Après trois ans de blocage politique en Irlande du Nord, l’Assemblée de Stormont siège de nouveau avec un exécutif, évitant ainsi au gouvernement britannique un autre casse tête qui aurait pu entraver sa mise en oeuvre du Brexit, après avoir réussi miraculeusement à convaincre les députés de Westminster à approuver l’accord de retrait âprement négocié avec Bruxelles.

L’Irlande du Nord, quatrième nation du Royaume Uni réputée pour ses châteaux normands, ses vallées et montagnes glaciaires et ses monuments celtiques est restée sans gouvernement depuis la démission en janvier 2017 de Martin McGuinness, leader du parti républicain Sinn-Fein qui prônait la réunification de l’île d’Irlande, à la suite de dissensions sur la gestion d’un programme de subventions aux énergies renouvelables, par la dirigeante du parti unioniste démocrate (DUP) et la première ministre Arlene Foster.

Sa démission avait entraîné l’organisation d’un nouveau scrutin au parlement régional, qui s’est soldé par une victoire serrée des unionistes du DUP, d’un seul siège d’avance sur le Sinn-Fein avec 28 des 90 sièges de l’Assemblée régionale, contre 27 pour le Sinn-Fein.

Depuis ce scrutin, les deux partis tentaient de former un nouveau gouvernement de coalition mais en vain. Les différents rounds de négociations qui ont duré plus que trois années sur fond du Brexit, n’ont pas permis de lever le blocage jusqu’à la résolution de la crise politique à Westminster par la victoire des conservateurs lors des dernières législatives anticipées, convoquées par Boris Johnson afin d’obtenir la majorité nécessaire qui approuverait ses plans sur le Brexit.

Ce scrutin a également permis de changer les rapports de force au sein de la province britannique, qui a élu pour la toute première fois à Westminster plus de députés républicains (9 au total dont 7 pour le Sinn Fein et 2 pour le parti social démocrate travailliste (SDLP)), qui sont en faveur d’une réunification de la province britannique avec la République d’Irlande.

L’évolution du contexte politique a ainsi donné une nouvelle impulsion aux pourparlers, qui ont fini par la proposition du gouvernement britannique d’un accord entre les deux principaux partis nord-irlandais à savoir les unionistes du DUP et les républicains du Sinn Fein.

Le scellé de cet accord entre les deux principaux partis, vendredi, a épargné à Londres un nouveau casse tête qui aurait pu raviver la crise en convoquant des élections locales, alors que le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’Union européenne à la fin de ce mois.

Ce nouvel accord engagerait le DUP et le Sinn Fein à se partager la gouvernance de la province, conformément à l’accord de paix du Vendredi saint de 1998, qui a mis un terme aux “Troubles” entre républicains (majoritairement catholiques) et unionistes (surtout protestants) ayant fait près de 3.500 morts en 30 ans.

La reprise des fonctions du nouveau gouvernement est cruciale pour les prochaines modalités de mise en oeuvre du Brexit, dans la province. En effet, le Premier ministre britannique Boris Johnson qui s’est rendu lundi dans la province pour marquer la fin de trois ans de paralysie politique et l’instauration d’un nouveau gouvernement a salué “un moment historique”.

“C’est un moment historique pour le peuple d’Irlande du Nord”, avait-t-il indiqué dans un communiqué. Durant sa visite, le locataire du 10 Downing Street s’est entretenu avec la nouvelle Première ministre unioniste Arlene Foster (DUP) et la vice-Première ministre républicaine Michelle O’Neill (Sinn Fein), nommées samedi lors de la reprise des travaux de l’Assemblée de Stormont.

Durant ces trois dernières années, l’Irlande du Nord fut aussi l’une des principales cartes de jeu dans la saga du Brexit, essentiellement à cause de la question du filet de sécurité dite “backstop”, une des dispositions du premier accord sur le Brexit conclu entre l’ancienne première ministre Theresa May et les dirigeants européens.

Cette disposition qui déplaisait complètement au parti unioniste nord-irlandais (DUP) ayant formé la coalition gouvernementale au précédent gouvernement, était la seule solution proposée par le gouvernement May pour empêcher le retour d’une frontière physique entre l’Irlande, membre de l’UE et la province britannique d’Irlande du Nord, après le Brexit.

Ce “filet de sécurité”, dont le but était de préserver l’accord de paix sur l’île irlandaise, prévoyait notamment la création d’un “territoire douanier unique” englobant l’UE et le Royaume-Uni, avec un alignement plus poussé pour l’Irlande du Nord, jusqu’à ce que les deux partenaires trouvent une solution pour définir leur future relation post-Brexit.

L’impact du Brexit sur la frontière irlandaise provient également du fait qu’après la sortie du Royaume uni, la frontière entre la République d’Irlande et le Royaume-Uni serait la seule frontière terrestre extérieure, ce qui se répercutera automatiquement sur les échanges commerciaux mais aussi sur l’immigration si des contrôles douaniers sont mis en place.

Le 17 octobre 2019, après des négociations marathoniennes entre Boris Johnson et les dirigeants européens sous la houlette des négociateurs en chef respectifs du Royaume Uni et de l’Union européenne, Michel Barnier et Stephen Barclay, les deux parties sont parvenues à conclure un accord qui conserve de nombreux éléments inclus dans celui de Theresa May, mais qui y introduit des changements importants sur les dispositions concernant l’Ulster et la frontière irlandaise figurant dans le protocole sur l’Irlande du Nord.

En vertu de ce nouvel accord négocié par Boris Johnson, la totalité du Royaume-Uni sortirait de l’Union douanière européenne, ce qui permettrait la signature d’accords de libre-échange avec d’autres pays, dont bénéficierait également l’Irlande du Nord. La province britannique resterait partiellement alignée sur le marché unique tandis qu’une zone agroalimentaire pan-irlandaise serait mise en place.

Cette nouvelle solution représente en effet deux formes de Brexit : un Brexit “dur” pour la totalité de la Grande-Bretagne qui représente 90% de la population du Royaume-Uni et, un Brexit “doux” pour la province britannique d’Irlande du Nord qui sera aménagé en fonction de sa situation spécifique.

Bien que les choses semblent s’arranger petit à petit pour Boris Johnson depuis sa victoire écrasante, le 12 décembre, aux dernières législatives, il a toujours un long chemin à parcourir après le départ du Royaume Uni de l’Union européenne le 31 janvier.

Si le résultat des élections a permis de résoudre, en quelques sortes la problématique d’Irlande du Nord, le gouvernement fait toujours face aux appels de l’indépendance de l’Ecosse, qui a voté à la majorité en faveur du maintien du Royaume Uni dans l’UE, sans manquer de rappeler que le futur de l’économie britannique après le Brexit reste toujours inconnu et qu’il faut s’attendre à tous les scénarios.

 

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