Des nouvelles technologies numériques à l’innovation financière en passant par le règlement des différends, les services et les négociations sur les subventions à la pêche, les différentes mutations du système commercial mondial sont passées à la loupe de quelques 3.200 experts au forum public annuel de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) à Genève.

Ce forum intervient alors que l’OMC, en pleine guerre des droits de douane entre la Chine- les États-Unis et l’Europe, est prise entre deux feux : Risquer sa crédibilité en restant fidèle au libre-échange ou mettre en péril son fonctionnement et sa survie si les tensions commerciales venaient échapper à l’emprise de son instrumentaire de règlement des différends.

La Directeur général de l’Organisation, Roberto Azevêdo a lancé les discussions du forum en soulignant la nécessité pour tous les acteurs du commerce mondial – y compris l’OMC – de reconnaître et de s’adapter à un environnement commercial en pleine mutation technologique. “Nous devons changer parce que la technologie avance, plus de services deviennent négociables et que les générations montantes rejoignent la population active”, a-t-il déclaré.

” Les nouvelles technologies ont le potentiel d’accroître les capacités humaines et de permettre une prospérité inclusive. Ou bien, ils pourraient alimenter le chômage, les inégalités et des années d’instabilité et de troubles. L’avenir que nous recevons sera façonné par les politiques que nous choisirons, aux niveaux national et international”, a-t-il poursuivi.

“Nos discussions en cours sur la réforme de l’OMC font partie de cette réponse. Elles offrent aux membres une occasion de définir des règles positives pour l’économie du XXIe siècle”, a-t-il encore insisté.

Jeffrey Sachs, directeur du Centre pour le développement durable à la Columbia University, a relevé que l’importance du système commercial multilatéral se révèle à travers une rétrospective sur l’histoire de la Grande Dépression dans les années 1930, lorsqu’une vague de mesures protectionnistes avait contribué à ” l’une des plus grandes catastrophes de l’histoire mondiale “, le début de la Seconde Guerre mondiale. “Nous avons beaucoup à faire pour protéger l’OMC et le système commercial mondial”, a-t-il déclaré.

De son côté, Tina Fordham, directrice et analyste politique mondiale principale de la société financière Citi, a estimé que les turbulences politiques sur la scène économique mondiale “ne sont pas nécessairement une mauvaise chose car elles peuvent apporter un changement positif, y compris des stratégies plus durables et inclusives”.

Critiquée de toutes parts, l’OMC, cœur du multilatéralisme commercial, traverse en effet depuis des années une crise existentielle qui s’est encore aggravée ces derniers mois avec les attaques en règles du président américain, Donald Trump, menaçant régulièrement de quitter une institution que les Etats-Unis ont pourtant largement contribué à créer.

Outre les tensions autour du système de règlement des différends de l’OMC qui connait une crise sans précédent, avec le blocage par les Etats-Unis des nominations de nouveaux juges de l’Organe d’appel, les discussions au sujet des subventions de la pêche constitue l’un des sujets majeurs de la réforme de l’Organisation.

Lors d’un débat de haut niveau tenu dans le cadre de ce forum, des ONG et dirigeants ont appelé les Etats à accélérer les négociations à l’OMC pour trouver un accord interdisant les subventions nocives à la pêche, évaluées à 22 milliards de dollars par an, avant la date butoir de 2020 fixée par l’ONU.

L’appel est soutenu par l’envoyé spécial de l’ONU pour les océans Peter Thomson, par le célèbre documentariste naturaliste britannique David Attenborough et par la coalition Friends of Ocean Action, réunissant plus de 50 dirigeants issus d’ONGs, de la politique et des entreprises sous la bannière du Forum économique mondial.

Les signataires de l’Appel soulignent que ces aides publiques sont évaluées à 22 milliards de dollars par an (20 milliards d’euros) et que 85% de leur montant bénéficient aux grandes flottes industrielles.

En effet, les négociations au sein de l’OMC sur le sujet des subventions de la pêche piétinent, les pays membres ne parvenant même pas à s’entendre sur la nomination d’un nouveau président du groupe des discussions, suite au départ en août du Mexicain Roberto Zapata Barradas.

Les discussions à l’OMC sur les subventions à la pêche remontent à une vingtaine d’années. Elles ont été particulièrement actives au cours de la période 2005-2011, sans toutefois aboutir. L’effort a été relancé après l’adoption par les dirigeants mondiaux des Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU en septembre 2015.

Un des ODD fixe en effet à 2020 le délai pour éliminer les subventions qui contribuent à la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) et pour interdire certaines formes de subventions qui contribuent à la surcapacité et à la surpêche, en prévoyant un traitement spécial et différencié des pays en développement et des pays les moins avancés.

Selon l’ONU, la proportion des stocks de poissons exploités à un niveau biologiquement durable a chuté de 90% en 1974 à 66,9% en 2015.

 

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