Sadyr Japarov, le grand favori de la présidentielle de dimanche au Kirghizstan, doit entièrement sa propulsion au sommet du pouvoir à la crise politique d’octobre, une période de turbulences qui a rebattu les cartes dans ce pays d’Asie centrale.

Les troubles ont commencé au lendemain d’élections législatives le 4 octobre, au moment où les partis battus ont donné la consigne à leurs partisans de descendre dans les rues pour protester contre des achats de voix massifs présumés ayant bénéficié au président d’alors Sooronbaï Jeenbekov.

Ces manifestations ont vite dégénéré en échauffourées avec la police, qui ont fait un mort parmi les protestataires et débouché sur la libération de prison d’hommes politiques de premier plan, tels que l’ancien président Almazbek Atamabaïev et Sadyr Japarov.

Les jours qui ont suivi ont vu les différents responsables s’affronter, les nombreux partisans de M. Japarov exigeant ainsi la démission immédiate du président Sooronbaï Jeenbekov, malgré la décision des autorités d’annuler le résultat des législatives.

Le Kirghizstan est régulièrement en proie à des tempêtes politiques et a déjà été secoué par deux révolutions, en 2005 et 2010. Mais la soudaineté de la crise d’octobre a pris tous les observateurs par surprise, y compris la Russie, un allié clé.

Un émissaire du président Vladimir Poutine s’est rendu à Bichkek pour s’entretenir avec MM. Jeenbekov et Japarov. Si cette visite a été à l’origine interprétée comme ayant été un signe de soutien au président Jeenbekov, ce dernier a démissionné quelques jours plus tard, disant vouloir éviter un bain de sang alors que les partisans de M. Japarov se rassemblaient près de sa résidence.

Sadyr Japarov a ensuite exercé les fonctions de chef de l’Etat avant de démissionner en novembre afin de pouvoir se porter candidat à la présidentielle.

Dans son premier discours télévisé à la nation le 16 octobre, M. Japarov a promis une “véritable lutte contre la corruption” et assuré que le crime organisé “cessera(it) de faire la loi”.

Ses détracteurs craignent cependant que son objectif ne soit de concentrer les pouvoirs dans le style des dirigeants des autres pays de la région, tels que le Kazakhstan et le Tadjikistan.

Parallèlement à l’élection présidentielle, dimanche, les Kirghizes se prononceront sur des amendements constitutionnels et choisiront ainsi entre un Etat à la présidence forte – l’option prônée par M. Japarov – et un régime parlementaire.

Si le travail constitutionnel se poursuivra après le vote, il est probable que la nouvelle loi fondamentale abandonne la règle du mandat présidentiel unique, adoptée en 2010 en vue d’éviter les dérives autoritaires.

Avant sa démission et sa candidature à la présidentielle, Sadyr Japarov a eu le temps de placer ses alliés aux positions clés, tandis que son principal concurrent, l’ancien Premier ministre Omourbek Babanov, a abandonné la course.

Pendant sa campagne, M. Japarov a réuni des foules massives dans des stades, tout en refusant de prendre part aux débats télévisés.

Mardi, il a critiqué sur Facebook les petites manifestations contre le référendum constitutionnel organisées à Bichkek, la capitale.

“A partir de maintenant, nous devons apprendre à compter avec le peuple. Si quelqu’un ne veut pas cela, nous leur donnerons une leçon”, a-t-il lancé.

Bouton retour en haut de la page
Fermer