Les yeux bleuâtres, une dent cassée et le bras fracturé, des séquelles parmi d’autres que gardent Aicha.A., victime de violences conjugales durant la période de confinement.

Cette quadragénaire originaire d’Amezmiz est mariée depuis dix ans déjà à O.N qui a perdu son travail à cause de la propagation du coronavirus et qui passe beaucoup plus de temps à la maison, ce qui le met souvent en confrontation avec la pauvre Aicha.

“J’ai toujours souffert de la maltraitance au sein de mon ménage, mais les choses se sont aggravées en ces temps de pandémie”, lance-t-elle dans une discussion avec la MAP.

Même en l’absence de chiffres officiels ou d’études à ce sujet, les ravages causés par la crise sanitaire au sein des couples et des ménages ne trompent l’œil d’aucun scrutateur avisé. La raison économique est souvent à blâmer dans la recrudescence des conflits conjugaux et familiaux, sans pour autant négliger le poids de la pression psychologique et le stress engendrés par cette situation particulière, durant la période de confinement ou d’après.

Les seules données disponibles émanent de la Fédération des ligues des droits des femmes (FLDF) qui avait annoncé avoir reçu, du 16 mars au 24 avril, 240 appels téléphoniques de la part de 230 femmes de différentes régions du Royaume pour signaler des actes de violence pendant le confinement.

Un total de 541 actes de violence a été enregistré contre ces femmes qui ont souffert de violence psychologique (48,2%), économique (33%) et physique (plus de 12%), en plus de certains cas de violence sexuelle. La violence conjugale représente 91,7% des formes de violence durant le confinement sanitaire, suivie par la violence familiale (4,4%).

Dix ans plut-tôt, Aicha travaillait comme secrétaire au sein d’une entreprise de textile au quartier industriel d’Ain Sbaâ et c’est là où il a rencontré son futur “bourreau”.

“Il m’avait promis le paradis et j’ai cru en tout ce qu’il me disait”, se rappelle Aicha, précisant que l’erreur qu’elle a commise est d’avoir arrêté de travailler et de dépendre totalement de son mari.

“Un règlement strict” a été imposé dès le premier jour du mariage. “Je n’avais pas le droit de sortir seule, de rendre visite à ma famille ou d’aller là où je veux sans qu’il ne m’accompagne. Même pour aller au bain maure, il me ramenait et attendait que je finisse”, a-t-elle raconté.

“Les violences conjugales ont commencé après la naissance de mon premier enfant, car mon mari se plaignait de la cherté de de la vie et des demandes qui ne finissaient jamais”, se souvient-elle.

“J’ai souvent pensé à le quitter, mais ma famille me poussait à supporter cette situation pour le bien-être de mon fils”. Malheureusement, déplore-t-elle, la même situation a duré tout au long d’une décennie.

Actuellement, mère de deux fillettes et d’un garçon, Aicha vit toujours le même calvaire qui a pris d’autres dimensions durant la période de confinement, puisque son mari a quitté son job et passe plus de temps à la maison à lui chercher la petite bête.

Faute de travail et de moyens pour subvenir aux besoins de sa famille, le mari ne cesse de s’en prendre à son épouse et à ses enfants. Après leur dernière dispute qui a laissé de grandes séquelles psychiques et physiques, Aicha a décidé de prendre son destin en main, se révolter pour échapper à ce calvaire et demander le divorce. Elle vit actuellement avec sa mère et a décidé de chercher un travail pour nourrir ses enfants.

Il convient de rappeler que les résultats préliminaires de la 2ème enquête nationale sur la prévalence de la violence à l’égard des femmes au Maroc, menée dans les 12 régions du Royaume du 02 janvier au 10 mars 2019, fait état d’un taux de 54,4% au niveau national, révélant qu’en milieu urbain, ce taux s’élève à 55,8%, contre 51,6% en milieu rural.

Pour les formes de violence, la violence psychologique vient en tête avec 49,1%, devant les violences économique, physique et sexuelle qui sont, respectivement, de l’ordre de 16,7%, 15,9% et 14,3%.

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