Deux mois après son émergence à Bologne, dans le nord de l’Italie, le mouvement des “Sardines” continue de mobiliser ses militants avec en ligne de mire un seul objectif: Contrer “le discours de haine” porté par la Ligue et stopper son offensive sur l’Emilie-Romagne, dont les élections auront lieu le 26 janvier prochain.

Ces échéances régionales constituent incontestablement un test crucial quant à la capacité des Sardines à déjouer les plans du chef de la Ligue Matteo Salvini qui espère renforcer sa mainmise sur la région, considérée comme un traditionnel bastion de la gauche italienne depuis cinquante ans et véritable creuset industriel de la « troisième Italie » du Nord-Est.

En seulement presque deux mois, ce mouvement pacifique est parvenu à mobiliser des milliers de manifestants dans plusieurs villes italiennes, dont la capitale Rome où il avait réuni plus de 100.000 sympathisants, ce qui en fait, de l’avis de certains hommes politiques, “la plus grande menace” pour le parti de Salvini, aujourd’hui devenu la principale figure de l’opposition, et qui rêve d’un retour au pouvoir.

Cette mobilisation dans les rues à Bologne, explique le mouvement, est animée par “l’inquiétude quant à la résignation des Italiens face au discours de la haine et des idées trompeuses ainsi que leur indifférence vis-à-vis de l’issue des élections régionales”.

Pour Mattia Santori (23 ans), figure emblématique du mouvement, “on revient de décennies d’obscurantisme, de peur et de colère et on veut arriver en 2020 dans une décennie de lumière, de joie, d’envie d’être ensemble. On veut reconstruire la solidarité et un tissu social un peu plus fort”, une déclaration qui a convaincu le chef du gouvernement Giuseppe Conte d’apporter son soutien aux Sardines.

Le Mouvement a vu le jour sur Facebook à l’initiative de quatre Italiens qui avaient appelé à une manifestation à Bologne pour dénoncer les discours de haine et de division incarné par le dirigeant de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini. A leur grande surprise, environ 15.000 personnes ont répondu présents à l’appel à la manifestation. Depuis lors, le mouvement n’a cessé de prendre de l’ampleur.

Portant fièrement son emblème, les sardines, ces petits poissons qui prennent une dimension importante en se déplaçant groupés, le mouvement se tiendra « serré comme dans une boîte », pour symboliser sa cohésion face à l’extrême droite lors des prochaines élections régionales, mais « pas de drapeau, pas de parti, pas d’insulte”.

Ces élections régionales à Emilie-Romagne, bastion historique de la gauche italienne, suscitent en effet moult inquiétudes dans les milieux politiques qui craignent, en cas de victoire de Salvini, un éclatement de l’actuel gouvernement.

Face au tour de force des Sardines, le patron de la Ligue, lui, joue l’indifférence en cherchant à minimiser l’ampleur de la mobilisation autour de ce mouvement, qualifiant ses protagonistes de marionnettes entre les mains du parti démocrate italien, bien que le Mouvement se défende d’être lié à un parti politique.

L’ancien ministre Salvini refuse le bras de fer, préférant le pragmatique. « Pendant qu’il y ait de gros et de petits poissons qui crient au racisme et au fascisme […], nous, on s’occupe des taxes, de la croissance, de l’emploi, du futur, et nous faisons des propositions », dit-t-il.

Le mouvement des Sardines a été lancé par Mattia Santori, 32 ans, diplômé en sciences politiques, qui s’est imposé comme le porte-parole du groupe. A ses côtés, Giulia Trappolini, bientôt 30 ans, est physiothérapeute et professeure de danse. Roberto Morotti, 31 ans, est ingénieur. Il s’occupe de traitement des déchets plastiques. Quant au quatrième, Andrea Gareffa, 32 ans, diplômé en sciences de la communication, il est guide touristique.

Avant son grand rassemblement prévu ce dimanche 19 janvier, le mouvement avait tenu de grandes manifestations à Bologne (15.000 personnes), à Florence (40.000) et à Rome en décembre.

Sur la page “L’archipel des sardines”, créée sur Facebook, le mouvement explique qu’il entend rassembler les personnes qui se reconnaissent dans les valeurs de l’antifascisme. Ses manifestations se veulent sans drapeaux et sans partis et elles souhaitent tenir à distance les représentants politiques traditionnels. Il ambitionne également de réconcilier les Italiens avec la politique, notamment dans les petites localités pour contrer la montée de l’extrême-droite.

Malgré le succès des premiers mois des Sardines et de l’intérêt porté par les Italiens à ce mouvement, son influence sur la scène politique demeure tributaire de sa capacité à s’adapter aux exigences de la vie politique italienne, dont Salvini reste un acteur de poids.

Selon les sondages en vue du scrutin de 26 janvier, la coalition de droite menée par la Ligue se renforce dans le nord du pays après avoir remporté une victoire historique lors des récentes élections en Ombrie (centre), où la gauche avait gouverné pendant un demi-siècle.

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