Les missions d’information et de préformation en vue de définir les contours d’une nouvelle coalition gouvernementale fédérale en Belgique se suivent et se ressemblent avec encore et toujours le même épilogue: le néant.

Huit mois après le scrutin législatif du 26 mai 2019, le pays s’enlise dans une impasse politique qui perdure alors qu’aucune éclaircie ne se profile à l’horizon. Et ce ne sont pas les derniers informateurs Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens qui diront le contraire, tellement leur mission s’avérait être une longue traversée du désert.

Nommés le 10 décembre dernier par le Roi Philippe, les deux informateurs se sont heurtés, comme leurs prédécesseurs, à la dure réalité et ont fini par être déchargés vendredi de leur mission au terme d’une série de consultations qui ont encore fait resurgir les désaccords qui opposent les différents partis du pays.

Le libéral Georges-Louis Bouchez et le centriste Joachim Coens avaient néanmoins été prolongés jusqu’au 4 février par le Souverain belge, qui a décidé en fin de compte de mettre fin à leur mission après avoir constaté que “les discussions entre partis n’ont pas permis de former une coalition soutenue par une majorité parlementaire”.

Au terme de trois missions d’information et d’une mission de préformation, retour donc à la case départ pour les négociations gouvernementales en Belgique. Pour débloquer cette situation embrouillée, le Roi Philippe a décidé de passer le flambeau au vice-Premier ministre et ministre de la Justice en affaires courantes, Koen Geens.

La nouveauté dans cette nomination, c’est que M. Geens (parti chrétien démocrate flamand -CD&V) n’est ni informateur, ni préformateur, mais chargé d’une mission royale générale ayant comme finalité de tester toutes les pistes utiles pour sortir de la crise politique dans laquelle le pays ne cesse de s’enfoncer.

Il devra ainsi “prendre les initiatives nécessaires permettant la mise en place d’un gouvernement de plein exercice”, selon un communiqué du Palais royal. Mais peut-il réussir là où ses prédécesseurs ont échoué? Rien n’est moins sûr, vu les divergences de fond entre les différentes formations politiques qui persistent à camper sur leurs positions.

Pourtant, en affirmant vouloir continuer sur la voie d’une possible coalition associant les deux premières formations politiques du pays: les socialistes francophone (PS) et les nationalistes flamands (N-VA), Koen Geens devra employer les grands moyens pour sceller un mariage entre deux partis que tout oppose.

Les responsables des deux partis ne cessent de marteler depuis des mois qu’une coalition les associant est inenvisageable, affirmant que leurs positions sur différentes dossiers prioritaires pour le pays (emploi, santé, climat, migration, réformes constitutionnelles…) sont aux antipodes.

“Il y a eu plus de trente réunions entre le PS et la N-VA et ça ne donne absolument rien”, avait souligné récemment le président du PS, Paul Magnette, ajoutant que cela n’a plus beaucoup de sens de demander aux deux partis de continuer à discuter.

Ce blocage illustre l’ampleur du fossé qui sépare le nord néerlandophone et le sud francophone. Ce fossé, symptomatique d’un éternel conflit linguistique et communautaire en Belgique, s’est creusé davantage après le dernier scrutin législatif avec Bruxelles et la Wallonie toujours dominées par la gauche et les verts, tandis que la Flandre continue de basculer dangereusement vers l’extrême droite.

Si le PS et la N-VA s’éternisent à demeurer irréconciliables et refusent de faire des compromis, les médias évoquent un plan B: une coalition “Vivaldi” représentant quatre familles politiques, à savoir Les socialistes (PS + SP.A), les libéraux (MR + Open VLD), les écologistes (Ecolo + Groen) et les chrétiens-démocrates (CD&V).

Mais pour mettre sur pied cette coalition, il faut convaincre le CD&V de renoncer à gouverner avec la N-VA au fédéral. Cela ne devra pas être chose aisée vu les réticences affichées jusqu’à présent par les chrétiens démocrates flamands, minoritaires dans le groupe linguistique néerlandophone, à l’idée de participer à un gouvernement fédéral sans la N-VA, leur partenaire dans le gouvernement régional et premier parti dans le Nord du pays.

Entre-temps, certains responsables politiques évoquent la piste d’un gouvernement “provisoire” composé des partis disposant d’une majorité au Parlement pour faire face aux urgences sociales”.

La Première ministre du gouvernement en affaires courantes, Sophie Wilmès, a, de son côté, rejeté cette solution, soulignant que s'”il est toujours intéressant de réfléchir à un plan B mais c’est l’option A qui doit primer”, soit un gouvernement de plein exercice.

Alors que même un retour aux urnes ne semble pas en mesure de dénouer le blocage politique actuel en Belgique, la solution reste de prévaloir le sens du compromis comme l’a souligné la semaine dernière le Roi Philippe.

“Le moment est venu de cristalliser les efforts de ces huit derniers mois, de laisser tomber les exclusives et d’installer un gouvernement de plein exercice”, a-t-il plaidé dans un discours devant les autorités du pays.

Pour le Souverain belge, il faut avant tout que les partis politiques surmontent leurs divergences et privilégient l’intérêt national en faisant “de vrais compromis, c’est-à-dire des accords où chacun renonce à quelque chose pour que l’ensemble y gagne”.

 

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