Réputée pour son pouvoir disruptif, la blockchain, qui ne cesse de s’emparer de la sphère financière à travers le monde, s’insinue encore doucement dans plusieurs autres secteurs de tous horizons. Pour bon nombre de spécialistes, cette technologie révolutionnaire de transfert et de transaction est, par définition, un gage de confiance et de transparence.

Si son concept est souvent associé au bitcoin, dont la première apparition remonte à 2009, la blockchain trouve, de nos jours, place dans un large éventail de secteurs et activités de l’économie mondiale, qui vont des fois au delà de l’imagination, allant de la finance et assurances jusqu’aux jeux en ligne, passant par le luxe et les procédés d’emballage. D’ici 2025, 10% du PIB international serait géré par des plateformes blockchain, prédit le Forum économique mondial (WEF).

Le Maroc y voit, entre autres, un palier pour réussir le pari de l’inclusion financière et une opportunité de promotion de l’innovation et la fintech. Mais que promet encore cette technologie qui a poussé l’écosystème financier mondial à innover et s’adapter, mais aussi et surtout à renforcer encore sa résilience ?

Force est de constater que sur les 170 Fintech recensés en Afrique, environ 15%, c’est-à-dire 25 sociétés se trouvent au Maroc et en Tunisie, selon le dernier rapport sur la stabilité financière de Bank Al-Maghrib.

De même, le Maroc figure parmi les pays qui constituent un “écosystème Fintech Emergent”, autrement dit, un pays “où les autorités publiques et financières affichent un soutien renforcé à l’utilisation des technologies financières”, à en croire le même rapport.

Pour Badr Bellaj, expert en blockchain, le Maroc semble “bien préparé” pour la blockchain, faisant référence à plusieurs acteurs privés et publics qui, conscients de son importance, ont pu accumuler ces dernières années une expérience dans l’usage et l’implémentation de cette technologie via “des expérimentations internes”.

“Je pense que le climat au Maroc est favorable pour la blockchain, comme le reflète la réalisation de plusieurs projets à base de cette technologie … Une donnée qui peut aider à accélérer l’instauration d’une Blockchain nationale”, déclare-t-il à la MAP.

De l’avis de M. Bellaj, auteur du livre “Blockchain By Example”, paru en 2018, la blockchain “peut servir à résoudre, à différents niveaux, les problèmes de plusieurs secteurs de notre économie”. Une telle technologie pourrait, à titre d’exemple, fournir une solution efficace pour lutter contre la fraude ou pour simplifier les processus existants dans le secteur financier, dont le KYC/AML (connaissance du client/procédé anti-blanchiment d’argent), les lettres de crédit, la gestion des titres,…

Elle pourrait même servir la mise en place d’une monnaie nationale CBDC (Central Bank Digital Currency) ou monnaie numérique de la banque centrale qui “ne peut que bénéficier à notre économie”, ajoute-t-il. Selon la BRI, les monnaies numériques de banque centrale “pourraient servir de nouveau moyen de paiement sûr, digne de confiance et largement accessible”, argue-t-il.

Mieux encore, la blockchain pourrait améliorer l’image du “Made in Morocco” à l’échelle mondiale et fournir un avantage concurrentiel. Comment ? Dans le secteur de l’export et la chaîne logistique, la blockchain, explique M. Bellaj est un moyen très efficace en termes de traçabilité, d’amélioration du contrôle de la qualité, et de garanties contre la contrefaçon.

Toutefois, selon notre interlocuteur, l’instauration d’une blockchain nationale exige avant tout, la mise en place d’un cadre légal qui encadre les transactions via cette technologie. Sans un tel cadre, la blockchain “perdra sa force comme une technologie autonome et décentralisée”, insiste M. Bellaj, qui est également Chief Technical Officer (CTO) d’une entreprise spécialisée dans la Blockchain.

Quoique le concept de la Blockchain reste difficile à appréhender, M. Bellaj le résume en un dispositif de pointe qui peut aider à “court-circuiter les intermédiaires, garantir la transparence et éviter les fraudes”.

En termes plus précis, la blockchain est une technologie d’échanges de données, décentralisée, qui permet “de digitaliser la confiance et assurer les échanges directs entre contreparties sans faire appel à des intermédiaires ou des parties centrales, mais plutôt elle fait appel à la décision collective basée sur l’historique partagé”, explique notre interlocuteur.

Pour mieux illustrer, M. Bellaj cite l’exemple le plus connu actuellement, celui des crypto-monnaies où “un utilisateur peut envoyer de l’argent partout dans le monde sans passer par une banque ou intermédiaires, mais directement à travers un réseau interdépendant et infalsifiable ce qui réduit les délais et les coûts”.

S’agissant pertinemment des aspects inhérents à la régulation des crypto-actifs, Bank Al-Maghrib a organisé dans ce sens plusieurs réunions du groupe de travail inter-autorités sur les crypto-actifs composé notamment de l’Autorité marocaine du marché des capitaux, l’Office des Changes et l’Agence du développement du digital.

Disruptive et difficilement comprise, la blockchain recèle incontestablement un énorme potentiel. Néanmoins, son implémentation requiert la mise en place d’un cadre adéquat et encadré pour le développement des technologies émergentes qui tiennent compte de la préservation de la stabilité financière mondiale et la protection optimale du consommateur et de l’entreprise.

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