En Espagne, le secteur touristique affronte une crise sans précédent provoquée par la pandémie de nouveau coronavirus (Covid-19), ce qui a poussé les autorités à rechercher des solutions urgentes pour sauver ce qui peut l’être et rassurer les professionnels, qui ne s’attendent pas à retrouver leur activité normale avant l’année prochaine.

Deuxième destination touristique mondiale, l’Espagne, qui avait accueilli 83,7 millions de visiteurs en 2019 avec des recettes dépassant les 92 milliards d’euros, tente le tout pour le tout pour surmonter la crise qui frappe de plein fouet son tourisme, en raison des restrictions imposées par l’état d’alerte décrété le 14 mars dans le pays, la suspension des vols et la mise à l’arrêt de plusieurs activités liées au secteur.

Selon les dernières prévisions disponibles, le secteur touristique espagnol, qui représente 12,3% du PIB et 13% de l’emploi, pourrait provoquer une perte de 124 milliards d’euros de PIB en 2020, ce qui correspond à une chute d’environ 81,4% de son chiffre d’affaires, si les restrictions en vigueur ne sont pas levées avant la fin de l’année.

Ces chiffres sont d’autant plus inquiétants que les données du ministère du Travail qui révèlent que 580.000 chômeurs supplémentaires ont été recensés en mars et avril en Espagne, en majorité dans le secteur touristique.

Pour les acteurs du secteur, la reprise de l’activité touristique pourrait être retardée davantage, avec la prolongation de l’état d’alerte jusqu’au 7 juin, ce qui, selon eux, devrait augmenter le manque à gagner pour le tourisme et pourrait même provoquer l’effondrement du secteur.

C’est ce qu’avait été affirmé par la Fédération d’entreprises des associations territoriales d’agences de voyages espagnoles (Fetave), pour qui le secteur touristique espagnol a accusé une perte de chiffre d’affaires de 18 milliards d’euros rien que pendant les Vacances de Pâques, en raison des restrictions décrétées par le gouvernement pour freiner l’expansion de la pandémie de nouveau coronavirus.

“Les données révèlent un bilan +terrifiant+”, a lancé la Fédération, notant qu’environ 2,5 millions de travailleurs et 400.000 entreprises touristiques espagnoles auraient été touchés à fin avril par la crise du coronavirus.

De son côté, l’Alliance pour l’excellence dans le tourisme (Exceltur) a estimé que le secteur touristique devrait perdre au moins 80% de son chiffre d’affaires cette année, soit l’équivalent d’environ 54 milliards d’euros.

Le vice-président exécutif d’Exceltur, José Luis Zoreda, a, à cet égard, appelé le gouvernement à adopter un plan de soutien spécifique au secteur et de communiquer sur les approches qui seront adoptées pour garantir la relance du tourisme une fois l’état d’alerte prendra fin, en vue d’éviter que cette crise conjoncturelle ne devienne structurelle et ne compromette la viabilité d’un secteur tant stratégique pour l’économie espagnole.

Et pour essayer de limiter les pertes subies par le secteur touristique, l’un des principaux piliers de l’économie ibérique, le gouvernement a adopté une série de mesures exceptionnelles.

Ainsi, l’exécutif a, depuis le début de la crise sanitaire du nouveau coronavirus, adopté une batterie de mesures visant à atténuer son impact socio-économique, avec la mobilisation d’un budget d’environ 200 milliards d’euros, soit 20% du PIB espagnol.

“Il s’agit de la plus grande mobilisation des ressources économiques dans l’histoire de la démocratie espagnole”, avait souligné le chef du gouvernement, Pedro Sanchez, notant que cette batterie de mesures vise notamment à “freiner la courbe descendante” de l’emploi et de la production.

Le gouvernement a, en outre, assuré que l’Etat va garantir jusqu’à 100 milliards d’euros de prêts aux entreprises et travailleurs autonomes pour atténuer l’impact du coronavirus sur le tissu économique espagnol, notamment le tourisme.

Selon la ministre de l’Industrie, du commerce et du tourisme, Maria Reyes Maroto, la relance du secteur touristique espagnol après la levée des restrictions imposées par l’état d’alerte se fera en deux étapes. La première consiste à dynamiser le tourisme national, tandis que la deuxième misera sur le tourisme international.

En plus de ces mesures, le gouvernement a lancé le 4 mai le plan de déconfinement “progressif”, qui doit s’étaler jusqu’à fin juin, afin de permettre à l’Espagne d’entrer dans une “nouvelle normalité” devant garantir l’ouverture totale de l’activité économique.

Bien que les mesures prises par l’exécutif aient été bien accueillies par les acteurs et professionnels du secteur touristique, qui ont estimé que ces initiatives “positives” devraient soutenir la reprise économique et la relance de l’industrie touristique, les craintes sur l’avenir du secteur persistent, alors que le pays est entré le 14 mai dans son troisième  mois de confinement qui va être prolongé jusqu’au 7 juin.

De nombreux professionnels assurent que la saison touristique de cette année s’est terminée avant même de commencer, estimant que la situation ne s’améliorera pas avant 2021, étant donné que toutes les filières liées au secteur (hôtels, restaurants, agences de voyages…etc) ne peuvent reprendre leurs activités qu’avec l’ouverture des liaisons aériennes et maritimes, la mobilisation des financements nécessaires et le rétablissement de la confiances des touristes.

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