Inquiétudes face à la progression de la pandémie, exaspération devant les retards de livraison des vaccins, creusement des inégalité, remise en cause des progrès en matière de développement, et affaiblissement de la coopération mondiale: des acteurs de l’élite mondiale réunis virtuellement au Forum de Davos cherchent des solutions pour répondre aux nouveaux défis induits par la crise sanitaire, “rétablir la confiance et remédier aux lignes de fracture apparues en 2020”.

Une fois n’est pas coutume, le Forum économique mondial (WEF en anglais), créé en 1971, a abandonné pour sa 51e édition, crise du coronavirus oblige, les neiges de la station de ski suisse de Davos au profit d’un format complètement virtuel, du 24 au 29 janvier, autour du thème « une année cruciale pour rebâtir la confiance ».

« S’il y a un mot qui caractérise le monde d’aujourd’hui, c’est bien la fragilité. Nous le voyons dans les effets de la crise déclenchée par la Covid-19. Plus de 2 millions de personnes sont mortes et nous traversons la pire crise économique depuis près d’un siècle », a dit le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un discours.

« Nous le voyons dans les inégalités entre les personnes et les pays qui ont été clairement mises en évidence par la pandémie. Les femmes, en particulier, ont été durement touchées par les pertes d’emplois et les charges supplémentaires de soins. Nous constatons également une fragilité dans les crises climatique et de biodiversité. Les deux sont des menaces existentielles. Les deux empirent », a-t-il ajouté.

Dans la 16e édition de son Global Risks Report (édition 2021), le Forum économique mondial pointe une remise en cause des progrès faits ces dernières années en matière de réduction de la pauvreté et des inégalités, et affaiblissement de la cohésion sociale et de la coopération mondiale, autant de bombes à retardement face aux risques majeurs que demeurent les cyberattaques, les armes de destruction massive et le dérèglement climatique.

Le rapport porte une attention toute particulière à la menace critique que constitue la désillusion des jeunes générations, laissées pour compte dans les réponses apportées à la crise du Covid.

«Une génération de jeunes doublement disloquée émerge dans une période d’opportunités manquées», peut-on lire dans le rapport.

Pour la première fois, le rapport a classé les risques selon un calendrier qui indique quand ils menaceront le monde de manière critique. Dans les deux ans qui viennent, les personnes interrogées mettaient, sans surprise, au premier rang de leurs préoccupations les dangers liés aux maladies infectieuses. Sont ensuite évoqués les moyens de subsistance, la crise de l’emploi, le creusement des inégalités numériques, la désillusion des jeunes, la stagnation économique, l’érosion de la cohésion sociale et les attentats terroristes.

Dans ce contexte, le Covid-19 apparaît, selon les experts, comme un élément perturbateur qui empêche une réponse globale à ces défis, en accentuant les divergences existantes entre les politiques sanitaires, économiques et de numérisation.

Parmi les impacts immédiats les plus nocifs pour l’avenir, le WEF met en exergue les inégalités sociales et économiques, qui devraient se creuser. Le Forum estime que seulement 28 économies ont absorbé le choc et devraient rapidement renouer avec la croissance.

“Ces inégalités potentielles conduiront à une fragmentation sociale aux perspectives géopolitiques fragiles qui entravera la reprise mondiale tant que les puissances moyennes n’auront pas pris place à la table des négociations», détaille le rapport.

Dans son rapport annuel publié lundi, l’organisation Oxfam a appelé à taxer les plus riches pour combattre «le virus des inégalités», calculant que les milliardaires ont vu leur fortune augmenter de 3.900 milliards de dollars entre le 18 mars et le 31 décembre 2020. Pour leur part, les organisateurs du WEF avancent vouloir «refonder le capitalisme».

Lors de ce forum, des voix se sont élevées, par ailleurs, pour réclamer un accès “équitable” aux vaccins contre le Covid-19, alors que les pays les plus riches ont pris une longueur d’avance dans la course à la vaccination.

Bénéficiaires d’investissements massifs de l’Union européenne, les fabricants de vaccins anti-Covid “doivent maintenant tenir leurs promesses et honorer leurs obligations”, a averti la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mardi dans une intervention vidéo.

A cause des nouveaux variants, “actuellement, une panique vaccinale” s’est emparée du monde, a estimé de son côté, lors d’une autre table ronde, l’épidémiologiste Seth Berkley, qui dirige l’Alliance pour les vaccins (Gavi), l’une des organisations qui tentent d’assurer la livraison de doses aux pays défavorisés.

“Nous allons commencer à distribuer les vaccins en février et monter en puissance pour tenter d’atteindre notre objectif de 2 milliards de doses d’ici la fin de l’année”, a-t-il confirmé.

Dans une étude commandée par la Chambre de commerce internationale (ICC), des épidémiologistes calculent que même si les économies avancées vaccinent leur propre population, elles auraient néanmoins à subir des coûts allant jusqu’à 4.500 milliards de dollars si les pays les moins avancés n’ont pas accès aux vaccins.

Ces inquiétudes font écho à des avertissements répétés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) contre le “nationalisme vaccinal”.

“Le nationalisme vaccinal peut servir des objectifs politiques à court terme, mais il est dans l’intérêt économique à moyen et long terme de chaque nation de soutenir l’équité vaccinale”, a encore insisté lundi dernier son directeur Tedros Adhanom Ghebreyesus.

« Une reprise inclusive et durable dans le monde entier dépendra de la disponibilité et de l’efficacité des vaccins pour tous, d’un soutien fiscal et monétaire immédiat dans les pays développés et en développement, et de mesures de relance transformatrices à plus long terme », a résumé le chef de l’ONU.

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