La mort brutale d’une jeune femme assassinée par son conjoint au Mexique et la divulgation dans la presse d’images de son corps mutilé ont suscité des manifestations dans les quatre coins du pays pour alerter sur l’augmentation du nombre des violences faites aux femmes.

Ingrid Escamilla, 25 ans, a été tuée en fin de semaine dernière par son conjoint dans leur appartement à Mexico, qui l’a ensuite dépecée et éventrée pour lui arracher des organes qu’il a jetés dans les toilettes de l’appartement.

Certains médias n’ont pas hésité à diffuser les images de son corps et la police a laissé filtrer les images du meurtrier couvert de sang dans un fourgon de police.

Le crime, qui a provoqué une vague d’indignation au Mexique, a également déclenché des protestations contre la diffusion par des responsables de la justice et de la police d’images du corps mutilé d’Ingrid dans les pages de certains médias mexicains.

A Mexico, des associations féministes ont manifesté devant la présidence contre la recrudescence de féminicides, afin de réclamer justice pour les milliers de cas de féminicides et exiger pardon auprès des médias après la diffusion des images du corps mutilé de la victime.

Les manifestantes, dont beaucoup portaient des vêtements sombres et des cagoules noires, ont exigé que le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador agisse afin d’endiguer les meurtres de femmes dans le pays.

“Nous exigeons des excuses publiques des médias pour la diffusion des photos d’Ingrid. Même mortes, nous méritons le respect!”, ont crié des manifestantes lors d’une marche qui a sillonné plusieurs rues de la capitale.

“Nous sommes ici parce que nous sommes indignées par ce meurtre abjecte”, déclaré à la MAP Lidia Florentino Guerrero, mère d’une des personnes disparues.

Pour la ministre de l’Intérieur, Olga Sánchez Cordero, “le cas d’Ingrid Escamilla doit servir d’exemple de ce qu’il ne faut jamais faire, assurant qu’une enquête a été ouverte et que les personnes qui auraient remis les images du corps d’Ingrid aux médias seront poursuivies.

Quant aux médias, la justice va examiner les responsabilités et les conséquences juridiques que cela pourrait impliquer. Entre temps, un camion du journal La Prensa a été peint et les vitres ont été brisées par des contestataires qui accusaient les médias de complicité.

“Nous sommes toutes Ingrid!”, ont-elles scandé. L’une des manifestantes a peint à la bombe sur la chaussée “Etat féminicide!”

Une délégation de dix activistes ont rencontré au palais présidentiel l’équipe de communication de M. Lopez Obrador et ont exigé que le président “présente des excuses publiques”.

Plusieurs agences de l’ONU à Mexico ont condamné le meurtre d’Ingrid Escamilla et des autres femmes tuées quotidiennement au Mexique.

“Le féminicide n’est que la partie émergée de l’iceberg du machisme patriarcal et de la violence quotidienne contre les femmes. Sept Mexicaines sur dix ont subi des violences dans leur vie, généralement dans leur milieu familial, scolaire ou social”, écrit le journal Milenio dans son édito.

“Ce qui est particulièrement insidieux avec le féminicide, c’est qu’il provient souvent du milieu affectif, familial ou social proche de la victime. À tel point qu’un tiers des femmes sont tuées chez elles et que 57 % d’entre elles sont victimes de violences familiales”, ajoute l’éditorial.

Selon les données officielles, entre 2015 et 2019, 3621 cas de féminicide ont été recensés. Dix femmes sont tuées chaque jour au Mexique, selon l’ONU.

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