Entre les étagères de la librairie “Les insolites” au cœur de Tanger, des tableaux et portraits de grands écrivains et hommes de lettres, à l’époque de Tanger internationale, ont été accrochés, dans le cadre d’une exposition inédite intitulée “Back to Beat in Tangier”, créée par le talentueux artiste-peintre marocain, Abdellah Khairouni.

C’est l’une des 12 expositions de 18 artistes, qui se poursuivront jusqu’au 31 octobre, dans le cadre de la 3è édition de l’événement “Parcours des arts de Tanger”, organisé par l’Institut français de Tanger, en partenariat avec la direction régionale de la Culture et nombre d’acteurs culturels de la ville, une initiative visant à valoriser les arts visuels et à faire découvrir la ville autrement.

Cette exposition donne à voir des portraits peints de couleurs vives, avec une touche d’une extraordinaire finesse, d’écrivains qui ont marqué l’histoire littéraire de Tanger. Il s’agit bien d’un tableau qui comporte un portrait collectif de William Burroughs, Jack Kerouac et Gregory Corso, 3 toiles de Jane Bowles, et d’autres tableaux d’Allen Ginsberg et du poète britannique Michael McClure, et à côté d’eux se trouve le Marocain le plus proche de la Beat generation (génération battue): l’écrivain Mohamed Choukri.

Pour Stéphanie Gaou, libraire et galeriste de “Les Insolites”, le thème choisi pour cette exposition est “très fort”, ajoutant “je trouve très intéressant qu’un Marocain s’approprie des figures qui ont vraiment fait la gloire de Tanger”.

Le choix de ce thème émane de l’admiration que porte cet artiste marocain autodidacte à la “Beat generation”, dans la mesure où il en a fait le “thème unique” de sa première exposition solo dans sa carrière artistique, qui a commencé il y a environ 10 ans, à travers des tentatives limitées de peinture et de sculpture avec des techniques simples, mais avec un engagement passionné et une détermination féroce.

“J’ai choisi le thème de la génération battue pour des considérations personnelles, car j’admire ses figures. J’étudiais la littérature anglaise à l’Université de Kénitra, lorsque j’ai entendu parler pour la première fois de Paul Bowles par le professeur Mourad El Mkinssi”, a déclaré à la MAP, M. Khairouni, ajoutant “à partir de ce moment-là, je me suis intéressé à la Beat generation, j’ai commencé à faire des recherches sur ses figures, et à lire à ses grands écrivains et poètes”.

“Ceux-ci ont donné à Tanger une dimension mondiale en termes de culture et d’art, mais Tanger était pour eux un refuge littéraire et artistique, et ils y ont trouvé un espace pour jouir de leurs droits culturels et leurs libertés individuelles. Le statut international de Tanger offrait beaucoup de liberté. Il y avait une loi ouverte qui leur permettait de vivre leur vie comme ils le voulaient”, a-t-il précisé.

Il a estimé que ces personnalités méritent qu’on leur rende hommage, relevant que “sans les écrits de Choukri sur Tennessee Williams, Jean Genet et Paul Bowles, on ne trouve pas beaucoup de documents qui évoquent la génération battue”.

Même son de cloche chez Mme Gaou, cette libraire française qui s’est installée à Tanger il y a 17 ans et a ouvert la librairie “Les insolites” il y a 10 ans, et qui a travaillé sur l’histoire littéraire et artistique de Tanger, ce lui a valu de remporter le Grand prix de “la librairie hors France”, remis en septembre dernier par le magazine “Livres Hebdo”, qui a considéré que “l’histoire du Maroc, et de Tanger en particulier, est un grand et rare trésor”.

Elle a noté que la galerie “Les insolites” tient à accompagner les artistes, notamment ceux qui organisent leurs premières expositions, ajoutant “M. Khairouni est un artiste autodidacte que j’accompagne depuis trois ans et je suis son travail avec beaucoup d’intérêt”.

“J’ai été très frappée par la grande fraicheur de son trait et la très belle harmonie de ses couleurs, c’est un très grand coloriste”, a-t-elle dit, notant qu’elle est aussi intéressée par sa très particulière érudition sur la période internationale de Tanger, et sur une grande partie de son histoire littéraire et artistique.

Cet artiste passionné des grandes figures littéraires de Tanger, dont des poètes et écrivains britanniques et américains qui ont vécu dans cette ville, a su donner une image joyeuse à ces portraits, avec des couleurs africaines imprimées par la lumière tangéroise.

Sans trop hésiter, Abdellah Khairouni est revenu sur ses débuts en disant : “Je n’appartiens à aucune école d’art. Je suis un artiste autodidacte. J’ai commencé par des initiative individuelles et sans aucune formation, puisque la matière de l’Art n’étais pas enseignée à Ouazzane, où j’ai grandi et étudié”, notant qu’il a écrit de la poésie et des romans, mais il avait un penchant pour la sculpture et l’art plastique.

“Je n’essaie pas d’apprendre les techniques, mais je voulais préserver ma propre touche. Les couleurs et les formes dans mes oeuvres découlent uniquement de mes sentiments. Je ne les choisis pas ni ne les cherche”, a-t-il insisté, notant qu’il a étudié l’histoire des arts, à travers les livres et les expositions, tout en veillant à préserver ses compétences personnelles.

Le “Parcours des arts à Tanger” propose au public, à travers une série d’expositions avec différentes techniques, une déambulation dans les douze espaces culturels et artistiques de Tanger, à la rencontre de l’art contemporain, qui présente l’artiste comme penseur, chercheur et acteur social.

A la rue “Velasquez”, sur le côté droit de la place Sour El Maâgazine, se trouve la librairie/galerie “Les insolites”, où sont exposés les tableaux d’Abdellah Khairouni, qu’il a réalisés sur du papier kraft, avec des peintures acryliques de couleurs pastels, et des techniques propres à lui.

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