Le Président de la République Issoufou Mahamadou a participé, le mardi 19 mai 2020, à une Table Ronde virtuelle de Haut Niveau sur la résilience africaine et l’après Covid-19 pour une nouvelle gouvernance mondiale. A l’occasion, il a déclaré que la crise du Covid-19 doit amener à réfléchir sur la mise en œuvre d’un nouveau paradigme dans cette gouvernance.

En effet, répondant aux questions du modérateur, le Président nigérien, également Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres de la CEDEAO,  a abordé plusieurs questions relatives notamment à la pandémie, à la sécurité, à la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAf), à la jeunesse, aux changements qui s’amorcent dans le monde, etc.

Relativement à l’impact de la pandémie sur la situation sécuritaire qui demeure toujours préoccupante sur le continent, le Président Issoufou a d’abord voulu rappeler que “faire taire les armes en Afrique en 2020” est un des objectifs du premier plan décennal de l’agenda 2063 de l’Union Africaine, avant de faire remarquer que la crise sanitaire du Covid-19 a de graves conséquences socio-économiques sur le continent dont la récession, le chômage, l’accentuation de la pauvreté, mais aussi et surtout sur la sécurité.

Toutefois, a-t-il fait constater, elle n’a pas eu, dans l’immédiat, de conséquences sur le développement des opérations militaires en cours et qui sont menées par la force conjointe du G5 Sahel, la force Barkhane, les armées nationales, la FFM dans le Sahel, notamment dans la zone des 3 frontières et dans le bassin du Lac Tchad. Bien plus, ces opérations permettent même de prendre l’ascendant sur les terroristes.

Sur une éventuelle difficulté de la mise en œuvre de la Zone de Libre-échange Continentale Africaine (ZLECAf), dont l’Accord a été signé en juillet dernier à Niamey et qui fait d’elle la plus importante au monde, le Président Issoufou, après avoir noté que ce projet a connu une avancée significative avec la signature de l’Accord en Mai 2018 à Kigali, sa ratification en moins d’un an par le nombre minimum d’Etats requis pour son entrée en vigueur et son lancement officiel en juillet 2019 à Niamey, a reconnu que la crise du COVID-19 a eu pour effet le report de ses échéances prévues pour l’année 2020, notamment la finalisation de certains protocoles annexes, la tenue d’un sommet extraordinaire en mai et le démarrage des transactions prévu en juillet. 

« La crise du COVID est cependant un argument supplémentaire pour accélérer la mise en œuvre de la ZLECAf et de tous les projets et programmes sectoriels notamment ceux relatifs à l’industrie, à l’agriculture et aux infrastructures », a estimé le Chef de l’Etat nigérien et Champion de la ZLECAf.

Selon lui, en effet, « les experts estiment que si la crise persiste jusqu’au deuxième semestre 2020, beaucoup de pays Africains seront en récession. Le taux de contraction de l’économie Africaine oscillerait entre 2 et 5%. Plusieurs millions d’Africains passeraient sous le seuil de pauvreté extrême de 1,90 dollar par jour. Les effets du coronavirus pourraient constituer un recul de dix ans dans la lutte contre la pauvreté, et voire 30 ans dans certaines régions du continent ».

Relativement à la jeunesse, à l’emploi et à l’entreprenariat des jeunes, le Président nigérien a déclaré que le continent africain se caractérise par sa structure démographique avec une population particulièrement jeune. « Cette jeunesse de la population est à la fois un atout et un défi majeur », a-t-il indiqué, insistant sur le fait que cette jeunesse sera un atout « que lorsque nous serons capables de transformer cet actif démographique en dividende économique ». Cela, en créant les conditions de la transition démographique, qui nécessitera des actions fortes contre la déscolarisation des jeunes filles, les mariages précoces et les mariages forcés, mais aussi des actions fortes en faveur de l’accès des femmes aux emplois et à la propriété.

Sur la nouvelle ère qui s’amorce avec un nouveau paradigme et les grands changements qui s’opèrent dans le monde, le Président Issoufou Mahamadou a expliqué qu’avec la mondialisation-globalisation, qui a aboli les distances, « toutes les conditions sont réunies pour que se manifeste l’effet papillon, c’est-à-dire des petites causes qui produisent de graves conséquences, comme le prouve la crise sanitaire actuelle ». 

Selon lui, « le COVID-19 nous rappelle notre communauté de destin », laquelle « doit amener à réfléchir sur la conception et la mise en œuvre d’un nouveau paradigme ». Ce dernier, a-t-il spécifié, « suppose une gouvernance politique et économique mondiale plus démocratique ; l’accélération de l’intégration politique et économique du continent africain; des institutions démocratiques fortes capables de promouvoir une bonne gouvernance politique et économique dans les différents Etats du continent ».

Ces grandes questions doivent alimenter le débat au niveau continental et mondial, a suggéré le Chef de l’Etat nigérien pour qui, « ce débat ne doit plus être éludé », tout comme la question de la réforme des institutions des Nations Unies, notamment celle du Conseil de Sécurité.

« On ne peut plus éluder le débat sur les inégalités et la nécessité d’une nouvelle dynamique sur la répartition des richesses à l’échelle mondiale et à l’échelle de chaque pays », a ajouté le Président Issoufou, défendant ainsi la thèse selon laquelle les inégalités s’accentuent pendant les phases de l’industrialisation et diminuent spontanément aux phases avancées du développement.

Sur cette question, il a insisté sur le fait qu’il faut nécessairement que des forces s’organisent pour lutter contre les inégalités, pour concevoir et mettre en œuvre le paradigme post-COVID19, un nouveau paradigme qui doit être centré non seulement sur la lutte contre les inégalités mais aussi sur le défi climatique.   

Le nouveau paradigme doit également permettre à l’Afrique de mobiliser les ressources financières nécessaires pour sortir ses populations de la pauvreté, a-t-il préconisé.

Enfin et en abordant la question relative à la gestion de la crise sanitaire actuelle, le Président Issoufou a fait remarquer qu’à la date du 18 Mai 2020, le continent Africain enregistrait 0,42% des décès liés au COVID19 dans le monde, alors que sa population représente, en 2020, dix-sept (17,4%) de la population mondiale. C’est la preuve, a-t-il démontré, que l’Afrique est résiliente dans cette crise, grâce notamment à la coordination des efforts dans la lutte contre le COVID-19.

Et pour mieux combattre la pandémie, des différentes visioconférences des Chefs d’Etat et de Gouvernement du contient à tous les niveaux, il est recommandé l’institution d’un Fonds de solidarité de l’Union Africaine en matière de santé ; le renforcement de la coopération entre l’organe continental en charge des épidémies, le CDC et les organes régionaux chargés de la gestion des questions sanitaires ; et enfin le renforcement de la coopération entre les Etats membres en matière de recherche, de formation et d’échanges d’expériences dans le domaine sanitaire de manière générale, et particulièrement pour la lutte contre le COVID-19.

Cette table ronde par visioconférence, note-t-on, a été organisée par le New York Forum Institute (NYF Institute) et a vu la participation, en plus du Président Issoufou, de ses homologues du Kenya Uhuru Kenyatta, de Côte d’Ivoire Alassane Ouattara, du Sénégal Macky Sall et de la Sierra Leone Julius Maada Bio.

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