L’état d’urgence sanitaire décrété au Maroc face à l’épidémie du nouveau coronavirus a dicté la suspension complète des activités et manifestations culturelles et artistiques sur le terrain, et s’est accompagné d’une flambée des activités organisées dans l’espace virtuel. Le président du Réseau des cafés culturels au Maroc Noureddine Akchani répond, dans cet entretien à la MAP, à quatre questions à propos de la tenue d’activités culturelles en temps de cette pandémie, du rôle de la société civile dans sa confrontation et des enseignements tirés à cet égard.

1- La Covid-19 a dicté la suspension de nombreux festivals et activités artistiques et culturelles dans le Royaume, et s’est accompagnée d’une multiplication des activités similaires dans l’espace virtuel. Dans quelle mesure l’organisation des activités culturelles a-t-elle été affectée à cause du confinement ?

La pandémie a fortement affecté le secteur culturel, surtout le théâtre, la musique et l’art plastique, avec la suspension ou l’annulation des expositions artistiques présentielles et des vernissages. Si le milieu connait généralement une remarquable dynamique au Royaume entre mars et juin, cette dynamique s’est estompée cette année en raison de l’état d’urgence sanitaire et du confinement.

Cette situation a impacté les finances de nombreux créateurs marocains, qui se sont retrouvés dans un “chômage imposé” auquel s’ajoute le retard du versement des subventions dues aux troupes et aux artistes par le ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Sports.

En revanche, plusieurs initiatives virtuelles ont vu le jour dans cette période de confinement, notamment l’organisation de nombreuses activités culturelles et artistiques sur les sites des réseaux sociaux comprenant de diverses formes d’expression culturelle et artistique.

2- Le réseau des cafés culturels au Maroc a lancé et accompagné, dès le début de la pandémie, une série d’initiatives artistiques, culturelles et de solidarité. A votre avis, quel rôle la société civile peut-elle jouer dans l’accompagnement des mesures préventives contre le virus?

Le Réseau des cafés culturels n’est pas resté inerte. Il s’est impliqué tôt dans le dynamisme culturel et solidaire qui a défini cette étape malgré l’absence de capacités financières. A titre d’exemple, il a préparé deux capsules pédagogiques de sensibilisation à la nécessité de rester à la maison et de bouquiner, avec la participation d’artistes, d’athlètes et d’écrivains marocains, en plus d’une initiative “Lisez votre livre et restez chez vous” qui a proposé la vente d’un recueil du poète Mohamed Bellemmo et d’un ouvrage du chercheur Adil Al-Qarib, dont les revenus ont été versés au fonds de la gestion de la pandémie coronavirus.

D’autres associations et organisations de la société civile ont entrepris de nombreuses initiatives culturelles et de solidarité pour accompagner et sensibiliser au temps de la pandémie.

3- Vous avez récemment organisé la 5e édition des soirées des cafés culturels ramadanesques, qui était une version entièrement virtuelle. Quel bilan faites-vous de cette édition?

En effet, 35 cafés culturels ont été organisés par les coordinateurs du réseau à Tiznit, Agadir, Boumia, Mechra Bel Ksiri, Tétouan, Sidi Kacem, Rabat, Salé, Moulay Idriss Zerhoun et Sidi Yahya El Gharb via diverses applications de réseaux sociaux. Une centaine de journalistes, poètes, artistes, musiciens, acteurs des droits de l’Homme, politiciens, et acteurs de la société civile y ont pris part. Ces diverses activités ont fait l’objet d’un suivi important.

Au sein du réseau, nous considérons que ce suivi et cette interaction avec les activités virtuelles ont fait partie des avantages de cette circonstance exceptionnelle que le Royaume connaît depuis mars dernier.

4- Quels enseignements tirez-vous de cette pandémie, tant au niveau le mode de fonctionnement que par rapport à la diversification des formes d’activités à l’avenir?

Tous les acteurs ont tiré des enseignements de la pandémie de Covid-19, qui a été une période difficile sur le plan économique et social, et qui aura certainement un impact à court et moyen termes. En tant qu’acteurs civils, nous sommes pleinement conscients de la difficulté de la période post-Corona, car il est nécessaire de coexister et de s’adapter à la nouvelle situation.

L’avenir sera sans doute différent. Ainsi, nous travaillerons à développer nos outils de travail et à nous ouvrir davantage sur le monde virtuel pour renforcer nos expériences accumulées et continuer à communiquer notre message culturel auquel nous croyons depuis 2015, et nous œuvrons à son rayonnement malgré les contraintes et le manque de capacités.

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