Après un énième rebondissement rocambolesque, le Brexit est loin de livrer son épilogue, plongeant le Royaume-Uni et l’Union européenne dans une incertitude totale quant à l’issue de cette saga aux allures de mauvais feuilleton.

Alors que le 31 octobre, date prévue pour la sortie du Royaume-Uni de l’UE, approche à grands pas, le flou règne encore et toujours quant au dénouement de ce dossier, en raison notamment de la situation politique chaotique outre-Manche.

“No deal ou pas no deal ?”, “report ou pas report ?”, “Brexit ou pas Brexit?” sont autant de questions qui demeurent sans réponse, tandis que le bras de fer au Parlement entre le Premier ministre britannique Boris Johnson et les opposants à un Brexit dur se poursuit, exacerbant l’inquiétude et les doutes des milieux politique et économique européens.

Faire face à l’inconnu, c’est ce que tente de faire tant bien que mal l’UE pour limiter les dégâts que devrait engendrer une sortie brutale du Royaume-Uni pour les Etats membres et leurs citoyens.

L’Union européenne se prépare déjà depuis décembre 2017 à l’éventualité d’un retrait britannique sans accord à travers l’adoption de plusieurs mesures d’urgence visant à amortir le choc d’un “no deal” et à anticiper ses répercussions.

Depuis cette date, la Commission européenne a présenté pas moins de 19 propositions législatives, toutes adoptées par le Parlement européen et 63 actes non législatifs sur les préparatifs pour un hard Brexit.

L’exécutif européen a également adopté un plan qui prévoit 14 mesures concernant un certain nombre de secteurs pour lesquels la Commission européenne estime que l’absence d’accord “serait source de perturbation majeure pour les citoyens et les entreprises dans l’UE à 27”, notamment les services financiers, le transport aérien, les douanes et la politique climatique.

Après l’arrivée au 10 Downing Street de Boris Johnson, qui persiste à vouloir sortir son pays du bloc européen coûte que coûte le 31 octobre même sans accord, l’UE a mis le turbo, consciente que le “no deal” est un scénario “plus probable que jamais”.

La semaine dernière, la Commission européenne a rendu publique une communication dans laquelle elle appelle les Etats membres de l’UE à se préparer activement à cette éventualité, soulignant que “le peu de temps qui reste et la situation politique au Royaume-Uni ont accru le risque d’une sortie de l’UE à cette date sans accord”.

Tirant la sonnette d’alarme, l’exécutif européen a rappelé qu’en cas de sortie sans accord, le Royaume-Uni deviendra un pays tiers et en l’absence d’une période de transition telle que prévue par l’accord de retrait, conclu au forceps avec la Première ministre britannique sortante Theresa May, il y aura “évidemment des perturbations majeures pour les citoyens et les entreprises”.

La Commission européenne a ainsi exhorté les entreprises entretenant des relations commerciales avec le Royaume-Uni à faire leurs derniers préparatifs, afin de perturber le moins possible les échanges commerciaux.

Si aucun accord n’est conclu avec le Royaume-Uni avant le Brexit, les relations commerciales entre les deux parties seront, à ce moment, régies par les règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Cela signifie concrètement que des taxes à l’importation seront appliquées et que des contrôles aux frontières seront imposés.

L’exécutif européen a également présenté de nouvelles mesures en cas de “no deal”, en promettant un soutien financier pouvant atteindre 780 millions d’euros aux entreprises, aux travailleurs et aux Etats membres “les plus touchés par un retrait sans accord”, en particulier l’Irlande, l’Allemagne, les Pays-Bas, ou encore la France.

Dans le secteur agricole, l’ensemble des instruments existants de soutien au marché et de soutien financier direct aux agriculteurs devraient, de même, être mis à disposition pour atténuer les effets les plus défavorables sur les marchés agroalimentaires, selon la Commission européenne.

L’UE pourrait aussi apporter aux parties les plus affectées par un Brexit sans accord une assistance technique et financière dans d’autres domaines, par exemple la formation d’agents des douanes dans le cadre du programme “Douane 2020”.

L’exécutif européen a, par ailleurs, proposé de prolonger les mesures d’urgence permettant de maintenir la fluidité des transports routiers jusqu’au 31 juillet 2020, et celles liées au transport aérien jusqu’au 24 octobre 2020.

C’est le cas également pour les activités de pêche en prévoyant un cadre pour les pêcheurs de l’UE et du Royaume-Uni maintenant l’accès à leurs eaux respectives en 2020.

S’agissant de la question de la frontière irlandaise, la Commission européenne a assuré qu’elle continue de collaborer avec l’Irlande, dans l’objectif de protéger l’intégrité du marché intérieur tout en évitant l’instauration d’une frontière physique avec l’Irlande du Nord et ce, en définissant des modalités pour l’instauration tant de solutions d’urgence concernant la période suivant immédiatement un retrait sans accord que d’une solution plus stable pour la période ultérieure.

L’UE demeure inflexible sur cette question, persistant que le filet de sécurité (backstop), prévu par l’accord de divorce négocié avec Theresa May est la seule solution envisageable qui permet de préserver l’accord de paix nord-irlandais ainsi que l’intégrité du marché unique.

Cette disposition, qui prévoit que le Royaume-Uni tout entier resterait dans une “union douanière” avec l’UE, faute de meilleure solution à l’issue d’une période transitoire, reste le principal point d’achoppement entre Londres et Bruxelles, après avoir entraîné le rejet de l’accord de retrait à trois reprises par le Parlement britannique.

Boris Johnson juge ce dispositif “inadmissible”, estimant qu’il porte atteinte à la “souveraineté de l’Etat britannique” et l’empêcherait de mener une politique commerciale indépendante des règles de l’UE après le Brexit. De son côté, Bruxelles continue de camper sur ses positions en refusant catégoriquement de renégocier sans alternative “concrète” et “réaliste”.

Malgré ses préparatifs acharnés en perspective d’un “no deal”, l’UE demeure réaliste, en affirmant que les mesures adoptées ne pourront atténuer tout à fait les conséquences d’une absence d’accord, pas plus qu’elles ne reproduiront pleinement les avantages d’une adhésion à l’Union ou les conditions favorables d’une éventuelle période de transition, telles que prévues par l’accord de retrait.

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