A l’heure où la pandémie est sur toutes les lèvres, chaînes TV, ondes de radios et pages de réseaux sociaux, il est difficile de ne pas suivre l’actualité marquée entre autres par les chiffres inquiétants de la pandémie. Sauf pour ceux, entre autres, qui ont la chance de pénétrer dans la “bulle d’évasion littéraire”, fuyant une réalité angoissante et laissant les récits emporter leur imaginaire vers d’autres lieux fantastiques.

Qu’il soit historique, réaliste, d’aventure, d’amour ou policier, le roman emporte ses lecteurs vers d’autres horizons, loin du quotidien oppressant des statistiques faisant état du nombre de cas, des débats houleux sur l’efficacité de tel ou tel traitement ou des théories complotistes de certains.

A peine le livre ouvert et le prologue entamé que le lecteur est dores et déjà emporté par une vague d’imagination et de dépaysement.

Lorsque l’intrigue se déroule dans un environnement méconnu, cela favorise l’imagination du bouquineur, mais quand il s’agit d’un contexte familier, il est plus facile de s’y identifier et de partager les sentiments de compassion, de joie, de tristesse, de colère ou d’indignation avec les personnages fictifs ou réels.

L’interprétation du livre reste propre à chacun, et pour certaines personnes c’est une “source” d’évasion, tandis que pour d’autres il s’agit d’une nouvelle réalité. Quoi qu’il en soit, l’histoire, la nouvelle, le récit, le roman ou l’autobiographie sont des moyens d’échapper à la réalité et de distraire le quotidien le temps de quelques heures.

De même, s’il est actuellement difficile de voyager en cette période de crise, nulle inquiétude! Le lecteur pourra, au fil des pages et sans même bouger de son fauteuil, parcourir le monde et découvrir de nouveaux horizons. Ainsi, il ira à Tanger auprès de Tahar Ben jelloun, Meknès avec Leila Slimani, Paris en compagnie d’Emile Zola, Naples avec la mystérieuse Elena Ferrante ou encore parcourir la “Terre du Milieu” grâce à l’incontournable J. R. R. Tolkien.

Voyager dans le temps est également possible. Car quoi de mieux qu’un livre historique pour la découverte d’un passé oublié, de traditions enterrées et de faits égarés en compagnie, à titre d’exemple, de Fatima Mernissi, Fouad Laroui, Ken Folett ou encore Robert Merle?.

“Pendant la période de confinement et aujourd’hui encore, j’ai trouvé en la lecture un moyen d’évasion”, a déclaré à la MAP Souad, une enseignante quinquagénaire et fidèle lectrice.

“Il s’agit pour moi du meilleur moyen de m’évader, ne serait-ce que pour quelques heures, de l’angoisse perpétuelle de la Covid-19”, a-t-elle estimé, ajoutant : “sentir les feuilles de papier entre mes doigts et tourner les pages au fur et à mesure du récit provoquent en moi un sentiment de zénitude et un apaisement que je ne saurais décrire”.

Lorsque Souad plonge dans son roman, elle en oublie l’atmosphère pesante où se mêlent peur de la contamination et nouvelles contraintes quotidiennes. Dans sa Pile à Lire (PAL), on trouve des romans fantastiques, classiques, romantiques et d’histoire. A peine son choix fait, Souad est transportée dans un océan d’images et de rêveries.

“Le confinement a été pour moi l’occasion de sortir de ma zone de confort en termes de littérature. Car si j’ai toujours adoré les courants littéraires du XIXème siècle tels le romantisme, le réalisme ou le naturalisme, j’ai souvent eu du mal avec le surréalisme”, a déclaré la lectrice. Cette période de “vide” a été pour elle une occasion sans pareil de découvrir des essais de Breton, Aragon ou Peret.

Nadia, banquière à la retraite, a quant à elle trouvé en cette conjoncture exceptionnelle une occasion de redécouvrir le livre qui a ouvert la voie à Albert Camus pour recevoir le prix Nobel de littérature : “La peste”.

Ce “chef d’œuvre” tel qu’elle le qualifie lui a permis de voir la situation actuelle d’un autre angle. “La peste de Camus raconte sous forme de chronique la vie des habitants pendant une épidémie de peste qui les a coupés du monde extérieur”, a-t-elle raconté, indiquant qu’il s’agit d’une situation “semblable à la nôtre”, avec pour seule différence, que le monde entier est touché et non uniquement Oran.

Elle rappelle cette citation de Camus: “Beaucoup, cependant, espéraient toujours que l’épidémie allait s’arrêter et qu’ils seraient épargnés avec leur famille. En conséquence, ils ne se sentaient encore obligés à rien”. Une telle citation garde tout son sens à l’heure actuelle et tout un chacun est bel et bien concerné par cette épidémie meurtrière, a-t-elle soutenu.

Par ailleurs, au plus fort de l’épidémie de nombreux auteurs et intellectuels marocains ont publié un ouvrage collectif intitulé “Ce que nous vivons, réflexions autour de la pandémie du Covid-19” aux éditions La croisée des Chemins.

Cet ouvrage regroupe plus d’une trentaine de réflexions, sous formes d’articles, de nouvelles et de dessins axés sur la Covid-19. Certaines portent sur ce qui a été vécu par les populations du Maroc et du monde, d’autres sur l’avenir incertain post-pandémie.

Si la lecture libère les mordus de littérature, l’écriture et l’expression littéraire libèrent ces intellectuels, qui à travers les pages de l’ouvrage décrivent une réalité sanitaire inquiétante et un futur plein d’incertitude.

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