Aussi bizarre que cela puisse paraître, l’Argentine, un pays jusqu’à un passé récent capable d’approvisionner des millions de personnes à travers le monde, est devenu peu à peu un pays où des millions de personnes ne trouvent pas de quoi se nourrir et nourrir leurs enfants, au point de déclarer l’urgence alimentaire.

Ainsi, une frange importante des familles sont en proie à la faim et sont obligées à emprunter un chemin non sans difficultés pour un gagne-pain digne. Une situation qui a amené des milliers d’Argentins à descendre dans la rue manifester, comme ce fut le cas les 12 et 13 septembre lors de sit-in pour exiger la déclaration de l’état d’urgence dans le secteur alimentaire.

Avec une inflation qui dépasse les 50% ces dernières années, l’effondrement record de la valeur de la monnaie locale et la baisse des salaires, les prix des produits alimentaires, pourtant suffisants pour le pays et connaissent même des excédents, ont connu des hausses sans précédent.

Si les marchés et les magasins regorgent de denrées alimentaires, de légumes et de viandes, des millions d’Argentins se trouvent dans l’incapacité de se procurer les produits de première nécessité.

La récession que connait la troisième économie d’Amérique latine et le taux élevé de pauvreté (32%) et de chômage (10%) ont conduit à une situation de faim, un phénomène qui s’est multiplié par deux l’année dernière dans trois pays sud-américains (Argentine, Venezuela et Guatemala), selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Entre-temps, les millions de personnes incapables de joindre les deux bouts ont dénoncé les souffrances qu’ils vivent, soit en descendant dans les rues pour protester, soit en votant pour l’opposition qui avait balayé les résultats des élections primaires (11 août), organisées en prévision des présidentielles du 27 octobre prochain.

C’est ainsi que gouvernement, opposition, médias et même les citoyens sont plus que jamais conscient de la gravité de la situation que traverse le pays.

Pour sortir de cette impasse, les personnes touchées par la crise économique ont dû recourir à des solutions temporaires et des alternatives pour se procurer de la nourriture, comme le troc, la pratique d’autres professions ou l’immigration vers l’Europe.

Sous la pression de l’opposition, des organisations sociales, des syndicats et de l’Eglise, la Chambre des représentants fédérale a voté favorablement un projet de loi déclarant l’état d’urgence alimentaire.

À l’approche des élections présidentielle et législatives, la Chambre des représentants a adopté en quelques heures à peine ce texte. Les députés, visiblement atteints par les voix de milliers de manifestants devant le siège du Congrès, ont voté, majorité et opposition, par 222 Oui ce projet de loi.

Les médias locaux prévoient l’adoption par le Sénat de ce texte qui lui a été soumis par la Chambre des représentants le 12 septembre.

Le quotidien à large lectorat “Clarin” a révélé que le président Mauricio Macri, qui cherche à briguer un second mandat, compte approuver à son tour cette loi si elle venait d’être adoptée par la chambre haute.

Le projet comprend une augmentation de 50% du budget du gouvernement pour les politiques alimentaires et un soutien aux programmes sociaux destinés aux personnes vulnérables et aux écoles, ainsi qu’une mise à jour régulière du budget à partir de 2021 et un état d’urgence jusqu’en 2022.

Selon les médias, le projet coûtera entre 4 et 10,4 milliards de pesos (un dollar équivaut à environ 56 pesos), soulignant que le gouvernement du président Mauricio Macri a récemment commencé à examiner le coût de cette mesure.

En fait, ce n’est pas la première fois que l’état d’urgence alimentaire est adopté en Argentine. En 2002, une mesure similaire a été décrétée, après la crise politique, économique et sociale du début des années 2000.

Paradoxalement, selon les médias, l’Argentine produit suffisamment d’aliments, tels que les céréales, les viandes, les légumes et les fruits, pour répondre aux besoins de 440 millions de personnes.

Or, certains milieux de l’opposition parlent de 5 millions d’enfants et d’adolescents qui souffriraient d’une “situation alimentaire très difficile” et d’environ 5 millions d’Argentins en proie à la pauvreté, à cause de la politique du gouvernement de droite qui dirige le pays depuis décembre 2015.

Le gouvernement Macri reconnaît la difficulté de la situation actuelle et la détérioration du pouvoir d’achat des consommateurs et de la propagation de la pauvreté, mais nie totalement une crise de la faim proprement dite dans le pays.

Les Argentins craignent que la crise empire, sur fond du prêt de 57 milliards de dollars obtenu par le gouvernement auprès du Fonds monétaire international (FMI) pour contenir la situation.

Ils espèrent toutefois que le prochain président du pays sera en mesure de remédier à cette situation et faire stopper l’hémorragie, en s’attaquant aux causes de la crise, une promesse que tous les candidats à la présidentielle évite de donner aux Argentins.

En effet, le candidat de l’opposition, Alberto Fernández, donné vainqueur par les sondages d’opinion, a promis de réduire plutôt que d’éliminer l’inflation, alors que le président actuel et chef de la coalition au pouvoir promet de faire baisser la pauvreté.

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