Il fut un temps où il était impossible de sillonner les rues de nos villes sans tomber sur un cybercafé. Très fréquentés au début des années 2000, ils sont devenus rares depuis près de 10 ans.

Fruit du progrès technologique et de l’avènement de l’Internet, ces espaces, jadis branchés, ont ensuite payé les frais de ce même progrès, qui a entraîné une démocratisation de l’Internet et surtout des smartphones. Les cybers qui relevaient presque de la science fiction vers la fin du dernier millénaire, commençaient à être boudés par leurs adeptes un peu avant 2010 avec la baisse des tarifs de raccordement aux services internet.

Le coup de grâce a, ensuite, été porté avec la déferlante des smartphones, équipés de tout ce qu’il faut pour rester connectés 24H.

La grande époque

En 2001, l’ANRT (Agence nationale de réglementation des télécommunications) avait enregistré plus de 2000 déclarations pour la création de cybercafés. Un chiffre considérable quand on sait qu’actuellement à peine une centaine de cybers sont déclarés.

Nostalgique, Khalid, informaticien de 36 ans se souvient qu’il se rendait au cyber du coin avec les amis après les cours et durant les heures creuses. “On découvrait à peine Internet, donc on apprenait ce qu’est la boîte e-mail, le chat, et les navigateurs internet”.

“Mon activité préférée était de trouver des paroles de chansons grâce aux moteurs de recherche de l’époque pour ensuite les stocker dans des disquettes”, a-t-il confié à la MAP, estimant que les cybers étaient des lieux d’initiation à l’informatique. “Je pense que ça a dû influencer bon nombre de jeunes de l’époque dans le choix de leur formation post-bac.

De son côté, Adil, qui avait ouvert un cyber en 2006 dans un quartier populaire de Kénitra, raconte qu’il faisait des recettes de 800 DH par jour durant “la belle époque”, faisant savoir que son business accueillait des élèves à la recherche de cours et de savoir, mais aussi des personnes qui venaient juste pour se divertir.

Les cybers étaient ouverts 24H/24H et les clients mettaient leurs noms sur des listes en attendant qu’un ordinateur se libère. Une fois connecté, le client pouvait passer jusqu’à 12 heures consécutives devant l’écran.

La décadence de son commerce a véritablement commencé avec la démocratisation des smartphones, a-t-il estimé, notant qu’à partir de 2010, “personne ne se faisait plus d’illusion sur la disparition de ce business”.

La fin d’une ère

Dans le monde des technologies, tout se passe à la vitesse grand V et les cybers n’ont pu échapper à cette règle.

Dès 2002, l’ANRT commençait à mettre le doigt sur certaines lacunes auxquelles se heurtaient déjà les gérants de ces espaces. “La concurrence acharnée entre les cybercafés les a poussé à baisser les prix de connexion à Internet à des niveaux qui ne laissent que très peu de marge bénéficiaire”, lit-on dans un précédent rapport annuel de l’Agence, qui souligne par la même que la plupart des propriétaires des cybercafés n’avait pas une connaissance préalable du domaine de l’Internet.

Dans ce sens, Reda Moufatih, Ingénieur en sciences informatiques explique que les cybers étaient devenus de moins en moins attractifs pour les investisseurs à cause de l’intensification de la concurrence et de la multiplication des offres d’abonnements à Internet.

D’autre part, l’entrée en force des smartphones et des forfaits d’internet mobile garantissait une disponibilité permanente et une panoplie d’applications mobile qu’on ne trouve pas dans les ordinateurs, a-t-il ajouté, notant que de nombreux clients ont déserté les cybers par souci de confidentialité et par crainte d’actes de cybercriminalité tels que les risques d’espionnage.

Une nouvelle vie

Les quelques cybers qui subsistent encore ci et là ont dû inventer des techniques de survie. Les services et prestations qui étaient auxiliaires auparavant, se sont imposées aujourd’hui comme des activités principales, à savoir les services d’impression et de fax, la vente de consommable informatique ou alors la réparation de matériel informatique.

Dans l’un des rares cyber du quartier de Hassan à Rabat, sur les 8 ordinateurs présents, seuls deux étaient occupés au moment de notre visite. Chacun des deux ordinateurs était occupé par deux élèves du lycée d’à côté.

Le gérant du cyber nous a confié qu’internet ne représente plus l’essentiel de l’activité du cyber. “La plupart de nos clients sont des élèves ou des fonctionnaires qui viennent imprimer des documents ou acheter des accessoires informatiques”.

“Il y a aussi des clients assez âgés qui viennent solliciter notre assistance pour réserver des billets d’avion ou des rendez-vous auprès des consulats, ou encore pour s’inscrire dans des sites institutionnels”, a-t-il souligné.

La montée en puissance ces derniers temps du télétravail et la diffusion de la culture du Freelance et des espaces de coworking peuvent présenter une opportunité de renaissance pour les cybers. Ces derniers disposant déjà d’un espace adéquat et des raccordements nécessaires, sont en mesure de se convertir en des espaces partagés de cotravail.

D’autre part, les propriétaires des derniers cybercafés peuvent profiter de l’essor du monde des E-sports. Tout l’effort doit porter sur la réadaptation des espaces et la rénovation des équipements pour reconquérir une nouvelle clientèle en quête de savoir et de plaisir.

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