Personne n’imaginait qu’un jour le rideau tomberait et le théâtre s’arrêterait, les amoureux du “père des arts” seraient privés du plaisir des spectacles, la voix des dramaturges, qui retentissait sur scène, se taiserait et ceux-ci se trouveraient brusquement dans un labyrinthe d’angoisse qu’ils ont exprimée avec amertume.

Cette année, les dramaturges n’ont célébré ni leur journée internationale, ni leur journée nationale (14 mai), proclamée en 1992, comme à l’accoutumée.

L’état du théâtre n’est pas moins grave que celui des autres arts vivants, qui ne peuvent s’épanouir en l’absence d’un spectacle et d’un espace avec un public en masse, car ils vivent la même situation depuis la propagation du nouveau coronavirus (Covid-19), qui a changé la vie des humains et réduit leurs activités et rituels, impactant ainsi toute activité artistique et culturelle, qui a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’une bouffée de vie.

Si le nouveau coronavirus a inspiré poètes, romanciers, nouvellistes et artistes qui ont écrit, créé et réalisé des œuvres présentant cette période et celle de post-épidémie, ou ont achevé un projet inachevé, il a accablé les dramaturges, les chanteurs et artistes de spectacles, dont les travaux ont été gelés, et qui se trouvaient soudainement face à l’inconnu et à un avenir incertain.

Cette réalité a affecté le théâtre, dont la fonction ne se limite pas à un simple spectacle joué sur scène uniquement pour le plaisir ou à des activités événementielles qui meublent les programmes de festivals et de manifestations. C’est un bel art qui procure au dramaturge l’étonnement de la performance et un sentiment d’attachement émotionnel à la scène comme il permet de corriger les défaillances de la société, d’exposer ses problématiques et de les traiter.

Et parce que la nécessité est mère de l’invention, les artistes ont inventé des moyens pour assurer des revenus et la continuité de la scène artistique.

Ainsi, des chanteurs ont tourné des vidéo clips et les ont publiées sur les réseaux sociaux, exploitant les espaces de leurs maisons, leurs toits et des lieux disponibles dans ces circonstances où la pandémie progresse et les affecte financièrement, socialement et psychologiquement, en l’absence de concerts et de festivals aux niveaux local, national et international.

Des cinéastes ont également défié le virus et fait sortir leurs projets cinématographiques des tiroirs, notamment le réalisateur Rabii El Jawhari qui a fini le tournage de son film “Sika” avec le producteur Moustafa Bouhlaba. C’est un film tourné à Ouarzazate immédiatement après la fin du confinement, en respectant toutes les mesures préventives.

Ces tentatives isolées constituent une bouée de sauvetage pour certains, auxquelles peuvent participer les acteurs de théâtre qui, de temps en temps se convertissent au cinéma, éblouis par ses lumières, mais fidèles aux arts de spectacles en dépit du mauvais temps.

Il est évident que le Maroc attache une importance particulière au théâtre en allouant des subventions aux troupes théâtrales, en construisant des théâtres et en organisant un nombre de festivals tout au long de l’année dans différentes villes, notamment le Festival International de Théâtre de Ksar El Kébir, le Festival international du théâtre de Casablanca, le Festival international de théâtre de Zagora et le Festival national du théâtre amazigh..mais l’impact de la crise s’est avéré plus ample.

Les répercussions de la crise ont deux facettes: la première est liée à ce qui est social pour les métiers des arts vivants en général et la seconde porte sur ce qui est culturel et les pertes encourues par le champ de production dans ces arts, qui peuvent impacter sa position dans le futur, a indiqué, dans ce contexte, le président du Syndicat marocain des professionnels des arts dramatiques, Messaoud Bouhcine, dans une déclaration à la MAP.

M. Bouhcine estime que l’aspect culturel concerne principalement la production d’œuvres d’art dans divers domaines, qui nécessitent la présence du public et occupent une place importante en tant qu’activités culturelles et économiques à la fois.

Les politiques gouvernementales doivent trouver des solutions appropriées pour le secteur en général, a-t-il jugé, notant que le Syndicat, un organe de proposition et de plaidoyer, a soumis un ensemble de suggestions et de mesures à un stade précoce, à titre proactif, et a averti que tous les arts vivants, qui dépendent du public, vont essuyer un “coup dur”, que ce soit au niveau de la production ou au niveau social.

“Et la question n’a pas été traitée avec le sérieux nécessaire”, a déploré le président du Syndicat.

Pour faire face à la crise que vivent les artistes, M. Bouhcine propose de présenter des spectacles devant un public restreint, de les transmettre via les réseaux sociaux et de recourir au cinéma et à l’audiovisuel, en enregistrant des spectacles et en les diffusant à la télévision, à travers la conclusion d’un accord entre le ministère de la Culture et le secteur de la télévision.

Les arts du spectacle sont à moitié paralysés à l’heure actuelle et “la crise persiste en l’absence de solutions claires”, a-t-il fait observer, soulignant qu’il y a un “besoin urgent” de sortir de la crise et que cela ne se produira que par une révision des mécanismes juridiques et institutionnels de gestion des dossiers du secteur culturel en général.

Certaines propositions restent des solutions à court terme pour contenir les difficultés auxquelles font face les professionnels des arts vivants et peuvent inciter à discuter à vive voix de la question du soutien aux artistes en crise, comme l’avait fait l’Allemagne.. puisque les solutions peuvent émerger au milieu des difficultés.

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