Entre le dilemme de défaillance ou de restructuration dans un contexte marqué par la persistance de la crise, les petites et moyennes entreprises (PME), fleurons de l’économie marocaine, optent pour la fusion, considérée comme une porte de sortie qui s’adresse à la plupart de ces entités pâtissant de difficultés liées à la pandémie.

En mettant à genoux un grand nombre de ces champions nationaux, la crise du covid-19 pourrait favoriser un vaste mouvement de concentration des entreprises sous-capitalisées. Un mouvement éventuel pour ce tissu productif en déliquescence.

Avec des défaillances qui devraient progresser d’environ 15% à fin 2020, voire même de 25%, sur le 1er trimestre 2021, ces PME, représentant plus de 86% du tissu économique marocain, traversent une période sans précédent due à l’ambiguïté quant aux incidences qui en découleraient, selon une étude menée récemment par Inforisk autour des impacts du Covid19 sur les entreprises.

La même étude fait observer que les mesures prises au Royaume durant la période de confinement, ainsi que les montants importants investis par l’Etat (Fonds Covid19), ont maintenu sous perfusion un certain nombre d’entreprises jusqu’à fin juin. Cela explique également le faible niveau des défaillances d’entreprises enregistré à aujourd’hui. Néanmoins, le report des échéances bancaires a pris fin en septembre, ce qui se traduirait forcément par l’accroissement du risque d’insolvabilité d’un grand nombre de ces entreprises.

Dans ce contexte, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a proposé, dans le cadre du projet de loi de finances 2021, des mesures censées faciliter et encourager les opérations de restructuration des entreprises, à savoir la réduction des droits d’enregistrement des fusions, scissions, apports partiels d’actifs à 0,5% au lieu des 1% actuels.

“Les propositions du patronat émanent certes de la volonté de trouver des solutions de sortie de crise et d’accompagnement aux entreprises en difficultés, mais dans une situation inédite, la lenteur des mises en application ont pour conséquence les risques de disparition des entreprises et donc d’augmentation de licenciement, de chômage et de mise en situation précaire des individus et de leurs familles”, a souligné Karim Benomar, consultant senior chez Actoria Maroc, spécialiste des opérations de fusion, acquisition et levées de fonds pour les PME.

Contacté par la MAP, pour mieux expliquer la situation de ces entités de production ou de prestation de services, M. Benomar a relevé que l’ouverture de capital ou une opération de fusion peuvent être les meilleurs moyens de survie et de relance de l’activité. La nécessité est de se faire accompagner en cette période de crise.

Les choix pour les dirigeants en difficultés ne sont pas très vastes, car les moyens de trouver de la ressource sont limités, a-t-il dit, soulevant qu’outre les crédits bancaires, les options restent de trouver des synergies complémentaires avec d’autres maillons de la chaîne qui permettraient des économies stratégiques.

D’après lui, “beaucoup de patrons ont passé les premiers mois de la crise à se battre pour assurer la survie de leurs entreprises. Depuis septembre, les affaires commencent à bouger, les dirigeants savent qu’il faut trouver une solution face aux difficultés qu’ils endurent”.

Il s’agit de trouver les moyens pour se réorienter vers une autre activité, et dans ce cas-là, cette décision qui se traduit par une cession de son entreprise, ou alors de chercher les capitaux pour renflouer l’entreprise pour qu’elle puisse redémarrer

Cependant, la notion de temps est un élément primordial à prendre en considération, car le processus de bout en bout peut être bien fastidieux avec les aspects fiscaux, comptables et juridiques qui rentrent en ligne de compte, a expliqué M. Benomar.

“Le concret c’est mettre entre les mains des dirigeants les moyens financiers pour maintenir au moins à flots leurs entreprises et pour payer des salaires, quitte à ce que les salaires soient réduits pendant ce temps de crise sanitaire, mais au moins maintenir le minimum vitale et essayer de suspendre toutes les obligations financières des entreprises et des ménages”, a-t-il conclut.

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