonnement ?

Dans le cadre du programme de développement de l’université Abdelmalek Essaâdi (UAE), nous allons achever les projets en cours, entamés par le président défunt, Mohammed Errami, et œuvrer pour l’exécution de projets ambitieux, visant à assurer une offre de formation initiale riche et diversifiée, une formation continue répondant aux besoins du secteur socio-économique, une recherche scientifique innovante et appliquée, une gouvernance juste, rationnelle et transparente, un partenariat gagnant pour tous et une coopération multidimensionnelle.

Ces projets portent également sur l’accompagnement social des étudiants durant tout le cycle universitaire, et la prise en charge des étudiants et du personnel en situation de handicap.

2- Comment est-ce que l’université peut contribuer à la dynamique de développement, tous azimuts, que connaît la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima?

L’UAE est déterminée à accompagner la dynamique de développement que connaît la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima (TTA) en matière de formation, notamment dans le domaine de la formation continue pour accompagner le personnel de l’entreprise avec des formations continues diplômantes, certifiantes et tout au long de la vie.

Cet accompagnement passe également par la recherche–développement (R&D), en favorisant les axes thématiques répondant aux besoins de l’entreprise et des industries de la région, à travers la valorisation des produits de la recherche de l’université avec les partenaires socio-économiques de la région, sous forme de brevets exploitables sur le plan industriel et des conseils et formations entrepreneuriales.

L’UAE et le Conseil de la région TTA ont réussi à mettre en place un partenariat exemplaire. Ainsi, des programmes de formations et de recherches seront développés pour accompagner et répondre aux différents besoins des industries automobile, aéronautique et touristique, des sciences médicales, pharmaceutiques, humaines et sociales, ainsi que des secteurs du tourisme, l’agriculture, l’économie bleue, l’énergie renouvelable et de développement durable, en plus du BIG-Data et de l’intelligence artificielle.

3- Quels sont les axes fondamentaux de votre programme de développement de l’université pour la période 2021-2024 ?

Les principaux axes du programme de développement de l’université pour la période 2021-2024 portent notamment sur le développement d’une offre de formation (formation initiale, formation continue, formation tout au long de la vie et formation à distance), qui prend en considération les potentialités de la région et répond aux besoins du marché de l’emploi, à même de favoriser l’insertion professionnelle des lauréats de l’université.

Il s’agit également de la promotion de la recherche scientifique (fondamentale et appliquée) pour accompagner le développement socio-économique aux niveaux national, régional et local, de la mise en place d’une gouvernance rationnelle et transparente avec réédition des comptes et égalité des chances, et de développement d’un partenariat public-privé multidimensionnel, tout en nous focalisant sur le partenariat à l’échelle de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

Ce programme de développement s’assigne aussi pour objectifs d’oeuvrer pour l’amélioration des conditions socio-économiques du corps enseignant et administratif de l’UAE et des conditions sociales des étudiants de l’université, ainsi que de mettre en place les outils nécessaires permettant d’accompagner les étudiants pour l’orientation, la réorientation et l’insertion professionnelle.

4- Parlez-nous de la situation actuelle de la recherche scientifique et de l’innovation au sein de l’université?

Actuellement, la recherche scientifique à l’UAE s’articule autour de 110 structures de recherches (équipes et laboratoires), 4 centres de recherches et 3 incubateurs, 18 formations doctorales, cinq centres d’études doctorales (CED) et 4.082 doctorants.

Notre objectif est de faire de la recherche scientifique et de l’innovation une locomotive de développement de l’UAE et de la région TTA.

Pour y parvenir, nous allons œuvrer pour le regroupement des structures de recherches autour d’axes thématiques, en vue d’atteindre des masses critiques considérables, l’augmentation et la diversification des conférences et séminaires en faveur des doctorants, l’encouragement de la mobilité des doctorants à l’échelle nationale et internationale, et la sensibilisation et l’accompagnement des enseignants-chercheurs pour participer massivement aux différents appels d’offre aux niveaux régional, national et international.

Nous allons également se pencher sur le regroupement des 5 CED en un seul CED à l’échelle de l’université et le doter des moyens humains et matériels nécessaires, pour une bonne gouvernance et une bonne gestion des affaires doctorales, l’encouragement des thèses en cotutelles avec nos partenaires étrangers, et l’instauration des primes pour encourager la production scientifique.

Il s’agit également d’encourager et favoriser la recherche-développement par des brevets à portée industrielle, rechercher des bourses du secteur public et privé, et de créer des revues indexées dans le domaine des sciences juridiques, économiques, humaines et sociales, à l’instar des revues du domaine scientifique et médical.

Nous aspirons aussi à promouvoir le classement de l’UAE pour qu’elle figure parmi le Top 3 des meilleures universités à l’échelle nationale d’ici 2023-2024, et à améliorer son classement à l’échelle internationale.

5- Comment comptez-vous développer ce volet de la recherche scientifique pour améliorer la compétitivité de l’université et son classement à l’échelle nationale et internationale ?

Nous allons créer de nouvelles structures pour le développement de la recherche à l’UAE, afin d’accompagner la dynamique à l’échelle régionale.

Il s’agit notamment de la mise en place d’une cité d’innovation pilotée par l’UAE et le Conseil de la région TTA, pour valoriser les résultats de la recherche scientifique au profit du tissu productif, mettre à la disposition des entreprises les résultats de la recherche, le savoir-faire et les compétences de l’université, contribuer à l’amélioration du niveau technologique des entreprises, encourager le transfert technologique, promouvoir l’entrepreneuriat et favoriser la création de startups innovantes, à travers le processus d’incubation.

Nous allons aussi créer un laboratoire d’épidémiologie moléculaire au sein de la Faculté de médecine à Tanger, un Centre d’innovation et un Observatoire régional Université – Entreprise.

Des axes thématiques prioritaires seront mis en évidence et développés dans le sillage de ce projet en parfaite adéquation avec les potentialités de la région, tout en impliquant les ressources humaines et matérielles de l’UAE.

———–

L’Université Ibn Tofaïl cède un brevet d’invention à une société privée, une première au Maroc

La cérémonie de signature du contrat de cession à la société privée Agricultural And Trading Company (ATRACO SARL) du brevet d’invention de l’Université Ibn Tofail de Kénitra, portant sur la production, la formulation et le recyclage d’un produit biofongicide et biostimulant, s’est tenue lundi à Kénitra.

Présidée par le ministre de l’Education nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaid Amzazi, et du ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Driss Ouaouicha, cette première cérémonie du genre au niveau national s’inscrit dans le cadre de la stratégie mise en œuvre par l’université pour la commercialisation de la propriété intellectuelle avec comme objectif la valorisation et le transfert des résultats de la recherche académique au monde socio-économique sous forme de produits et services, ainsi que la promotion du partenariat public-privé.

Il s’agit d’un produit biofongicide et biostimulant objet du brevet MA 41534, développé par l’équipe de botanique, biotechnologie et protection des plantes du laboratoire des productions végétales, animales et agro-industrie de la faculté des sciences de Kénitra. Ce produit à base de Trichoderma asperellum est susceptible d’application industrielle et présente une utilité déterminée, probante et crédible.

Au cours de cette cérémonie marquée par la présence du gouverneur de la province de Kénitra, Fouad M’Hamdi, le ministre de l’éducation nationale a indiqué que la signature du contrat de cession vient couronner la stratégie d’innovation et de recherche scientifique adoptée par l’université Ibn Tofail qui s’est distinguée pour la première fois au Maroc par la cession d’un brevet à une entreprise privée.

“Il s’agit d’une démarche que nous applaudissons tous ensemble dans la mesure où nous faisons tout pour arrimer la recherche académique à l’entreprise et à l’industrie”, a-t-il souligné.

“Cette belle initiative des enseignants chercheurs de l’université Ibn Tofail est tout à fait inédite et répond parfaitement à notre stratégie d’encourager l’innovation”, a-t-il fait remarquer. “Nous évoluons vers une recherche scientifique utile, créatrice de richesse avec un impact sur le développement socio-économique”, a relevé le ministre, ajoutant que l’université de Kénitra recèle un énorme potentiel en matière de production de brevets, soit près de 136 en 2020 contre environ 108 l’année précédente, soit une évolution de près de 26%.

M. Amzazi a, dans ce sens, indiqué que la commercialisation du biofongicide aujourd’hui est une démonstration très éloquente pour montrer que les universités, laboratoires et chercheurs nationaux disposent des capacités nécessaires pour accompagner le développement économique et social du Royaume.

Le président de l’université Ibn Tofail, Azzeddine El Midaoui, a de son côté relevé qu’il s’agit d’un événement exceptionnel à travers lequel l’université marocaine, les chercheurs et les secteurs public et privé fêtent la cession du premier brevet national à une société privée.

M. Midaoui a salué “un saut qualititatif” pour l’université Ibn Tofail qui ne se limite plus uniquement à la production et aux publications scientifiques, mais qui se tourne également à la production et surtout à la valorisation de ses brevets.

“La collaboration avec la société ATRACO SARL constitue un bon départ pour l’exploitation et l’encouragement de la vente de brevets”, a-t-il estimé, mettant en évidence à cet égard les rôles de l’université en tant qu’acteur au service non seulement de la formation et la recherche, mais aussi en termes de création des richesses.

Pour le directeur général de la société ATRACO SARL, Abdelmoti Albatnan, il s’agit d’un micro organisme biofongicide biologique à base de Trichoderma asperellum qui sera utilisé par les agriculteurs afin de protéger leurs systèmes racinaires contre tous les ravageurs et les pathogènes du sol.

“La production, l’utilisation et l’exploitation de ce produit ne se fera que dans deux ans, car il faut préparer l’homologation et l’usine de production”, a-t-il expliqué, notant qu’il s’agit d’un investissement d’environ 1,5 million de dollars.

Au terme de cette cérémonie, il a été procédé à la signature du contrat de recherche et d’expertise “Suivi et accompagnement de l’entreprise ATRACO pour l’exploitation industrielle du brevet”.

Cet évènement a été marqué par la présence du doyen de la faculté des sciences de l’Université Ibn Tofail, de la directrice du brevet d’invention de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale (OMPIC), des représentants de la province de Kénitra, en plus du corps professoral et administratif de l’Université.

Bouton retour en haut de la page
Fermer