Les pays du Maghreb peuvent diversifier leurs économies, accélérer leur transformation structurelle et générer des emplois, en saisissant les opportunités offertes par la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECA), a indiqué, lundi à Rabat, le ministre mauritanien du Commerce et du tourisme, Sid’Ahmed Mahmoud.

S’exprimant à l’ouverture d’un séminaire régional sur l’impact potentiel de la ZLECA sur les économies maghrébines, le ministre mauritanien a mis en avant le rôle clé que joue les Communautés Économiques Régionales dans la bonne mise en œuvre de la zone de libre échange continentale, soulignant l’importance de ratifier cet accord et en faire un pilier de la stratégie nationale de développement économique.

M. Mahmoud a, à cet égard, affirmé que l’Afrique du Nord jouit d’une position géostratégique clé qui lui impose de jouer le rôle de passerelle au sein des chaînes de valeurs industrielles mondiales.

L’Union du Maghreb Arabe (UMA) est plus que jamais appelée à mener les différentes phases de négociations nécessaires pour valoriser et catalyser les opportunités qui s’offrent aujourd’hui à l’Afrique du Nord, a relevé le ministre, notant que parmi les secteurs porteurs d’opportunités de synergies au Maghreb figurent l’agriculture, l’automobile, le textile, le matériel électrique, l’aéronautique, l’électrique, les services du marketing et de la vente, du transport et de la distribution.

De son côté, le ministre de l’Industrie, du commerce, de l’économie verte et numérique, Moulay Hafid Elalamy, a indiqué que la ZLECA, qui représente l’un des engagements politiques ayant eu un consensus sans précédents parmi les pays membres de l’Union Africaine, mérite d’être soutenue par des politiques commerciales régionales efficaces et inclusives.

“Les pays maghrébins sont appelés à redoubler d’effort au niveau de l’Union du Maghreb Arabe pour lever les obstacles au commerce entre nos pays qui reste en deçà des aspirations de nos peuples (moins de 3% de nos échanges globaux)”, a affirmé le ministre dans une allocution lue en son nom à cette occasion.

L’intégration économique entre les cinq pays maghrébins, a t-il dit, constitue le meilleur choix pour assurer le développement socio-économique et préserver la paix et la stabilité dans la région.

“La vision éclairée de Sa Majesté le Roi, que Dieu L’Assiste, repose sur les principes du co-développement et du partage de la prospérité, à travers la fluidification des flux commerciaux et d’investissements entre nos pays et ce, dans une logique de promotion des investissements étrangers et des chaînes de valeurs régionales et mondiales”, a-t-il ajouté.

La ZLECA, constitue d’ores et déjà un nouveau levier pour concrétiser l’intégration maghrébine tant attendue par nos opérateurs économiques, a fait observer M. Elalamy, notant que pour assurer le développement du continent, le libre échange doit être accompagné par des mesures touchant toutes les stratégies sectorielles de nos pays de manière à assurer leur harmonisation au niveau régional et continental.

Pour sa part, le Commissaire au commerce et à l’industrie de la Commission de l’Union Africaine, Albert Muchanga, a indiqué que l’Afrique prend ses responsabilités pour son développement, faisant remarquer que l’UMA est bien positionnée pour devenir un hub commercial solide entre l’Afrique et le reste du monde.

“Nous devons nous assurer que les pays africains font du commerce entre eux en créant une dynamique interne de production”, a t-il dit. “En étendant notre espace de production, nous ouvrons d’autres possibilités”, a ajouté M. Muchanga.

De son côté, la directrice du Bureau pour l’Afrique du Nord de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), Lilia Hachem Naas, a souligné que l’intégration maghrébine constitue un jalon essentiel du processus d’intégration continentale qui présente d’énormes opportunités en termes de croissance et d’emploi.

Elle a, en effet, relevé que cette intégration maghrébine offre la possibilité de mieux tirer profit des atouts économiques et géostratégiques dont dispose la sous-région, au carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

“L’étude de la CEA (2017) portant sur l’industrialisation grâce au commerce en Afrique du Nord montre que la mise en place de mesures de facilitation des échanges, en plus de la ZLECA, aurait un impact particulièrement positif sur le commerce intra-régional”, a dit Mme Hachem Naas, notant que l’augmentation des échanges commerciaux intra-nord-africains de produits industriels manufacturés, est évaluée autour de 70%.

Elle a affirmé à ce propos qu’une intégration maghrébine renforcée dans ses différentes dimensions (mobilité des facteurs, coordination des politiques sectorielles, harmonisation des cadres normatifs, programmes et projets conjoints), renforcerait les pouvoirs de négociation des Etats de la région, et permettrait le développement du commerce et des investissements, la réalisation d’économies d’échelle par l’accroissement de la taille des marchés, une allocation plus efficace des ressources par le renforcement de la concurrence et une meilleure prévisibilité des politiques publiques par leur ancrage dans une perspective régionale.

La ZLECA constitue un processus central pour réaliser les sept aspirations de l’Agenda 2063 et la vision africaine de développement pour les cinq prochaines décennies, a soutenu Mme Hachem Naas.

Le secrétaire général de l’Union du Maghreb Arabe (UMA), Taïeb Baccouche, a, quant à lui, mis en avant l’impact positif majeur de cette zone sur les économiques maghrébines, estimant que celle-ci permettra de générer des emplois et contribuera, par conséquent, à la croissance économique en Afrique.

Il a, à cet égard, fait remarquer la mise en application de l’accord portant création de la ZLECA, dont les avantages sont très nombreux, constituera “une source de richesse” pour l’ensemble des pays africains notamment au niveaux économique et social.

Par ailleurs, Michaela Dodini, de la délégation de l’Union Européenne au Maroc, a relevé que l’intégration régionale et continentale est le fondement même sur lequel l’Union européenne a été construite. “L’UE est donc particulièrement bien placée, bien évidemment si cela est d’intérêt, pour partager avec l’Afrique son expertise et les meilleures pratiques en matière d’intégration économique continentale” a t-elle ajouté.

A travers son programme panafricain, l’UE a consacré 62,5 millions d’euros au soutien de la ZLECA sur la période 2014-20, a fait savoir Mme Dodini, notant qu’un soutien additionnel vient de l’aide européenne au commerce en Afrique, et à travers le Plan d’investissement extérieur de l’UE pour l’Afrique et le voisinage.

“Les accords commerciaux que la majorité des pays africains et l’UE ont conclu par le passé ont également eu un impact positif sur la dynamique de l’intégration économique en Afrique. Ces accords ont en effet permis de renforcer l’expertise de nos partenaires africains en matière de politique commerciale, et de mettre en place des outils qui sont aussi pertinents dans le cadre de la ZLECA”, a t-elle poursuivi.

Elle a, en outre, précisé que l’objectif commun, tant de l’Union européenne que de l’Union africaine, est de promouvoir le commerce et les investissements en Afrique, en tant que vecteurs de croissance et de création d’emplois.

Organisée par la CEA et l’UMA, cette rencontre vise à promouvoir l’intégration économique africaine au niveau régional et continental par une meilleure implication des acteurs clés d’Afrique du Nord, et à encourager les économies maghrébines à renforcer leur positionnement dans le processus de construction du marché unique africain.

Ce séminaire régional de deux jours offre l’occasion aux représentants des pays membres de l’UMA (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie), négociateurs en chef de la ZLECA, représentants du secteur financier et du secteur privé, experts et observateurs de partager leurs analyses sur la ZLECA, leur compréhension des défis et des opportunités qu’elle renferme et ses implications pour le développement économique et la croissance. Ils procéderont par ailleurs à un examen approfondi de leurs politiques d’intégration régionale et continentale en vue de faciliter la formulation de nouvelles stratégies plus intégrées et mieux coordonnées.

Entrée formellement en vigueur le 30 mai 2019, la ZLECA vise à réduire les barrières tarifaires et non-tarifaires au commerce, à encourager l’ouverture des marchés et la facilitation du commerce, et à harmoniser les règles de commerce à travers le continent africain. Du point de vue du nombre de pays participants, la ZLECA constitue la plus grande zone de libre-échange au monde depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), couvrant un marché potentiel de 1,2 milliard de consommateurs pour un produit intérieur brut (PIB) cumulé de plus de 2.500 milliards de dollars.

Bouton retour en haut de la page
Fermer