Le chantier de généralisation de la couverture sociale, annoncé par SM le Roi Mohammed VI dans le dernier discours de la fête du Trône, vient concrétiser les aspirations d’un large pan de la population à un avenir sûr et meilleur.

Cette annonce audacieuse tant attendue est à même de “matérialiser l’effectivité d’un droit humain fondamental” et contribuer à la cohésion sociale et, in fine, au développement économique du Maroc.

Au regard des besoins exprimés et des vulnérabilités observées, notamment dans le contexte pandémique actuel, le chantier qui s’étendra sur les cinq prochaines années nécessitera d’importants investissements et des efforts colossaux en termes de gouvernance et d’organisation.

Selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental (CESE) réalisé en 2018, les deux tiers de la population active (60%) ne sont pas couverts par un régime de pension, près de la moitié (46%) de la population active ne bénéficie pas à date d’une couverture médicale. La quasi-totalité des actifs (hormis une minorité de salariés du secteur privé formel) ne bénéficie pas d’une assurance sociale spécifique contre les accidents du travail et les maladies professionnelles. Les défis s’avèrent ainsi majeurs et multiples!

Approché par la MAP, l’universitaire et ancien ministre de l’Emploi et des Affaires Sociales, Abdeslam Seddiki, a indiqué que “la couverture sociale fait partie des trois grands chantiers annoncés dans le dernier discours du Trône aux côtés du chantier de la relance et celui de la réforme du secteur public”, notant que “les trois se complètent et forment une totalité cohérente s’inscrivant dans une perspective progressiste et mettant en exergue le Maroc d’après, celui du développement économique, du progrès social et de la réduction des disparités”.

Ce chantier, a-t-il poursuivi, intervient dans le contexte de la crise sanitaire que connait le pays suite à la pandémie de Covid-19, “laquelle a dévoilé au grand jour les multiples précarités de notre tissu social et, plus particulièrement, les insuffisances de notre système de santé et du niveau extrêmement faible de notre couverture médicale et sociale”.

“Après le Discours Royal, les choses vont sûrement s’accélérer pour concrétiser le principe de la couverture sociale universelle et réaliser un rêve tant attendu par des millions de citoyennes et citoyens”, a-t-il souligné, faisant observer que “le calendrier est désormais bien ficelé”.

La couverture sociale sera généralisée en 2025, soit un délai de 5 ans en œuvrant, toutefois, en deux étapes : au cours le première phase (2021- 2023), il sera procédé à la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) et des allocations familiales. Au cours de la deuxième phase (2024- 2025), on généralisera la retraite à toutes les personnes et l’indemnité pour perte d’emploi à l’ensemble de la population active.

Il s’agit en somme d’une “véritable révolution qui ne dit pas son nom” et dont on ne mesurera jamais assez l’impact réel et la portée véritable, à la fois sur les citoyens et sur le pays dans son ensemble, a-t-il dit, précisant que le plus grand impact résidera, dans “le renforcement de l’intégration économique et de l’inclusion sociale”.

Pour ce qui est de la mise en œuvre de ce méga chantier, M. Seddiki a estimé que cela pose de multiples défis relatifs notamment au financement, à l’organisation et à la gouvernance.

L’Etat doit mobiliser les moyens financiers nécessaires pour soutenir le système, a-t-il indiqué, notant que ce dernier “n’est pas en mesure d’assurer son équilibre eu égard justement à l’importance de la population démunie, dont les capacités de cotisation sont quasiment nulles”.

Outre ces contraintes financières de taille, la mise en œuvre de la couverture sociale généralisée appelle des réformes institutionnelles importantes à commencer par la remise à plat du cadre juridique et réglementaire, la réforme du système de gouvernance de tout le système de couverture sociale, ainsi que la mise à niveau et le renforcement des structures sanitaires, a-t-il précisé.

De son côté, Othmane Baka, membre du bureau exécutif de la Confédération démocratique du travail (CDT), a indiqué que la généralisation de la couverture sociale a toujours figuré au cœur des préoccupations et revendications de la confédération, et du mouvement syndical en général.

Dans le cadre de ses contributions au débat sur la protection sociale, la CDT avait proposé la fusion des caisses de retraite, couvrant ainsi tous les secteurs, métiers et professions qui souhaitent y adhérer, a-t-il fait savoir, ajoutant que la centrale a plaidé aussi pour “la révision de la méthode de calcul des pensions de retraite adoptée dernièrement et basée sur les coefficients paramétriques”.

En cas de perte d’emploi, tous les salariés ayant perdu leur emploi pour des raisons économiques doivent recevoir une indemnité, a-t-il dit, appelant à une revalorisation de la valeur actuelle de l’indemnité fixée qu’il estime “insuffisante”.

Le syndicaliste a également mis l’accent sur la nécessité d’accorder une attention particulière aux jeunes diplômés à la recherche d’emploi, à la maternité, à l’enfance, notamment les enfants sans domicile fixe, aux personnes âgées et celles ayant des besoins spécifiques, tout en assurant une couverture sanitaire universelle à tous les citoyens sur le même pied d’égalité.

Par ailleurs, M. Baka a souligné l’importance du rôle des centrales syndicales dans la mise en œuvre de ce grand chantier, du fait qu’elles constituent une force de proposition en la matière, mettant l’accent dans ce sens sur les directives données par le Souverain au gouvernement pour un dialogue social constructif basé sur la bonne gouvernance.

Le succès de cette réforme restera ainsi tributaire d’une mise en œuvre réussie, répondant à une approche inclusive de toutes les parties prenantes, des mesures préalables et d’accompagnement annoncées et portant notamment sur l’adaptation du cadre juridique régissant l’AMO et l’instauration d’un autre permettant aux professionnels, indépendants et non-salariés, exerçant une activité privée, de bénéficier des allocations familiales.

Il s’agit aussi de la réhabilitation des établissements hospitaliers et des centres de soins, l’organisation des processus de traitement, la réforme des régimes et programmes sociaux existants et l’amélioration de la gouvernance de ces derniers notamment via l’activation du registre social unifié…

Pour leur part, les entreprises sont également invitées à s’engager pleinement dans le processus de mise en œuvre de la généralisation de la couverture sociale pour leur propre intérêt et pour celui de leurs collaborateurs.

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