Gros plan sur des mains ridées qui s’entrelacent dans l’obscurité comme pour s’unir dans la peine, vue panoramique d’un groupe de fidèles qui pratiquent leur culte dans la pénombre d’une synagogue, portrait de deux enfants qui s’éclaboussent dans l’ombre d’une fontaine dans l’ancienne médina…

L’univers de l’artiste-photographe Touhami Enndare, qui expose ses oeuvres du 22 juin au 30 janvier 2023 au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI) sous le signe “Qasida noire”, est à son image: cosmopolite, profondément humain et élégant, en mode noir et blanc, “des couleurs dont le contraste fait mieux ressortir la lumière”, dit-il aux journalistes venus explorer, en cette matinée de mardi, l’immense oeuvre qui s’étend sur un demi-siècle de cet artiste universel qui a parcouru les quatre coins du monde.

Ce natif de Casablanca en 1953 se définit comme “un citoyen du monde”, mais aussi et surtout comme “un enfant de la médina” qui n’a cessé d’habiter son âme et d’alimenter son oeuvre.

“Dieu m’a fait le cadeau d’être né à la médina dont les ruelles m’ont appris très tôt à observer ce qui m’entoure, ce qui est en effet le propre de la photographie, et où je regardais ma mère tisser des tapis. L’art photographique, je ne l’ai pas appris dans une école, car ma véritable école c’est la vie”, indique-t-il à la presse, sur un ton nostalgique.

C’est cette médina, cette culture marocaine dont il est le pur produit, qui a appris à Ennadre l’importance de l’imagination dans le métier de photographe. “Là encore, je suis influencé par la culture marocaine d’où je viens et qui fait la part belle à l’imagination, aux antipodes de la culture occidentale qui se focalise sur l’image. Dans mes oeuvres justement, je suis plus dans l’imagination que dans la représentation car je ne me considère pas comme un chasseur d’images. J’ai enlevé le sujet pour ne laisser que l’émotion s’exprimer”, déclare l’artiste.

“Prières ferventes”, “Machines à coudre”, “Marrakech Express”, “Le gosse que j’ai été dans ma médina”, “Abattoirs”, “Under New York”, “Mains du Monde”, “Danse – Transe”, “Corps de nuit”… sont quelques titres, poétiques de ses oeuvres qui ornent l’exposition, issues de ses pérégrinations au Maroc et à travers le monde.

En plus de la profondeur et de la tonalité noire lustrée qui se dégagent de ses clichés, l’artiste fait un focus sur le corps, surtout les mains, souvent photographiées en gros plan qui font ressortir leurs rides marquées et leurs veines proéminentes.

Si les “yeux sont le miroir de l’âme” pour certains, pour Touhami Ennadre, ce sont les mains qui parlent le langage de l’âme, un “langage universel” qui va droit aux yeux et au coeur.

Interrogé sur sa démarche, il affirme qu’il ne cherche pas les idées de ses oeuvres, mais que l’inspiration lui vient en déambulant dans la rue et en allant à la rencontre des gens.

“La photographie c’est comme la vie: c’est le mouvement, la rencontre avec ce qu’on ne connaît pas. Photographier est pour moi un acte total, spontané et vivant et un photographe c’est avant tout un artiste, pas un reporter”, insiste-t-il.

Dans un mot de circonstance, le président de la Fondation nationale des musées (FNM), Mehdi Qotbi, a indiqué que cette exposition donne à voir “l’immense oeuvre d’un immense artiste mondialement connu”.

“Cette exposition nous plonge dans le monde et le voyage de Touhami Ennadre et l’on est immédiatement emporté par l’émotion devant la beauté de cette oeuvre universelle”, a-t-il souligné, ajoutant que cet événement reflète l’intérêt que la FNM accorde aux créations des artistes marocains “qui sont aujourd’hui mondialement connus et reconnus”.

Pour le directeur du MMVI, Abdelaziz Idrissi, Touhami Ennadre est “un artisan de la photographie” qui se démarque par “sa technique particulière, ses jeux de lumière et son langage artistique propre à lui” qui célèbre le patrimoine et les liens humains.

Né en 1953 dans la médina de Casablanca, Touhami Ennadre s’est lancé dans la photographie en 1975.

Il a exposé dans les institutions les plus prestigieuses, telles que le Guggenheim Museum et MOMA Ps1 de New York, la Documenta 11 de Kassel, la Maison européenne de la photographie à Paris, la Tate Galerie à Liverpool, la Villa Stuck à Munich, Martin Gropius Museum à Berlin et aux biennale de Sharjah et de Shangaï.

Lauréat notamment du Prix international de la critique décerné en France, du Prix des jeunes photographes européens et du Prix Léonard de Vinci décerné par le ministère des Affaires étrangères français, Touhami Ennadre a été décoré en 2015 des insignes de Chevalier des Arts et Lettres de la République française.

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