L’Ethiopie a affirmé mardi que des forces armées du Soudan avançaient dans une région frontalière revendiquée par les deux pays, et a averti Khartoum que son attitude “pacifique” sur cette question avait “des limites”.

Les deux voisins d’Afrique de l’Est se disputent la région frontalière d’El-Fashaga. Ces 250 km2 de terres agricoles fertiles sont convoités par les agriculteurs des deux pays.

Début décembre, Khartoum avait accusé les “forces et milices” éthiopiennes d’avoir tendu des embuscades aux troupes soudanaises le long de la frontière, faisant quatre morts et 20 blessés.

De son côté, l’Ethiopie a assuré la semaine dernière que l’armée soudanaise avait “organisé des attaques à l’artillerie lourde” et que “de nombreux civils ont été tués et blessés”.

Les forces soudanaises avancent toujours dans la région, a affirmé mardi un porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères, Dina Mufti, en dénonçant une violation “inacceptable et contre-productive” du droit international.

“Actuellement, les forces soudanaises renforcent leurs positions et avancent dans la région… jusque dans l’arrière-pays éthiopien”, a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse.

Il a appelé le Soudan à “revenir au statu quo antérieur” dans cette région, afin de laisser une chance aux négociations entre les deux pays.

“La paix et le respect des normes internationales sont toujours la priorité de l’Ethiopie. Néanmoins, l’Ethiopie a ses limites”, a-t-il averti.

M. Dina a déjà accusé l’armée soudanaise de vouloir profiter du conflit actuellement en cours au Tigré, une région du Nord de l’Ethiopie, pour étendre sa souveraineté sur la région d’El-Fashaga.

Mardi soir, le ministère soudanais des Affaires étrangères a fait état de la mort la veille de six personnes, cinq femmes et un enfant, dans une attaque qu’il attribue à des hommes armés éthiopiens.

“Cet incident déplorable (…) a eu lieu entre les villages de Leia et Kuli, dans la région d’El-Fashaga, à cinq kilomètres de la frontière éthiopienne”, a indiqué le ministère dans un communiqué, précisant que les femmes étaient occupées à la récolte quand l’attaque a eu lieu.

“Le Soudan a condamné dans les termes les plus forts cette violente agression et dénoncé le fait que des civils sans défense soient pris pour cible”, ajoute le ministère.

L’opération militaire au Tigré, lancée début novembre par Addis Abeba pour déloger les autorités locales du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), a poussé des dizaines de milliers d’Ethiopiens à fuir au Soudan.

La frontière entre l’Ethiopie et le Soudan court sur 1.600 kilomètres et a été créée par un accord en 1902. Passé entre l’Ethiopie et l’administration coloniale britannique qui dirigeait à l’époque le Soudan, cet accord ne contenait pas de démarcation précise entre les deux pays.

Addis Abeba et Khartoum ont organisé des négociations fin décembre. Le 31 décembre, le Soudan avait affirmé que son armée avait repris le contrôle de la totalité des terres occupées par des paysans éthiopiens dans la région.

Cette dispute territoriale sape les relations diplomatiques entre les deux pays, au moment même où ils tentent de trouver un accord avec l’Egypte au sujet du Grand barrage de la Renaissance (Gerd), qu’Addis Abeba construit sur le Nil bleu.

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