Au démarrage d’une année scolaire pas comme les autres à l’ère du Covid-19, le secteur du livre scolaire traverse une crise sans précédent due au manque de visibilité quant au déroulement des cours. Face à ces incertitudes, les professionnels de cette industrie se retrouvent dans une situation d’attentisme et de peur de l’avenir.

Après le dilemme de l’enseignement à distance ou en présentiel, les parents d’élèves hésitent encore à acheter les manuels scolaires en attendant l’évolution de la pandémie et son impact sur la scolarité. Conséquence: tous les maillons de la chaîne du livre voient leur situation s’aggraver de plus en plus face à un marché touché de plein fouet par la récession.

De l’avis d’Ahmed Filali Ansari, président de l’association marocaine des éditeurs (AME), le secteur des librairies connaissait une crise profonde bien avant la propagation la pandémie. La crise actuelle n’a fait qu’aggraver la situation des éditeurs et par voie de conséquences celle des librairies car en plus du recul du nombre des lecteurs, la fermeture des librairies pendant le confinement a coûté cher en raison des charges supportées (salaires, loyer, impôts…), sans réaliser de ventes à même de couvrir ces charges.

Certains libraires ont cessé leur activité, d’autres ont recouru à des crédits bancaires, a fait savoir le président de l’Association, relevant que la décision de fermer les librairies était inappropriée du fait que celles-ci ne présentent qu’un risque minimal de rassemblement et de contamination.

Bien au contraire, il fallait ouvrir les librairies pendant le confinement pour développer la lecture au lieu de s’abattre sur les réseaux sociaux et les émissions télévisées, a-t-il renchéri.

“La fermeture des librairies nous a privé d’exposer les nouvelles parutions et nous a coupé des lecteurs”, a-t-il regretté, soulignant que pour parer à cette situation, certains libraires et éditeurs ont eu recours à la vente par internet et à l’organisation des vidéoconférences pour promouvoir les nouveautés.

Selon lui, la vente par internet, une fois maitrisée, permettra de compenser une partie des ventes par le circuit classique des librairies.

Du côté des libraires, après une période de confinement qui s’est soldée par trois mois d’arrêt de toutes leurs activités, la reprise n’était pas meilleure qu’attendue. Les commerçants de ce secteur ne sont pas vraiment soulagés suite au manque d’engouement fortement constaté cette année.

“Presque toutes les librairies on fait le plein, mais l’affluence est encore timide”, a confié à la MAP, Amal. B, gérante d’une librairie à Kénitra. Cette année, la plupart des librairies ont constaté une nette baisse de leur chiffre d’affaires, conséquente d’un recul des ventes plus alarmant que prévu, a-t-elle déclaré.

Certains libraires évoquent une perte allant jusqu’à 80% de leurs chiffres d’affaires, a-t-elle déploré, espérant que ces chiffres soient revus à la hausse dans les semaines à venir, surtout après la forte prédilection pour le présentiel comme mode d’enseignement.

Autant dire que la posture ambiguë dans laquelle la saison scolaire se présente est l’une des grosses difficultés à laquelle le secteur du livre doit faire face. L’enjeu est de produire une offre à même d’équiper les écoliers dans les quatre coins du Royaume à l’heure d’une rentrée universellement appréhendée.

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