A l’heure où l’adoption d’animaux de compagnie, autrefois réservée aux plus aisés, “se démocratise”, les scènes de personnes promenant leurs animaux deviennent de plus en plus anodines, ainsi que les photos sur les réseaux sociaux de ces maîtres jouant avec leurs créatures qu’ils entourent de beaucoup d’amour et d’affection.

Bien que la charité envers les animaux soit devenue une action courante au sein de la société marocaine, une grande partie des Marocains considèrent encore l’action humanitaire au profit des animaux comme un luxe, notamment en temps de crises, comme c’est le cas pendant la pandémie du Coronavirus (Covid-19).

Alors que de nombreuses initiatives ont vu le jour pour venir en aide aux familles les plus vulnérables impactées par les répercussions de la crise, une nouvelle forme de mobilisation soutenue principalement par des jeunes et non moins importante commence à éclore : le bénévolat auprès des animaux.

La Covid-19 n’a pas seulement impacté les vies humaines, mais a également la vie des animaux errants, notamment durant la période de confinement qui était marquée par la fermeture des restaurants et de l’absence de déchets, principale source de nourriture de ces animaux.

Néanmoins, les animaux des rues n’étaient pas les seuls touchés par cette crise qui s’est étendue aux animaux de compagnie, qui, vivaient autrefois en toute quiétude dans les domiciles de leurs adoptants, ont été abandonnés en raison de la perte d’emploi ou de la baisse du revenu de leurs humains qui ne parvenaient plus à les entretenir.

Eu égard à ces circonstances, plusieurs voix se sont élevées, notamment sur les réseaux sociaux, pour réclamer le sauvetage de ces animaux, entraînant ainsi l’émergence d’un ensemble d’initiatives, individuelles et collectives, lancées par des citoyens qui considèrent l’action humanitaire au profit des animaux une nécessité urgente envers ces êtres-vivants. Saluées par la plupart, ces initiatives ont toutefois été critiquées, et qualifiées d’accessoire par certains.

Parmi les initiatives nées de cette crise, celle d’un groupe de jeunes femmes et hommes de la ville d’Agadir qui, animés par l’amour des animaux et celui des chats en particulier, ont créé une association dénommée “You can save me” qui se donne pour mission d’adopter et de venir en aide aux chats errants.

Dans une déclaration à la MAP, le vice-président de l’association, Taoufiq Adraoui, a indiqué que “notre amour pour les animaux nous a rassemblés et nous a poussés à travailler de concert pour les aider, d’autant plus que les associations de protection animale sont encore peu nombreuses au Maroc en comparaison avec le nombre d’animaux errants, maltraités et soumis à différents types de violence et de marginalisation dans les rues marocaines”.

Composée de neuf membres, l’association a mis en place un refuge dédié aux chats, et œuvre pour le sauvetage des félins dans les rues en leur offrant soins médicaux, abri et nourriture jusqu’à leur adoption.

S’agissant des réactions de leurs familles et de la société sur cette initiative, Taoufiq, étudiant à la faculté de droit d’Agadir, a indiqué qu’après avoir reçu le soutien de leurs familles au départ, “nos familles voient cette action humanitaire comme un fardeau moral qui pourrait éventuellement compromettre nos études et notre avenir professionnel”.

L’association, a-t-il poursuivi, reçoit un soutien moral et financier d’un ensemble d’amoureux des animaux de la ville d’Agadir, pour leur acheter de la nourriture et des médicaments, et payer les factures médicales.

Par ailleurs, le vingtenaire a souligné que l’association se heurte constamment à des gens qui “se moquent de notre intérêt pour ces chats, sous prétexte que les humains ont davantage besoin de ces aides, ignorant le hadith dans lequel le Prophète Sidna Mohammed (PSSL) : “Pour toute créature vivante il y a une récompense à qui lui fait du bien”.

“L’un des plus grands obstacles auquel se heurte l’association dans son action au profit des animaux réside dans le manque de ressources car les initiatives dépendent principalement des contributions personnelles des membres et des aides de certains bienfaiteurs qui partagent notre amour pour les animaux”, a fait savoir Taoufiq, soulignant que “nos appels aux dons se heurtent le plus souvent à des réponses du type : +prenez soin des humains d’abord, les animaux plus tard+”.

Au manque de ressources financières auquel sont confrontés ces jeunes s’ajoute la rareté des bénévoles et la difficulté de trouver le temps pour le bénévolat, ainsi que l’absence d’un moyen de transport privé, car certains chauffeurs de taxis refusent de transporter des animaux, a déploré Taoufiq.

Dans une déclaration similaire, Yassine, comptable dans une entreprise privée, a souligné l’importance de venir en aide aux animaux, de les nourrir et de prendre soin d’eux de manière “rationnelle et modérée” sans pour autant éprouver la nécessité d’adopter des animaux de compagnie, ou de s’en occuper de manière exagérée, expliquant que ces aides doivent être dirigées vers les régions reculées du Maroc qui éprouvent des carences en matière de santé et d’éducation”.

Le trentenaire a également critiqué “l’obsession de certains Marocains, en particulier des jeunes, que l’on aperçoit sur les réseaux sociaux élever des animaux et les chouchouter de façon excessive, jusqu’à créer une sorte de compétition ostentatoire parmi les propriétaires de ces animaux de compagnie”.

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