En ces moments de l’année d’habitude fastes pour nombre de métiers d’artisanat, la couture traditionnelle dans l’ancienne Médina de Salé a du mal à entrevoir le bout de tunnel. Et pour cause, la propagation d’une épidémie aussi redoutable que celle du nouveau coronavirus pèse lourd sur un créneau fortement associé au mois du Ramadan.

Une tournée dans les ruelles de la vieille ville suffit pour constater une réalité amère qui n’a pas été observée depuis des siècles : les magasins à l’instar des mosquées restent fermés, à l’exception de quelques épiceries de quartier, au même titre que les passants qui se font de plus en plus rare à cause des mesures de prévention prises dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire.

Les couturiers et leurs apprentis, habituellement présents dans plusieurs quartiers de la ville tels que Boutouil, Challaline, Hajjamine, Harrarine, Souk Laghzal ou encore Ras Chajra, maniaient leurs tissus, fils et aiguilles dans un climat de bonne humeur, tout en écoutant de la musique andalouse ou des programmes religieux à la radio.

Cette ambiance présente toute l’année à l’ancienne médina, s’intensifiait davantage pendant les mois de Shaabane et de Ramadan, où bon nombre d’artisans couturiers réalisait l’essentiel de leur chiffre d’affaires.

Or en ces temps de coronavirus, l’activité de ces artisans a considérablement ralenti dès le mois de Shaabane, notamment avec l’état d’urgence sanitaire et l’adoption des mesures de confinement pour limiter la propagation du nouveau coronavirus. Le même scénario se reproduit pour les couturiers traditionnels avec le prolongement de la période de confinement qui coïncide avec le mois de jeûne.

Le maître couturier Slaoui Mohammed El Fakhar ne se rappelle pas avoir vécu une telle situation par le passé. “Je n’ai jamais imaginé que les couturiers seront un jour contraints d’arrêter leurs activités, en particulier pendant la période de Chaaban, Ramadan ou pendant les fêtes religieuses”, a t-il confié dans une déclaration à la MAP.

L’artisan exerçant son activité dans le quartier de “Bourmada” dans l’ancienne médina a révélé qu’il s’agit d’une activité sollicitée toute l’année compte tenu de l’aspect ancestral, religieux et conservateur de la ville, ajoutant que la demande a en effet tendance à augmenter considérablement pendant ce mois sacré.

Dans ce sens, ce couturier confirme que pendant cette période de l’année, les commandes vont crescendo, expliquant que les personnes souhaitent généralement que leurs Djellaba ou Jabadour soient prêts pour la nuit du destin ou pour Aid El Fitr.

Esquissant un sourire en demi-teinte, il dit espérer que cette crise sera passagère et que les dégâts de l’actuelle cessation d’activité en cette période sera compensée après la fin du confinement.

D’autre part, El Arbi, un autre Maalam de la ville qui tient une boutique de couture traditionnelle mixte dans le quartier de Tabriket, a assuré qu’il a dû congédier 10 apprentis en attendant que la situation redevienne “normale”.

“J’ai été très affecté par l’arrêt de mon activité”, a-t-il déclaré à la MAP, soulignant que la situation est d’autant plus difficile avec la prolongation de l’état d’urgence sanitaire.

“Il est certain que mes dix apprentis sont impactés par la crise sanitaire”, a-t-il déploré, ajoutant que fort heureusement grâce à la déclaration de ses employés en arrêt de travail temporaire à la CNSS, ils peuvent bénéficier d’une indemnité forfaitaire chaque mois.

En effet, la CNSS a mis à la disposition des employeurs le portail électronique “covid19.cnss.ma” dédié au dépôt des demandes pour bénéficier d’une indemnité forfaitaire mensuelle nette durant la période allant du 15 mars au 30 juin, en application des mesures d’accompagnement des entreprises vulnérables aux chocs induits par la crise du coronavirus.

Les entreprises affiliées à la CNSS ont procédé à la déclaration de leurs salariés en arrêt de travail temporaire au titre du mois de mars en vue de leur permettre de bénéficier de l’indemnité mensuelle décidée par le Comité de veille économique (CVE) et prise en charge par le Fonds Spécial pour la gestion du covid-19, créé en exécution des Hautes instructions de SM le Roi Mohammed VI.

L’une des illustrations peu reluisante de cette crise de la couture traditionnelle, le Muezzin de la grande mosquée de Salé, connu pour son élégance et ses habits traditionnels, n’a pas pu comme à l’accoutumée s’offrir une Djellaba pour le mois sacré, mais se promet une nouvelle pour Aid El Adha.

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