Ces derniers jours, les forces de sécurités sud-africaines sont aux aguets. Et pour cause, des messages incendiaires prônant la violence et une grève générale ont été largement diffusés sur les plateformes de médias sociaux.

Alors que l’Afrique du Sud ne s’est pas encore remise des troubles meurtriers de juillet dernier, qui ont ravagé les provinces de Gauteng et de KwaZulu-Natal et causé des pertes économiques estimées à des milliards de dollars, de nouvelles menaces de violences se profilent à l’horizon.

Les instigateurs ont pour leitmotiv un ras le bol général de la société, dû à l’accroissement des inégalités sociales et économiques, la hausse alarmante du taux de chômage, le développement des zones d’exclusion et la crainte d’une quatrième vague encore plus dévastatrice de la pandémie du Covid-19 qui s’avère imminente. Mais il s’agit surtout de dénoncer une corruption endémique qui a affaibli toutes les structures et institutions de l’Etat, comme l’avait d’ailleurs reconnu le président sud-africain Cyril Ramaphosa lors de son témoignage, récemment, devant la Commission judiciaire de lutte contre la corruption.

A côté de cette combinaison de facteurs explosifs qui rongent le pays de Nelson Mandela, s’ajoute l’incarcération de l’ex-président Jacob Zuma, pour outrage à la justice. Une autre étincelle qui est venue mettre le feu aux poudres, en attisant les troubles de juillet dernier lors desquels l’Afrique du Sud avait connu les pires violences publiques, pillages et dégâts matériels depuis l’aube de la démocratie.

Mais cette fois-ci, les forces de sécurité du pays semblent avoir appris la leçon, après avoir été accusées de «faire la sieste» lors de la récente insurrection. Elles ont reçu un appel au réveil urgent pour leur dire à quel point elles étaient mal préparées à faire face à des situations imprévues.

Dans la foulée des dégâts collatéraux, le président Ramaphosa a procédé à un remaniement de l’exécutif, en limogeant le ministre de la Défense, Nosiviwe Mapisa-Nqakula, qui a depuis refait surface au Parlement en tant que président de la Chambre, et a placé l’Agence de sécurité de l’État (SSA) sous la tutelle de la Présidence.

C’est dire que les troubles de juillet au KwaZulu-Natal et au Gauteng ont soulevé plusieurs questions sur la capacité des forces de sécurité, gangrénées par le fléau de la corruption, à assurer la sécurité des citoyens et l’ordre public dans le pays.

Reconnaissant que la menace d’une nouvelle insurrection dans certaines régions de l’Afrique du Sud est «réelle», les services secrets du pays, «la National Joint Operation and Intelligence Structure (NatJoints)», ont assuré que “les forces de l’ordre sont en état d’alerte élevé et ont mis en place des mesures pour assurer la sûreté et la sécurité des Sud-africains”.

Commentant les menaces de nouvelles violences, l’analyste politique Asanda Ngoasheng a estimé qu’une nouvelle émeute “planifiée” ferait autant de dégâts, sinon plus, que les soulèvements précédents. «Cela a le potentiel de causer beaucoup de dégâts, car les forces de défense sud-africaines ne savent pas quelles nouvelles tactiques seraient utilisées dans la nouvelle insurrection», a-t-il expliqué, arguant qu’«il existe de nombreuses façons d’attaquer et de paralyser un pays. Cela pourrait être une cyber-attaque».

Mais l’analyste Daniel Silke n’est pas de cet avis. Pour lui, une nouvelle insurrection planifiée, enrobée d’un faux langage révolutionnaire, ne serait pas aussi efficace que des troubles imprévus. La question qui se pose actuellement est de savoir où se situent les niveaux de malaise persistants en Afrique du Sud, dit-il, avant de répondre que les divisions au sein du parti au pouvoir, la mauvaise gouvernance et l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma y sont pour beaucoup.

Quant aux autorités, elles pensent que les gens doivent s’abstenir d’utiliser Zuma comme bouc émissaire de la violence, en mettant en garde que les forces de l’ordre vont agir fermement et rapidement, dans le respect de la loi, contre toute forme d’anarchie, de violence publique et de perturbation de l’activité économique.

Mais pour les citoyens lambda, la vraie question est que s’est-il passé depuis juillet pour faire croire aux Sud-africains que les pertes en vies humaines, la destruction de biens d’autrui et la haine ne se reproduiront plus ?

 

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