Il y a bien les affiches sur le coronavirus, les masques, le gel, mais la pandémie n’est pas le premier danger pour les milliers de réfugiés de l’île grecque de Lesbos, explique une responsable de Médecins Sans Frontière.

“Depuis les feux” qui ont ravagé le camp de Moria dans la nuit du 8 au 9 septembre, “les besoins sont les mêmes qu’avant: les gens souffrent, ils n’ont pas assez à manger, il n’y a pas assez d’eau, ils dorment dehors. Mais tout est pire maintenant”, explique  Francisca Bohle-Carbonell, en charge des activités médicales pour Médecins Sans Frontière à Lesbos.

Au moment du sinistre, près de 13.000 personnes, dont des milliers d’enfants, vivaient dans le camp de Moria dans des conditions insalubres, soumis à la violence, aux intempéries, aux vols, à l’angoisse permanente, dans l’espoir de pouvoir un jour quitter la Grèce pour un autre pays européen.

Puis ils ont été éparpillés le long d’une rue, soumis à la “même violence, sauf qu’au lieu d’être dans un camp maintenant c’est le long d’une rue, chacun d’un côté”, et loin des radars des ONG qui connaissaient et soignaient les plus malades, explique la responsable.

Et, depuis jeudi, les exilés entrent, bon gré mal gré, dans un nouveau camp construit à la hâte par les autorités grecques, promis pour n’être que provisoire.

Depuis l’incendie, MSF a mis en place “une équipe de promoteurs de santé qui se promènent dans la rue pour vraiment chercher les patients”, et quand ils parviennent à les retrouver, “il n’y a pas besoin d’être médecin ou infirmier pour voir que cela va être encore pire”, dit-elle.

“Cela se voit à l’oeil nu: un enfant qui est sous anti-épileptique, si on lui enlève son traitement pendant une semaine, puis on le met à la rue sans nourriture, avec des parents eux-mêmes dans des états émotionnels très graves…”, ajoute-t-elle, émue, sans finir sa phrase.

“Beaucoup de personnes ont perdu leurs médicaments, donc il n’y a plus moyen du tout de stabiliser des états qui étaient déjà graves avant. Maintenant c’est encore pire parce qu’on ne peut même plus assurer un suivi”, précise Mme Bohle-carbonell.

Quant aux maladies moins sévères, elles sont là aussi, mais en pire. “Avant on voyait beaucoup d’enfants qui souffraient de diarrhée”, décrit la jeune femme, “mais ils n’étaient pas déshydratés. Là, ça y est, ils y sont. Les crises de panique, maintenant, ce sont des crises plus fortes, plus intenses, plus longues, plus difficiles à calmer. Tout va de mal en pis. Vraiment”.

A l’entrée du nouveau camp où 5.000 personnes avaient pris place jeudi à la suite d’une opération de police, les réfugiés sont tous testés pour le Covid. Quelque 135 étaient positifs jeudi, selon les autorités, mais asymptomatiques, selon des humanitaires.

Alors le coronavirus, explique Francisca Bohle-Carbonnell, “je ne pense pas que ce soit le premier risque. Ces gens ont faim, n’ont rien pour dormir, ont soif… Ils n’ont accès à rien. Et la seule solution qu’on leur propose c’est de s’enfermer à nouveau dans un camp”.

Sous les tentes montées par le gouvernement et l’ONU, prévues pour recevoir 8.000 personnes, deux zones de quarantaine ont été prévues.

Mais pour plusieurs humanitaires sur place, ce qu’il faudra avant tout prendre en charge, ce sont la faim, la déshydratation, l’épuisement, et probablement très vite, la gale.

Les femmes enceintes de plus de 6 mois sont plusieurs dizaines, précise l’un d’entre eux.

Mais dans les jours qui ont suivi l’incendie, trois femmes ont fait des fausses couches, à force de marcher d’un site à l’autre.

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