Passé l’enthousiasme suscité par le dénouement de la crise politique en Belgique, les choses sérieuses commencent pour le nouveau gouvernement fédéral sur lequel se portent les espoirs pour conduire le pays vers des lendemains meilleurs.

Si le fait de parvenir à un compromis pour la formation d’un gouvernement, quasiment un an et demi après le scrutin législatif de mai 2019, a été accueilli avec soulagement, l’heure n’est plus à l’attentisme, car les temps sont durs et les citoyens belges s’impatientent de voir leur pays dirigé par un gouvernement fort et fédérateur.

La coalition “Vivaldi” et son chef d’orchestre, Alexander De Croo, n’auront pas le temps de se reposer sur leurs lauriers tellement les tâches qui les attendent sont ardues et complexes.

Malgré les bonnes intentions affichées par le nouveau gouvernement dans son programme pour les quatre années à venir, il est appelé à traduire au plus vite les promesses en actes et à mettre les bouchées doubles pour relever les défis immenses auxquels est confronté le pays.

“Il y a énormément de gens qui sont sceptiques. Je les respecte. Mais nous allons leur démontrer qu’on agit, qu’on a les bonnes priorités et les pieds sur terre”, a insisté le nouveau Premier ministre belge au lendemain de sa désignation, confirmant la grande responsabilité qui incombe à son équipe dans un contexte particulièrement difficile et incertain.

En pleine pandémie de coronavirus, le nouveau gouvernement belge a comme priorité majeure de sortir le pays d’une crise sanitaire, économique et sociale sans précédent.

“Vaincre le coronavirus, faire redémarrer l’économie et relancer le pays”, l’accord gouvernemental conclu par les sept parties de la coalition Vivaldi est clair sur ses objectifs pour surmonter cette crise aux répercussions désastreuses.

Pour ce faire, le gouvernement De Croo mise sur la prévention et la définition de protocoles strictes pour agir face à la pandémie qui a déjà fait plus de 10.000 morts en Belgique. Il compte également mettre en place un “plan générique de lutte contre les pandémies”.

Le texte de l’accord gouvernemental précise, par ailleurs, que la piste d’un reconfirment en cas de seconde vague, sera “évitée au maximum”, alors que les prochains mois devraient être marqués par des faillites en cascade et une forte hausse du chômage.

Afin de donner des couleurs à une économie mal en point, le nouveau gouvernement belge compte mettre en place un plan de relance et d’investissement, en concertation avec les Régions, Communautés et pouvoirs locaux, doté de 4,7 milliards d’euros, qui “aidera les entreprises à remplir à nouveau leurs carnets de commandes et stimulera la création de nombreux emplois”.

A court terme, ce plan entend résorber le choc économique massif engendré par la pandémie, via un effort complémentaire pour renforcer la solvabilité et la liquidité des entreprises, malmenées par le confinement et par les incertitudes quant à la reprise économique.

A plus long terme, c’est par le biais d’un surcroît d’investissements que le gouvernement belge ambitionne de donner un coup fouet à l’économie qui se reflétera par un accroissement de l’activité́ économique et un maintien des revenus.

S’agissant de l’emploi, le programme gouvernemental prévoit d’élaborer et évaluer des plans d’action concrets avec les entités fédérées, les partenaires sociaux et les autres parties prenantes, dans le but d’atteindre un taux d’emploi de 80% à l’horizon 2030.

Il comprend également un allègement de la fiscalité des heures supplémentaires, ainsi que des “territoires zéro chômeur”, qui sont des zones définies comme prioritaires, où les demandeurs d’emploi se voient offrir du travail ou une formation dans une entreprise créée pour les accueillir.

Pour ce qui est des retraites, le nouveau gouvernement belge veut porter progressivement les pensions à 1.500 euros et devra réintroduire “un bonus pension”, qui octroie à celles et ceux qui font des carrières plus longues la possibilité d’accumuler des droits à la pension plus élevés. Ce régime sera mis en place pour les indépendants, les salariés et les fonctionnaires.

Autre priorité du gouvernement De Croo: “Faire de la Belgique un pays durable”. Dans ce sens, la politique des grands investissements pour les quatre prochaines années devra favoriser en priorité le “développement durable”, en focalisant sur la promotion des énergies renouvelables, l’isolation des bâtiments, les technologies propres, ainsi que sur une mobilité respectueuse de l’environnement.

Les efforts seront également axés sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % en 2030 par rapport à 1990 pour parvenir à la neutralité climatique en 2050.

Le programme gouvernemental annonce, par ailleurs, une réforme fiscale qui doit “contribuer à la rencontre des objectifs climatiques et environnementaux”. Il prévoit aussi la création d’un “instrument fiscal” en phase avec le principe du pollueur-payeur et qui visera “à décourager le plus possible l’usage des combustibles fossiles”.

En ce qui concerne la gestion de la question migratoire, la nouvelle coalition fédérale veut opérer une rupture avec l’approche “humaine mais ferme” du précédent gouvernement, en optant pour une politique migratoire “juste”, “réaliste” et à cheval sur le respect du droit.

Le gouvernement De Croo compte, de même, mettre fin à la détention des mineurs en centres fermés et à la lutte contre la traite et le trafic des êtres humains désormais érigée en “priorité absolue”.

Parmi les autres missions à laquelle s’attellera l’exécutif belge figure la préparation d’une septième réforme de l’Etat, pour “améliorer la répartition des pouvoirs”, en vue de plus d’”homogénéité et d’efficacité” et d’une meilleure coopération entre le fédéral et les entités fédérées.

Pour répondre à des besoins spécifiques, le fédéral pourra, par ailleurs, adapter ses politiques différemment selon les Régions, notamment en matière d’emploi et de soins de santé.

Il s’agit, selon le texte du programme gouvernemental, d’avoir “une nouvelle structure de l’Etat à partir de 2024” avec plus de pouvoirs aux entités fédérées, tout en gardant au fédéral d’importantes prérogatives.

Espérant opérer un changement de cap politique et affichant de belles ambitions, le nouveau gouvernement belge doit surtout éviter les promesses sans lendemain afin de regagner la confiance des citoyens lassés par une succession de crises politiques.

Le défi sera de taille, d’autant plus que la cohésion au sein de l’équipe gouvernementale composée des familles politiques libérale, socialiste, écologiste et démocrate-chrétienne sera sans doute mise à rude épreuve.

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