Les musulmans de France se préparent à vivre, sereinement, dans le confinement un ramadan très particulier, imposé par le contexte actuel lié à une pandémie mondiale aussi abrupte qu’inattendue.

Le mois sacré du jeûne tombe cette année en plein confinement. Résignés, les musulmans en France, dont le chiffre est estimé entre cinq et neuf millions de personnes, vont le célébrer avec foi et espoir d’un lendemain meilleur, alors que le bout du tunnel commence à poindre avec une levée progressive du confinement à partir du 11 mai.

Mois de spiritualité, le ramadan est l’occasion pour les musulmans de se rapprocher de Dieu et de purifier leur âme. Mais les mosquées étant fermées en vertu de mesures décrétées en vue de contenir l’épidémie, les fidèles devront se contenter de leur domicile pour exercer leur foi, pratiquer les tarawihs, et élever leur prière au Tout-puissant pour des jours meilleurs.

Les jeûneurs vont devoir ainsi se plier aux exhortations du Conseil Français du Culte Musulman, principal interlocuteur des pouvoirs publics dans l’Hexagone pour toutes les questions liées à l’islam, qui a appelé à maintenir les mosquées fermées et incité les fidèles à accomplir leurs prières chez-eux, jusqu’à nouvel ordre. Car “c’est la seule attitude responsable et conforme aux principes et aux valeurs de notre religion dans ce contexte d’épidémie”.

Mais pour continuer d’assurer leur mission, certaines mosquées se sont adaptées à la situation usant des moyens technologiques pour entretenir le lien avec les fidèles, comme dans le Val-de-Marne, en banlieue parisienne, où des mosquées ont crée des chaînes Youtube pour diffuser leur prêche et inciter les fidèles au respect des règles du confinement.

En plus de la fermeture des mosquées, les musulmans de France vont devoir aussi vivre ce mois sacré sans rassemblements familiaux.

Communauté très solidaire et très hospitalière, qui tient à préserver des liens chaleureux entre elle, les musulmans de France doivent ainsi sacrifier les retrouvailles autour de la table de rupture du jeûne qui sera bien dégarnie cette année en raison de l’impossibilité de se faire livrer des mets propres au ramadan depuis le pays d’origine. Qu’à cela ne tienne, les plus gourmands d’entre eux pourront toujours se faire livrer les friandises propres à ce mois béni proposées au prix fort par les pâtisseries orientales.

Mais, cette situation tolérée par les familles qui arrivent tant bien que mal à supporter les désagréments du confinement, le sera difficilement par les personnes célibataires ou encore la communauté des étudiants qui s’arrangeaient par le passé à passer le ramadan dans leur pays d’origine au sein de la chaleur familiale. Pour ce ramadan, ils vont devoir faire preuve de courage et de patience pour pouvoir accomplir leur mois jeûne qui sera largement rétribué.

Malgré le confinement, l’esprit du partage de ramadan doit s’exprimer, et nombre d’associations de la diaspora musulmane, déjà à l’œuvre pour venir en aide aux démunis, quelque soit leur confession, fragilisés encore plus par la crise sanitaire, multiplient les actions à l’approche du mois béni, en procédant à la distribution de denrées nécessaires.

Résignés, les musulmans de France attendent impatiemment, en fin de semaine, l’annonce du début du Ramadan. Le CFCM a décidé, en raison de sa très forte charge “symbolique”, que l’annonce du début de Ramadan se fera le 23 avril, « exceptionnellement » et « dans la mesure du possible» en « mode physique » à la mosquée de Paris. Bien sûr, “dans le respect des règles de confinement et des gestes barrières en vigueur”.

Selon le CFCM, la date du 24 avril, prévisible pour le début de Ramadan 1441 par le calcul astronomique, sera très probablement confirmée par l’observation de la nouvelle lune.

En outre, et dans la perspective d’une prolongation de la fermeture des mosquées pendant tout ou une partie du mois de Ramadan, le président du CFCM, le franco-marocain Mohammed Moussaoui a appelé « les responsables musulmans et les imams à user de tous les moyens en leur disposition pour assurer la continuité du relationnel avec les fidèles, notamment les plus fragiles d’enter eux et de faire en sorte que l’esprit du partage de ce mois béni puisse s’exprimer davantage en cette période de confinement ».

Pour les repas de rupture du jeûne, moments forts de partage avec les plus démunis qui ne peuvent plus être organisés dans leurs formats habituels, « le CFCM recommande de se rapprocher des associations caritatives et humanitaires ainsi que toutes les forces vives de notre pays afin d’apporter toute notre contribution à l’effort national en direction des plus démunis », a indiqué M. Moussaoui.

Si les Musulmans de France vont devoir vivre un ramadan « pas comme les autres » dicté par une conjoncture exceptionnelle, ils gardent l’espoir d’un allègement du confinement avant la fête de l’Aïd. Bien que « la vie d’après » ne sera à coups sûrs pas celle de « la vie d’avant » .

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