Les résultats officiels de la présidentielle au Pérou, dont le candidat de la gauche radicale Pedro Castillo s’estime vainqueur, pourraient se faire attendre encore plusieurs jours, alors que sa rivale de droite, Keiko Fujimori, est menacée de retourner en prison.
M. Castillo était crédité jeudi soir de 50,20% des suffrages et sa rivale de la droite populiste Keiko Fujimori de 49,80%, soit un écart de 69.546 voix, selon l’Office national des processus électoraux (ONPE). Il a d’ores et déjà reçu les félicitations de plusieurs dirigeants de la région: Argentine, Nicaragua et Bolivie.
Mais Mme Fujimori conteste son avance et a demandé mercredi l’invalidation de quelque 200.000 bulletins, issus de 802 bureaux de vote, devant le Jury national électoral (JNE). Elle avait dénoncé lundi des “irrégularités”, des “indices de fraude” et “une claire intention de saboter la volonté du peuple”.
Une défaite la priverait de l’immunité présidentielle au moment où de nouvelles menaces d’emprisonnement pèsent sur elle.

Début mars, trente années de prison ont été requises à son encontre par le parquet et 22 ans contre son mari Mark Vito Villanella, dans le cadre de l’enquête sur le scandale Odebrecht, du nom du géant brésilien du BTP qui a reconnu avoir versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains.
Jeudi, le procureur en charge de l’affaire, José Domingo Pérez, a réclamé que la liberté conditionnelle dont jouit la candidate depuis mai 2020 soit “révoquée”. Mme Fujimori a déjà passé 16 mois en détention provisoire dans cette affaire pour financement illicite de ses campagnes présidentielles passées.
“Il n’y a aucune crainte que se concrétise cette (demande de) prison préventive”, a toutefois assuré jeudi Mme Fujimori.
Le Jury national électoral ne s’est pas prononcé sur la demande d’annulation formulée par Mme Fujimori, mais n’en a pas moins entamé le lent processus de révision des bulletins litigieux, qui, selon lui, pourrait prendre plusieurs jours avant la proclamation du résultat.
Pour l’heure ni les autorités électorales, ni les missions d’observation internationales, n’ont fait état de la moindre fraude.
Le président du JNE, Jorge Luis Salas, s’est de son côté dit surpris de la demande de Mme Fujimori d’invalider les résultats dans plus de 800 bureaux de vote. Il a rappelé que lors des dernières élections de 2016, “seuls 29 bureaux de vote avaient été remis en question”.
Sans attendre le résultat officiel, qui maintient le pays sous tension, le président argentin de centre-gauche Alberto Fernandez a surpris en félicitant M. Castillo, le “président élu du Pérou”. Cette réaction a valu à l’Argentine une “note de protestation” de la part du gouvernement péruvien, remise à l’ambassadeur argentin à Lima.
Le Nicaragua par la voix de sa vice-présidente et porte-parole du gouvernement, Rosario Murillo, a également félicité M. Castillo pour sa “victoire”, de même que le président bolivien Luis Arce sur Twitter. Les anciens présidents bolivien Evo Morales et brésilien Lula da Silva lui avaient eux aussi adressé leurs félicitations.
Le président brésilien Jair Bolsonaro a pour sa part regretté d’avoir “perdu” le Pérou et estimé que seul “un miracle pourrait inverser la tendance”.

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