La rentrée politique du nouveau gouvernement au Panama s’annonce délicate avec la multiplication des appels au durcissement des mesures restrictives envers les migrants, alors que la crise migratoire qui affecte l’Amérique centrale ne cesse de s’aggraver, parallèlement à la hausse de la criminalité et du chômage.

La controverse a éclaté dans la foulée de la présentation par la vice-présidente du parlement, Zulay Rodriguez, d’un projet de loi visant à réguler les flux d’immigration au pays, qui prévoit notamment des amendes et des sanctions pouvant même aller jusqu’à l’expulsion pour les étrangers qui violent les lois sur la migration.

Lors de la présentation de ce texte de loi, Mme Rodriguez a déclaré que les étrangers “nous ont volés notre pays et continuent de le voler”, prônant un durcissement des réglementations et l’impératif de s’assurer que “les étrangers remplissent les conditions requises pour la résidence” au Panama.

Ces déclarations reflètent “la haine qu’elle ressent envers les étrangers”, a estimé le président de l’Association des résidents, des étrangers et des naturalisés, établie au Panama, Rafael Rodríguez.

En réaction, l’association a lancé une pétition pour réclamer des sanctions contre la vice-présidente de l’Assemblée pour ses propos xénophobes et ses agressions envers les immigrés, tout en précisant que “tous les parlementaires ne partagent pas ce sentiment de haine envers les étrangers”.

Rafael Rodríguez a averti que les lois sur l’immigration contenues dans le projet de loi pourraient avoir un impact négatif sur le flux des touristes dans le pays. Au lieu de proposer une solution au problème de l’immigration au Panama, le projet consacre “la haine envers les étrangers”, a-t-il dit.

De son côté, Mme Rodriguez, l’ancienne candidate du parti Révolutionnaire Démocrate aux présentielles de mai dernier, a aussi lancé une pétition visant à soutenir sa proposition au parlement. “Le Panama est pour les Panaméens, oui à la réforme de l’immigration, non à la xénophobie”, a-t-elle martelé.

Elle a ensuite présenté un autre projet de loi prévoyant une taxe pouvant aller jusqu’à 12,5% sur tous les transferts de fonds des étrangers vivant au Panama. Il s’agit, selon elle, de soutenir l’économie du pays et juguler la “fuite” des devises estimée à 170 millions de dollars par an.

Pour ses détracteurs, ce genre de législation une mesure supplémentaire visant à punir les immigrants.

En revanche, les partisans de mesures plus strictes en matière d’immigration au Panama n’hésitent pas à faire le liens entre l’afflux croissant d’émigrants et la hausse de la criminalité, qui constitue une préoccupation majeure pour le gouvernement face aux demandes croissantes de la population pour renforcer la sécurité.

Outre les milliers de migrants vénézuéliens qui ont choisi le Panama pour s’installer légalement dans l’attente de l’amélioration des conditions économiques et politiques dans leur pays, le petit État des Caraïbes est également un point de transit pour des milliers d’émigrants d’Amérique centrale et de l’Afrique, à destination des États-Unis.

Alors que le président Laurentino Cortezo a affirmé que son gouvernement “s’attaquerait à la criminalité”, les acteurs politiques et civils du pays mettent en garde contre l’exploitation des migrants par les gangs du crime organisé et du trafic de drogue.

D’aucuns estiment néanmoins qu’il est important de faire la distinction entre la contribution des migrants au développement du pays et les activités de ces réseaux criminels.

Bouton retour en haut de la page
Fermer