Le Kosovo se préparait mardi à convoquer des législatives anticipées après l’annulation par la Cour constitutionnelle de l’élection du gouvernement d’Avdullah Hoti, plongeant la fragile démocratie dans une nouvelle crise politique.

La plus haute cour du Kosovo a jugé que l’élection en juin du gouvernement par le Parlement, par une seule voix de majorité, n’était pas valide du fait de la condamnation pour corruption d’un député.

“Considérant que le gouvernement n’a pas été élu (…) conformément à la Constitution, le chef de l’Etat doit “annoncer des élections qui doivent se tenir au plus tard 40 jours après leur promulgation”, a dit la Cour dans son arrêt publié lundi soir.

La présidente par intérim Vjosa Osmani doit “inviter dans la journée les partis politiques à des consultations pour déterminer la date des élections anticipées”, selon les médias locaux.

Le Kosovo n’est pas étranger aux soubresauts politiques. Depuis la déclaration d’indépendance en 2008, aucun gouvernement n’a pu aller au bout de son mandat. Les élections anticipées se multiplient, suscitant la lassitude de la population envers les institutions d’un territoire où la pauvreté est généralisée.

Le nouveau scrutin se tiendra en pleine pandémie du nouveau coronavirus qui a durement frappé le Kosovo, dont les services de santé sont défaillants, avec près de 1.300 morts pour 1,8 million d’habitants.

Les électeurs voteront moins d’un an et demi après les législatives d’octobre 2019 qui avaient consacré la défaite historique des anciens combattants qui dominaient la vie politique depuis l’indépendance.

Un premier gouvernement de coalition formé péniblement après ce scrutin par Vetevendosje (VV), le parti nationaliste de gauche d’Albin Kurti et la LDK de centre-droit avait chuté au bout de quelques mois avant la désignation du gouvernement de coalition hétéroclite d’Avdullah Hoti.

La Cour avait été saisie par VV, qui arguait que le vote d’Etem Arifi, un député Rom qui a donné à Avdullah Hoti la voix qui lui manquait pour remporter la majorité au Parlement (120 membres), avait été condamné en avril 2018 à 15 mois de prison pour le détournement de 26.000 euros via une ONG.

Le vote du député Arifi n’est pas valide “car une personne qui a reçu une condamnation définitive pour une infraction pénale dans les trois dernières années” ne peut exercer son mandat de député, selon l’arrêt.

L’opposition a salué cette décision.

“Nous allons avoir de nouvelles élections, et un gouvernement légitime va revenir au pouvoir”, a déclaré Arberie Nagavci, de VV.

Ce rebondissement vient s’ajouter au coup de tonnerre provoqué par l’inculpation pour crimes de guerre du président Hashim Thaçi par le tribunal spécial de la Haye.

L’ex-homme le plus puissant du Kosovo, et quatre autres ex-guérilleros sont accusés de meurtres, tortures, persécutions et autres crimes commis pendant et après la guerre contre les forces serbes de la fin des années 1990.

Ancien héros du combat contre l’oppresseur serbe, Hashim Thaçi a été contraint à démissionner de la présidence en novembre.

Dernier conflit à consacrer la désintégration de l’ex-Yougoslavie, la guerre du Kosovo a fait plus de 13.000 morts, des Albanais pour la plupart. Elle s’est terminée quand une campagne occidentale de bombardements a contraint les forces serbes à se retirer.

Des hauts responsables de l’armée et de la police serbes ont été par la suite condamnés par la justice internationale pour des crimes de guerre commis lors du conflit, durant lequel des milliers de civils albanais ont été tués, torturés ou déplacés.

Mais certains responsables de la guérilla, dont beaucoup sont devenus des acteurs politiques majeurs, sont aussi accusés d’atrocités contre des Serbes, des Roms et des opposants albanais pendant et après la guerre.

Bouton retour en haut de la page
Fermer