Après avoir battu son record de 589 jours sans gouvernement fédéral de plein exercice, la Belgique continue de s’enliser dans une impasse politique dont l’issue semble extrêmement difficile à prédire.

Dirigée par un gouvernement en affaires courantes depuis le 21 décembre 2018, suite à la chute de l’exécutif mené par le libéral Charles Michel, la Belgique tente depuis de longs mois à mettre fin à ce blocage politique, mais en vain.

Ce feuilleton interminable vient de connaitre lundi un nouvel épisode qui rend plus tortueux le chemin vers la formation d’une coalition fédérale issue des élections législatives du 26 mai 2019. Les présidents des parti socialiste francophone (PS), Paul Magnette, et nationaliste flamand (N-VA), Bart De Wever, nommés préformateurs par le Roi Philippe en vue de la mise en place d’un gouvernement fédéral qui s’appuie sur une large majorité au parlement, ont remis leur démission au souverain belge, à peine trois semaines après leur désignation.

Constatant qu’ils étaient arrivés à un point de non-retour dans leur mission, les deux hommes, tout comme les nombreux informateurs et préformateurs qui les ont précédés, se sont rapidement rendus à l’évidence: concilier les positions des différentes formations politiques belges est un exercice particulièrement complexe et périlleux.

Retour à la case départ donc pour les négociations gouvernementales en Belgique, un pays où il faut toujours se démener pour parvenir à un consensus politique.

Dans une énième tentative de débloquer cette situation inextricable, le Roi des Belges a dit tenir sa décision en délibéré, entamant de nouvelles consultations avec les partis qui ont été impliqués dans les discussions politiques depuis les élections.

Et pourtant, depuis la nomination des présidents du PS et de la N-VA comme préformateurs, un vent d’optimisme a commencé de souffler sur le pays quant à une imminente sortie de l’impasse politique. Pour cause, le terrain d’entente inespéré, trouvé par les socialistes francophones et les nationalistes flamands, premières formations politiques de Belgique.

Les deux partis n’ont eu de cesse de répéter leur refus catégorique d’être associés dans la même coalition fédérale, leurs chefs respectifs faisant toujours état de “divergences de fonds”. Au mois de juin, encore, Paul Magnette évoquait “une addition de contraires qui s’annulent”.

Pour nombreux observateurs, voir les présidents du PS et de la N-VA prendre les commandes en vue de la formation d’un gouvernement fédéral s’apparentait à “un petit miracle” tant le fossé entre les deux partis semblait béant.

Pour expliquer ce retournement de situation, MM. Magnette et De Wever citaient en premier lieu la crise sanitaire qui nécessite au plus vite un gouvernement de pleins pouvoirs pour permettre, selon eux, de mettre au point un plan de relance face à la crise du coronavirus et simplifier le fonctionnement des institutions du pays.

“La crise du coronavirus a démontré que notre pays est totalement en panne sur le plan institutionnel. Les compétences sont dispersées, il est réellement impossible de prendre des mesures de façon efficace. Le Parti socialiste a fait une ouverture pour mettre aussi en œuvre des réformes institutionnelles et redistribuer les compétences”, a avancé le président des nationalistes flamands pour expliquer ce revirement.

Il a, toutefois, ajouté qu'”il n’y a aucune garantie de succès”, et il a vu juste. La mission du duo PS-N-VA a donc fait long feu et 446 jours après le scrutin législatif, tout reste à faire.

Si les présidents du PS et de la N-VA étaient bien partis en ralliant à leur projet gouvernemental les chrétiens démocrates flamands (CD&V), le parti socialiste flamand (sp.a) et le parti du Centre démocrate humaniste (cdH), il manquait à ce “club des cinq” un autre membre pour disposer d’une majorité au Parlement.

C’est dans ce cadre que les deux préformateurs ont eu une série de réunions avec d’une part la famille libérale (Open Vld – MR) et d’autre part les écologistes (Ecolo – Groen), pour sonder leur volonté de rejoindre les négociations fédérales, mais ils se sont heurtés à chaque fois à un refus.

Et c’est le communiqué commun des libéraux et des écologistes, publié jeudi pour dénoncer le projet institutionnel N-VA/PS qui a fini par doucher les espoirs du duo Magnette-De Wever.

“Nous souhaitons exprimer notre inquiétude en ce qui concerne les projets des missionnaires”, expliquent les deux familles politiques. Notamment pour ce qui est du volet institutionnel, leur schéma conduit à rendre les institutions plus complexes et moins lisibles : un modèle qui n’est pas le nôtre”, avaient argué les libéraux et les écologistes.

Face à cette position commune, le duo Magnette-De Wever a constaté son incapacité à poursuivre sa mission, préférant jeter l’éponge, non sans regret comme l’a exprimé le président de la N-VA.

“On avait encore besoin d’un parti, d’un seul pour former un gouvernement majoritaire de plein exercice, un gouvernement d’une durée limitée mais avec un programme clair et fort où chaque parti compte et peut compter sur la confiance des autres (…) Je regrette profondément que le courage politique fasse encore défaut pour arrêter enfin le carrousel de la formation gouvernementale”, a déclaré Bart De Wever dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, peu après avoir remis sa démission au Roi Philippe.

Quinze moi après les élections législatives, la Belgique se cherche toujours un gouvernement de pleins pouvoirs jouissant d’une légitimité et d’une majorité au Parlement. Mais le temps presse et la crise du coronavirus a compliqué encore la donne pour le pays confronté à des défis sans précédent sur les plans économique, social et institutionnel.

En attendant une sortie de crise, la Première ministre en affaires courantes, Sophie Wilmès, va demander à nouveau la confiance du Parlement le 17 septembre. En cas d’un blocage persistant, un retour anticipé aux urnes semble inévitable comme solution de dernier recours.

Bouton retour en haut de la page
Fermer