En crise depuis de nombreuses décennies, le système national de la santé publique du Royaume-Uni (NHS) est au cœur de la campagne électorale des élections législatives prévues le 12 décembre.

Sujet de fierté nationale et composante essentielle de la culture et de la société britannique, le NHS a toujours été un élément clé dans les slogans politiques. Ce système qui fait face à sa pire crise financière des 50 dernières années, selon the Institute of Fiscal Studies, a été considérablement utilisé dans la campagne en faveur du Brexit en 2016.

Aujourd’hui, il revient avec force dans les programmes des partis politiques de droite comme de gauche, qui rivalisent en pleine campagne électorale sur leur capacité de redresser cet héritage national en plein effondrement, après avoir été soumis à une cure d’austérité, qui a profondément affaibli ses structures.

Les travaillistes, étant les premiers à instaurer les jalons de ce système avec le gouvernement de Clement Attlee en 1948, ont promis dans leur programme électoral de “fournir le service de santé, dont les Britanniques ont tous besoin” grâce à un plan de “sauvetage” présenté mercredi à la Royal Society of Medicine de Londres.

Le parti s’est ainsi engagé à injecter 26 milliards de livre sterling supplémentaires en sus de l’inflation- soit l’équivalent de 30,32 milliards d’euros, en vue de préserver le service de santé publique entre 2023 et 2024, de même qu’il a annoncé une augmentation du nombre de places réservées aux médecins généralistes de 3.500 à 5.000.

Les conservateurs ont quant à eux consacré 20,5 milliards de livre à la réforme du NHS (23,90 milliards d’euros), mais ils ont promis “une décennie de croissance”, avec plus d’investissements dans les écoles et les services publics de santé.

Selon la presse britannique, il s’agit de la plus forte augmentation de dépenses sur le secteur depuis la période 1997-2010 alors que les travaillistes étaient au pouvoir.

De son côté, le parti national écossais (SNP) a promis de se battre “bec et ongles” contre toute ouverture au privé du NHS, dans le cadre de futurs accords commerciaux conclus après le Brexit, notamment avec les Etats-Unis, une option également rejetée par les travaillistes. Pour ce faire, le SNP prévoit de présenter une proposition de loi visant à protéger le NHS de tout “marchandage”, après l’élection.

Alors que les partis politiques rivalisent pour prouver leurs compétences auprès du NHS, les chiffres officiels des services de santé montrent que celui-ci peine à rester à flot.

En effet, pour la première fois depuis 1960, le total des médecins généralistes, dits “General Practitioners” (GP) est bien en dessous des besoins de la population, avec cent mille postes vacants, tandis que la liste d’attente pour les interventions chirurgicales ont atteint des chiffres records depuis une décennie.

Aussi, les responsables du NHS ont révélé que le déficit du système s’était accumulé au cours des dernières années à 4,3 milliards de livres sterling, alors que la performance des services d’urgence est en deçà des standards constituant la base du NHS.

Selon le quotidien The Guardian, les temps d’attente dans les services d’accidents et d’urgences connus sous le sigle “A & E” sont les plus bas jamais enregistrés, car le NHS est soumis à une pression intense en cette période hivernale.


En effet, moins des trois quarts (74,5%) des personnes ayant demandé des soins dans une unité A & E en Angleterre en octobre ont été soignées puis renvoyées, admises ou transférées, après une attente de quatre heures en moyenne, ce qui reste bien en dessous des standards du NHS.

“En tant que médecin travaillant pour le NHS, j’espère qu’il n’y aura pas d’effondrement”, révèle à la MAP, Dr Edvard Volcek, spécialiste en médecine interne à Queen Alexanda Hospital dans la ville de Portsmouth, au sud de l’Angleterre.

“Évidemment, étant à l’intérieur du système, je vois constamment des défaillances affectant directement notre travail. Chaque professionnel de la santé est amené dans le cadre de ses fonctions à mettre en oeuvre des projets d’amélioration de la qualité de service, mais il semble que même les efforts combinés ne suffisent pas”, a estimé le spécialiste qui est également fondateur de Red Drop, une organisation réunissant un groupe de médecins britanniques visant à développer une nouvelle approche des soins de santé.

“La demande de service augmente et nous nous sentons souvent sous pression et à bout de forces”, a-t-il poursuivi, ajoutant que les causes de cet effondrement “sont mixtes et fluctuantes”.

“C’est comme un cercle vicieux. Le NHS est une machine gigantesque et elle est définitivement difficile à gérer”, a-t-il dit, notant que la période hivernale connaît une forte demande sur les services sanitaires, ce qui “entraîne souvent des retards dans les services réguliers”.

Au regard des chiffres, le NHS demeure le cinquième employeur au monde, selon le spécialiste, mais malgré les budgets injectés, “le NHS occupe toujours une position inférieure parmi les pays de l’OCDE en raison des dépenses ou du nombre de médecins par habitant”. “Cela a un impact direct sur la charge de travail et notre équilibre travail-vie personnelle”, a-t-il poursuivi.

Il y’a donc toujours besoin de renforcer le système notamment en terme de financement, de personnel au même titre que les autres instances qui en relèvent, tels que les services d’assistance sociale, a précisé le médecin.

Interrogé ensuite sur l’impact du Brexit sur le NHS, M. Volcek relève qu’en tant que ressortissant européen exerçant et résidant au Royaume-Uni, il “travaille et continuera à travailler pour le NHS”.

Il a toutefois fait état d’une diminution du nombre de professionnels de la santé provenant de l’UE au sein du NHS, mais cette régression est due à une “planification de vie à long terme” de la part des professionnel, lorsque le pays ne parvient pas à fournir des garanties et des assurances”.

Ce n’est pas la première fois que le NHS soit au cœur d’une campagne électorale. Ce système de santé publique basé sur la gratuité, fournit l’essentiel des soins depuis la médecine générale aux services d’urgence, passant par les soins de longue durée et les soins dentaires. Il a été présent dans le champ politique depuis les années 1930 et sa défense fait toujours partie des priorités électorales.

Il a été notamment considéré comme l’une des principales questions d’intérêt public au cœur de la bataille électorale des élections générales de 2015. Cela n’est pas uniquement dû à un engagement envers le NHS, mais également à la reconnaissance des pressions sur le service qui ont été largement relayées par la presse britannique. Le financement, la privatisation des services de santé, la qualité des services et les problèmes de gouvernance ont été les principaux sujets de débat dans la période qui a précédé les élections.

Le NHS a aussi fait l’objet de beaucoup de débats et de controverses lors de la campagne du référendum sur le Brexit. Il a été l’argument principal de la campagne Vote Leave (« votez quitter » l’Union européenne), qui prétendait que le Royaume-Uni envoie chaque semaine 350 millions de livres (450 millions d’euros) à Bruxelles, “une somme qui, en cas de Brexit, pourrait revenir au système de santé publique”, selon les Brexiters.

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